‹ Manuel d'archéologie grecqueChapitre 35 sur 157 · Donaldson : Architectura numismatica · texte numérisé non relu

Donaldson : Architectura numismatica

fonds qui couvrent les portiques inférieurs; puis, à travers les entrecolonnements des portiques supérieurs, elle se répand comme par autant de fenêtres dans le naos. » Si séduisante que soit cette théorie, il faut reconnaître qu^elle ne saurait encore apporter une solution définitive, et la question reste à l'étude, comme tant de problèmes que soulève encore Thistoire de l'art antique.

La ■polychromie^ . — On a longtemps repoussé, comme une injure faite à Part grec, Tidée qu'une décoration peinte pût être appliquée aux temples helléniques; la ■polychromie des temples n'a été admise de nos jours qu'après de longs débats. Ce n'est pas ici le lieu de rappeler en détail par quelles phases a passé cette question, et comment les préjugés qui tenaient à des habitudes modernes ont cédé devant les faits. C'est à Hittort que revient Thonneur d'avoir réuni en un corps de doctrine les arguments qui combattaient en faveur de la polychromie, et d'avoir nettement posé la question. Ses théories, adoptées avec ardeur et poussées à l'extrême, ont donné naissance au système de la polychromie à outrance : toutes les parties du temple auraient été revêtues de couleurs éclatantes, sous lesquelles aurait disparu la blancheur du marbre. Une opinion plus modérée, qui représente le système de la polychromie mixte,

I. Hittorf : Architecture -polychrome des Grecs, i83o. — Beulé : Histoire de l'art grec avant Périclès, p. 244. Des documents précieux pour la question sont fournis par les restaurations des temples grecs faites par les architectes pensionnaires de l'Académie de France à Rome. Ces restaurations sont conservées à l'Ecole des beaux-arts.

admet un emploi de la peinture plus discret et plus conforme au goût sobre des Grecs. Au reste, il paraît prouvé que la polychromie a varié, suivant les époques, diaprés une progression décroissante. Appliquée d'abord largement sur le stuc qui recouvrait la pierre des temples archaïques, elle a été réduite, avec le progrès de Tart et suivant le goût des écoles, à des proportions plus restreintes. Aussi l'histoire de la polychromie ne peutelle être faite qu^en tenant compte des époques, des localités et des écoles d''architectes.

Les traces de peinture^ observées sur les divers membres d'architecture des temples, à Egine, à Athènes, en Sicile et dans la Grande Grèce, permettent de reconstituer en partie la décoration peinte des temples doriques, aux VI' et v" siècles. Au temps de Pisistrate, les colonnes paraissent avoir été peintes en Jaune pâle; cette couleur était appliquée sur la couche de stuc qui recouvrait la pierre, offrant ainsi une surface lisse et fine. On ne sait si Pusage général était de peindre le chapiteau; il faut toutefois citer ceux du portique de Paestum, où Ton distingue encore des palmettes peintes qui font saillie, tandis que le reste de la pierre a été rongé par le vent de mer. L'architrave à Egine était peinte en rouge, d'une teinte uniforme qui servait de fond aux boucliers dorés, aux inscriptions votives en lettres métalliques. Au-dessus de l'architrave, la frise présentait une alternance de triglyphes peints en bleu, et de métopes a fond rouge, où se détachaient les bas-

I. La peinture était appliquée à l'encaustique : les peintres sont désignés par le nom de èvxxyTat, dans une inscription relative à rErechthéion. Corp. inscr. grcec, n° i6o.

reliefs, avec leurs accessoires de bronze doré. Les mutules de la corniche étaient bleues. Quant au fronton le tympan oftYait un fond bleu qui faisait valoir, par une opposition de teintes, les figures sculptées; les moulures qui Tencadraient étaient décorées de feuilles rouges et vertes , ou rouges et bleues. Qu'on ajoute au-dessous de Tentablement des chéneaux colorés de tons vifs, des tuiles, des acrotères, des antéfixes en marbre ou en terre cuite, ornées de palmettes ou de têtes de Gorgone, et Ton pourra se faire une idée de la polychromie archaïque, de ses tons hardis, qui sont en parfait accord avec les lignes austères du vieux dorique.

Quand les proportions du temple deviennent plus élégantes, qu'on substitue le marbre à la pierre et que, par suite, le travail exige plus de fini, les couleurs sont réparties nvec plus de mesure. L'ordre ionique surtout commande une polychromie discrète et fine. Comment en effet faire disparaître sous une couche de couleur ces délicates nervures, ces exquises ciselures du marbre, qui courent comme des dentelles au gorgerin des chapiteaux et sous le tailloir à volutes? La couleur devra

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