‹ Manuel d'archéologie grecqueChapitre 46 sur 157 · I. Diodore de Sicile, IV · texte numérisé non relu

I. Diodore de Sicile, IV

LA SCULPTURE. loi

des origines fabuleuses, et les conservaient religieusement. Pausanias, qui vivait au temps d'Hadrien, put encore en voir dans les temples, où elles excitaient l'émotion respectueuse des dévots et les railleries des sceptiques*. Entretenues avec soin, peintes en blanc ou en vermillon, elles étaient vêtues de riches étoffes, et possédaient une garde-robe complète, comme celle d'Artémis Brauronienne, dont une inscription nous a tait connaître l'inventaire. On retrouve souvent sur les vases peints la représentation de ces ^o'ava, traitée sommairement; mais on peut en apprécier le style d'après des documents plus précis. Nous avons déjà cité l'Artémis de Délos, comme un des monuments les plus anciens de la statuaire grecque : sans remonter à ces époques lointaines, le marbre de Délos peut faire comprendre la raideur d'attitude des Çc'ava; le Musée Britannique possède également une imitation en pierre d'un ^oavov, trouvée près de Rhamnus en Attique. L'interprétation du visage humain dans les plus vieilles statues de bois était enfantine : une simple ligne indiquait les yeux, qui paraissaient fermés. C'est ainsi que la figure humaine est traitée sur de curieux marbres du Louvre, dont l'un provient de Paros. On y reconnaît sans peine les essais informes d'un art grossier et timide, qui se borne à reproduire gauchement les éléments essentiels du visage. Les Grecs attribuaient les premiers progrès de la sculpture à Dédale, personnage légendaire qu'on faisait

I. En 39 ap. J.-C, elles figuraient encore dans les cérémonies du culte. Cf. inscr. de Cyzique, relatant les fêtes célébrées en l'honneur d'Antonia Tryphœna. Curtius : Monatsberichte der Akad. der Wissensch. de Berlin. Janvier 1874.

naître à Athènes. « Les statues qu'il avait faites étaient semblables à des êtres vivants; elles voyaient, elles marchaient. Cest lui qui, le premier, leur ouvrit les yeux, leur délia les jambes et les bras^ » Par une tournure d'esprit qui leur était familière, les Grecs personnifiaient en lui toute une longue période; ils ne citent aucun autre artiste à côté de lui. Le nom de Dédale couvre toute une école d'obscurs sculpteurs qui, par un progrès lent, donnent quelque apparence de vie et de mouvement aux idoles primitives, et s'écartent de la rigidité traditionnelle. Les statues de bois dédaléennes étaient nombreuses, et Pausanias les note avec soin; on les distinguait des images plus anciennes à leurs yeux ouverts, à leurs bras détachés du corps, et à leur attitude, qui était celle d'une personne en marche.

Il n'y a pas lieu d'insister longuement sur ces humbles, origines de la plastique, ni de s'attarder aux fables sous lesquelles l'imagination des Grecs les déguisait. Pour les Grecs, tous les arts avaient pris naissance sur leur sol, et chaque invention avait sa légende, merveilleuse ou charmante. On sait l'histoire du potier Boutades, qui trouva l'art de modeler, grâce à sa fille Coré. Un soir, la jeune Corinthienne eut l'idée de retracer sur la muraille la silhouette de son amant, qu'y projetait la lumière d'une lampe; le père remplit d'argile ce contour, et l'art de modeler fut inventé 2. Si l'on revient à la réalité des faits, on découvre, à travers toutes ces fables, que la plastique se développe d'abord dans la

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