‹ Manuel d'archéologie grecqueChapitre 58 sur 157 · I. A. Dumont : Ga^^ette archéologique · texte numérisé non relu

I. A. Dumont : Ga^^ette archéologique

quadrige. Le dernier représentant de l'école éginèie (qui ne survit pas à la conquête de l'île par les Athéniens), paraît être Onatas, après les guerres médiques; parmi les nombreuses statues de divinités dues à ce sculpteur, on mentionnait l'Apollon de Pergame, qui figure sur des monnaies de bronze du temps de Marc-Aurèle.

C'est d'Egine que provient le groupe de monuments le plus important pour cette période. Les sculptures qui ornaient les frontons du temple d'Aihéna à Egine, découvertes en 181 1 par des voyageurs danois, allemands et anglais, nous offrent le plus beau spécimen de l'art grec à l'époque archaïque ^ Les sujets sont empruntés aux récits homériques, et se rattachent à l'histoire des héros éginètes. Sur le fronton oriental, dont il reste cinq figures et des fragments, la scène retrace un épisode du combat d'Héraklès et de Télamon, fils d'Eaque, roi d'Egine, contre Laomédon. Aux pieds

I. Ces marbres, acquis en 1S12 par le prince Louis de Bavière et restaurés par Thorwaldsen, sont à la Glyptothèque de Munich. Ils ont été souvent publiés, notamment par l'Expédition française de Morée. Pour la bibliographie, voir Brunn : Beschreibiing der Glyptothek, p. 6b. M. Lange a consacré un travail récent à une question importante, celle de la composition des deux frontons (K. Lange : die Composition der Aegineten, 1878). En étudiant avec soin les fragments conservés, comme l'avait déjà fait H. Prachov {Annali delV Inst., 1873), M. Lange a démontré que la composition est rigoureusement symétrique dans les deux frontons. Chaque scène comporte dès lors quatorze ligures au lieu de onze, comme on l'admettait jusqu'ici. Au centre, Athéna, avec le guerrier tombé. De chaque côté : 1° un personnage qui se baisse vers le corps; 2° deux guerriers armés de la lance et debout; 3° deux guerriers agenouilles et combattant, l'un avec la lance, l'autre avec l'arc; 4" enfin, dans l'angle, un blessé qui essaye de retirer de sa poitrine la flèche qui l'a percé.

d'Athéna, qui occupait le centre du fronton, est étendu le corps d'Oïklès, Tun des compagnons d'Héraklès : Grecs et Troyens se disputent le guerrier tombé. Le

PIC. 37. HERAKLÈS COMBATTANT.

(Figure du fronton oriental d'Égine.)

petit nombre des figures conservées ne permet pas de rétablir avec une entière certitude cette première scène; mais Ton reconnaît sans peine, dans l'un des personnages, Héraklès agenouillé et tirant de Parc, coiffé d'un

casque fait d^une tête de lion, le corps protégé par une cuirasse de cuir. Le second fronton, qu'on a pu restituer en grande partie, présente la traduction figurée d'une scène de Vlliade (chant xvii, vers 71 5 et siiiv.) Patrocle vient de succomber; deux héros chers aux Eginétes, Ajax, fils de Télamon, et Teucer, défendent son corps contre les Troyens. Les figures sont soumises aux lois d'une symétrie rigoureuse, en même temps qu'une composition savante sait utiliser l'espace triangulaire que dessine le tympan du fronton. Athéna, debout et armée de la lance, préside au combat; d'un côté sont les Troyens, de l'autre les Grecs, au premier rang desquels Ajax défend son compagnon tombé aux pieds de la déesse. Sous les rampants du fronton, les figures sont agenouillées; dans les angles, des blessés étendus complètent le tableau, dont les lignes sont arrêtées d'après un parallélisme absolu. Certaines parties des statues étaient peintes, et quelques-uns des accessoires étaient exécutés en bronze. Cet art, déjà si savant, accuse encore des influences archaïques; elles apparaissent surtout dans la facture des têtes et des extrémités, dans l'uniformité des types; les cheveux, bouclés avec soin, encadrent des visages sans expression; les lèvres, étroites et bridées, ont le sourire banal des figures d'ancien style, et les mains et les pieds sont traités gauchement. Mais les détails des corps et les attitudes dénotent une observation scrupuleuse de la nature ' vivante; on devine la musculature sous ces formes robustes, dont les plans sont modelés sobrement, mais avec une précision presque géométrique. Les artistes éginètes possèdent déjà deux qualités essentielles: la

