I. INFLUENCES PHÉNICIENNES
C'est surtout sur les Grecs des îles et du Péloponèse que l'industrie phénicienne a exercé une action sensible. Les colonies des Sidoniens et des Tyriens avaient fait de la Méditerranée une mer phénicienne : leurs comptoirs, leurs factoreries étaient établis à Rhodes, en Crète, dans les Cyclades, et jusqu^à Cythère; de là, ils avaient poussé dans le Péloponèse, à Amyklae, à Gythion, et remonté jusque dans PArgolide, PAttique et la Béotie. Ces établissements les mettaient en contact avec les Grecs occidentaux, surtout avec les Doriens; on sait ce que la civilisation grecque leur a dû : les origines phéniciennes de l'alphabet grec sont bien connues.
Les navires phéniciens apportaient en Grèce des ouvrages d'or et d'argent, de verre, d'ivoire, travaillés par les verriers et les orfèvres de Tyr et de Sidon, des vases peints, des statuettes de bronze, de terre cuite, comme celles que l'on vendait encore à Paphos au VIII* siècle, et qui servaient de talismans aux navigateurs. Ces objets étaient les modèles des ouvriers grecs, qui les imitaient avec une gaucherie enfantine : c'est ainsi que toute une classe de vases peints, trouvés dans les Cyclades, montre comment, aux xii" et xiii* siècles, les potiers grecs copiaient les produits de l'art phénicien. Les navigateurs sidoniens et tyriens n'apportaient pas seulement les produits de leur industrie. Grâce à un privilège acquis depuis le règne de Tothmès I'''', ils avaient le monopole du commerce de l'Egypte avec
a+ MANUEL D'ARCHEOLOGIE GRECQUE.
l'étranger, et ils répandaient en Grèce des objets de fabrication égyptienne, qui frappaient les Grecs d'autant plus vivement que TEgypte leur était fermée. Il faut donc reconnaître aux Phéniciens un double rôle : celui d'intermédiaires entre la Grèce et l'Egypte, et celui d'initiateurs par leur propre industrie.
Dans quelle mesure l'art phénicien a-t-il pu agir sur l'art grec à ses débuts? Il offrait à l'imitation des Grecs des œuvres de styles fort mêlés. On a souvent remarqué que les produits phéniciens n'ont jamais fait que refléter le style de l'Egypte et de l'Assyrie, suivant que la Phénicie était soumise à la suprématie de l'un ou de l'autre de ces pays. Le témoignage le plus concluant est fourni par les monuments de l'art cypriote, qui est un des rameaux les plus importants de l'art phénicien. Grâce aux belles fouilles de M. Palma di Cesnola dans l'île de Cypre, on possède aujourd'hui une riche série de statues provenant des antiques villes de Golgos etd'Idalia; on y retrouve clairement l'influence successivement prédominante de l'Egypte et de l'Assyrie. Les statues de style égyptisant montrent des personnages debout, les bras pendant le long du corps : la coiffure est le klaft ou le p client de l'Egypte; ils portent autour des reins le schenti, ou pagne échancré^ D'autres statues, de style assyrien, contrastent avec les précédentes : ici les personnages, rois ou prêtres, portent le casque ou une sorte de bonnet pointu*; la barbe et la chevelure sont disposées
1. The Antiquities of Cyprus, publiées par Newton et Sidnc} Colvin, pi. IX.