AVANT-PROPOS
Le domaine que nous allons parcourir dans ce petit ouvrage embrasse toutes les civilisations de l’antique Orient, moins l’Egypte. Il s’étend aux Chaldéens, aux Assyriens, aux Perses avant Alexandre, aux Héthéens de la Syrie, de la Cappadoce et de l’Asie Mineure, aux Juifs, aux Phéniciens, à Cypre même, enfin aux Carthaginois et à leurs colonies. Ce champ si vaste qui, dans l’œuvre monumentale de MM. G. Perrot et Ch. Chipiez 1, comprendra au moins quatre volumes, ne peut être exploré ici que sommairement, et l’auteur n’a pas d’autre prétention que d’avoir écrit un modeste résumé. Qu’on se garde bien de croire, pourtant, malgré la diversité et la dispersion des peuples que nous venons d’énumérer, que le sujet manque de cohésion et d’unité. Si le lecteur veut bien nous suivre jusqu’au bout, il sera, au contraire, frappé de la parfaite homogénéité du livre et de la solidarité de toutes ses parties. Le tableau, dirons-nous, comporte de nombreux personnages, mais tous concourent à une action commune, et le spectateur saisit, au premier coup d’œil, l’harmonie de la composition.
C’est que, dans ces vieilles civilisations de l’Orient
t. Histoire de l'art dans l’antiquité. Paris, Hachette, gr. in-8°.
rt ARCHEOLOGIE ORIENTALE.
qui ont dominé le monde avant la Grèce et Rome, il ne se manifeste réellement que deux courants artistiques: celui qui prend naissance en Egypte et celui qui vien,t de l’Assyrie. Souvent ils ont poursuivi leur marche parallèlement, côte à côte, se partageant en frères l’empire des arts; quelquefois ils se sont combattus ou obstinément exclus; ou bien ils ont réuni leurs forces, se sont pénétrés intimement et ont mis en commun leurs facultés originales. Mais si ces situations diverses ont enfanté, dans certaines contrées, un art indigène et local, qui n’est ni franchement égyptien, ni franchement assyrien, il nous est toujours possible d’en décomposer les éléments, d’en faire l’analyse chimique, pour ainsi parler; et quand on a restitué à l’Egypte ce qui lui appartient en propre, à l’Assyrie tout ce qui lui a été emprunté, on s’aperçoit qu’il ne reste plus rien au fond du creuset. Ainsi, l’on peut dire qu’il n’y a pas, à proprement parler, d’art perse, d’art hélhéen, d’art juif, d’art phénicien ou carthaginois : partout ce sont les formes de l’Egypte ou celles de l’Assyrie groupées, mélangées, altérées même, dans des proportions qui varient selon les temps, les milieux et les circonstances politiques.
Laissant de côté l’Egypte, c’est le courant asiatique ou plus exactement chaldéo-assyrien que nous avons voulu étudier exclusivement. Nous le prenons à sa source, à peu près sur l’emplacement de cet Eden de félicité où la Genèse et les légendes chaldéennes placent les ancêtres de l’humanité; nous le suivons en Assyrie, et nous assistons à ses progrès et à ses transformations. Bientôt il déborde et franchit de tous côtés les limites du bassin du Tigre et de l’Euphrate : d’une