III. ÉCOLE ARGIVO-SICYONIENNE
Malgré la direction nouvelle que prend la sculpture grecque, l'école argivo-sicyonienne, avec Euphranor et Lisyppe, reste fidèle à son esprit et continue à traduire la nature dans ses formes les plus robustes. Lysippe vivait à Sicyone, et le moment le plus brillant de sa période d'activité se place entre 33o et 3 20. Pline évalue à quinze cents le nombre de ses statues; il est certain que sa fécondité était extrême, et cette force de production s'explique, si l'on songe que la plupart de ces statues étaient en bronze : on sait que la fonte est plus rapide que le travail du marbre. En outre, Lysistratos, frère de
I. Par exemple, le groupe de Mars et Vénus conservé à la villa Borghèse.
LA SCULPTURE. 20ï
Lysippe, en inventant le moulage en plâtre, dota Part d'un procédé commode pour modeler d'après une empreinte le visage humain. C'était un pas de plus dans la voie de l'exactitude matérielle, que l'école de .Sicyone avait toujours recherchée.
L'œuvre de Lysippe comprend des statues de dieux, de héros, et surtout des statues-portraits d'athlètes et de personnages célèbres; on ne cite de lui qu'une figure allégorique, celle de l'Occasion, ou Kairos, qui a inspiré à Posidippe une jolie épigramrae, traduite par Ausone. Par la nature de son génie, autant que par tradition d'école, Lysippe est observateur et positif ; il vise à l'expression du type individuel, surtout dans les sujets où il exprime la beauté corporelle et la force. Son Zeus de Tarente était une œuvre colossale que le Romain Fabius Verrucosus ne put transporter à Rome, à cause de sa masse. Le cycle d'Héraklès lui fournit de nombreux sujets : il avait représenté les travaux du héros pour la ville d'Alyzia, en Acarnanie, et son œuvre compte quatre statues d'Héraklès, qui nous sont connues par des descriptions et par des copies.
UHercule Farnèse du musée de Naples, signé de Glycon l'Athénien, paraît être la copie d'un original de Lysippe. Une inscription désigne aussi comme un « ouvrage de Lysippe» , c'est-à-dire comme une réplique, une statue d'Héraklès trouvée au Palatin et transportée à Florence ; le héros est appuyé sur sa massue dans une attitude pensive. A Tarente, une statue de Lysippe le montrait au repos, assis sur sa peau de lion, ainsi qu'on le voit sur une gemme antique; cette statue fut plus tard transportée à Constantinople, où elle décora l'Hip-
podrome. Une épigramme de TAnthologie décrit la statue où le héros est désarmé par Eros, sujet dont s'emparèrent les graveurs en pierres fines et que reproduisent des gemmes de Florence.
Les portraits, et en particulier ceux d'Alexandre, formant une partie importante de Toeuvre de Lysippe, qui représenta le roi de Macédoine « dans nombre de statues et depuis Tenfance « ^ Les auteurs anciens en citent trois principaux, où le roi était figuré : i" avec sa lance à la main ; 2° au Granique, avec ses amis, et ses gardes à pied et à cheval; 3° chassant le lion. Parmi les portraits qui nous restent d'Alexandre, 11 n'en est pas un oti l'on puisse reconnaître avec certitude une copie de Lysippe ; peut-être la statue du Louvre venant de Gables, où Alexandre est debout et le casque en tète, est-elle une réplique d'un des portraits que nous avons cités.
Le musée du Vatican possède la copie de l'Athlète au strigile {apoxyomenos]^ qui fut transporté à Rome, et placé par M. Agrippa devant ses thermes. C'est là qu'on peut le mieux apprécier le style de Lysippe et les changements qu'il introduisit dans le canon de Polyclète. L'artiste de Sicyone modifia les proportions qui avaient prévalu depuis le Doryphoros du maître argien; il rendit les corps plus élancés, les tètes plus petites, et apporta un soin extrême dans la façon de traiter les cheveux. La tradition d'école était toujours puissante à Sicyone; de même que Lysippe déclarait être l'élève de Polyclète, ses disciples suivent la même voie que