science des lois de la statique, et celle de l'anatomie. Si les anciens reconnaissaient à certaines nuances le style égine'tique, on peut admettre qu'il se rattachait directement à la tradition dorienne. Le génie dorien ne se retrouve-t-il pas tout entier dans ce goût pour l'imitation précise de la vérité, dans cette exécution vigoureuse qui serre la forme de près, et donne aux marbres d'Égine une sévère beauté?

§ III. — ÉCOLE ATTIQU'k

A Athènes, le temps de la domination de Pisistrate coïncide avec un premier développement artistique, qui semble avoir été fécond; les grands travaux d'art exécutés par les soins des Pisistratides font faire à la sculpture de rapides progrès. Au début de cette période, vers la Lvn= olympiade, nous trouvons le nom d'Endoios, que la tradition donnepour élève au légendaire Dédale*. EndoixDs était l'auteur d'une statue d'Athéna assise, dédiée par Callias dans l'Acropole d'Athènes, et il aval fait une copie de cette statue pour la ville d'Erythres. On a pu reconnaître sinon l'original, au moins une imitation de l'Athéna d'Endoios dans un marbre athénien, conservé à l'Acropole-. Comme les statues des Branchides, la déesse est assise dans une attitude raide

1. Une inscription portant la signature d'Endoios paraît remonter à la Lx' olympiade. Corpus inscr. Attic, I, 477.

2. On connaît une réplique de cette statue, d'une date sans doute plus récente,

tlG. JB.

STATUE ASSISE d'athén A. (Athènes.)

ijo MANUEL D'ARCHEOLOGIE GRECQUE.

et hiératique. Sur Pégide qui recouvre sa poitrine, tombent les mèches de sa chevelure, divise'e symétriquement. L'artiste a surtout visé à reproduire avec minutie les plis fins de la tunique, ondulant le long du corps; on sent encore Timitation des anciennes statues de bois et des draperies plissées qui les recouvraient. Endoios représente avec Gorgias, Aristion, Callonidès, Epistémon, cette première école attique, contemporaine des Pisistratides, qui commence à être mieux connue grâce aux marbres conservés, parmi lesquels nous citerons les plus importants.

C'est d'abord une tête d'athlète^, qui montre tout le progrès accompli depuis TApoIlon d'Orchomène et celui de Ténéa (fig. Sg). Ici le travail est déjà très fin : Pathlète, aux cheveux et à la barbe soigneusement frisés, est couronné de chêne : en dépit d'une exécution maladroite, la recherche de l'élégance est manifeste. Le caractère individuel, encore très faiblement indiqué dans cette œuvre, se marque plus nettement sur deux autres têtes provenant aussi d'Athènes. La première est celle d'un athlète à figure énergique, aux oreilles déformées par les coups des pugilistes^. L'artiste a visiblement cherclié à rendre la personnalité de son modèle, et a réussi à lui donner une physionomie propre. Les qualités d'élégance sont plus sensibles dans le travail de l'autre tête en bas-relief représentant un discobole", et qui semble avoir appartenu à une stèle portant le nom de Xéno-

i. A. Dumont : Monuments grecs de l'Associât, des études grecques, 1878. Collection Rampin.

2. O. Rayet : Monuments grecSj ctc^ 1877. }. O. Rayet : Ibid.

phantos (fig. 40). Les traits sont fins, allongés, copiés sur nature : c'est le type athénien, avec tous ses caractères. La chevelure est nattée, et réunie en masse par

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