‹ Manuel d'archéologie orientaleChapitre 2 sur 46 · AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS

part, en Perse, il envahit les palais susiens et persépolitains; d’autre part, chez les Héthe'ens, les populations arame'ennes de la Syrie, les Juifs, il se répand et s’éparpille en mille petits ruisseaux jusqu’à la frontière de l’Egypte et jusqu’au cœur de l’Asie Mineure. Loin de se perdre dans les flots de la Méditerranée, il touche à toutes les côtes de ce grand lac, en Cypre, en Sicile, en Afrique, en Espagne; il franchit même les colonnes d’Hercule.

Il nous a donc semblé qu’il n’était pas sans intérêt d’exposer dans un tableau d’ensemble l’art chaldéoassyrien, non seulement dans son pays d’origine où il s’épanouit à l’aise, mais dans ses multiples ramifications chez les nations voisines ou il se heurte à son rival et subit des interprétations étrangères, jusqu’au jour où la Grèce recueille le flambeau des arts de la main défaillante de l’Orient. Cet art asiatique, on le verra, peut faire bonne figure à côté de l’art égyptien. La Chaldée a un génie aussi spontané que l’Egypte, et la vallée de l’Euphrate n’est pas moins féconde que celle du Nil. Les ambitions de ses architectes et de ses sculpteurs ont été aussi hautes et aussi nobles que celles des artistes qui ont fleuri à la cour des Pharaons, et les tours à étages égalaient les Pyramides. Les uns et les autres ont poursuivi un idéal qui renferme une certaine part de vérité : c’est qu’en faisant colossal, imposant par la masse, ils pensaient atteindre à la grandeur et à la perfection suprêmes. Les Grecs, plus humains, ne sont pas tombés dans cet excès. Mais qui dira jamais exactement le parti que la puissante originalité du génie hellénique a su tirer des modèles impar-

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faits que lui fournirent l’Egypte et l’Assyrie? Qui pourra jamais déterminer avec netteté et précision la part d’influence que l’art chaldéo-assyrien, en particulier, colporté par les vaisseaux phéniciens sur tous les rivages, a eue sur les origines artistiques de cette civilisation plus jeune dont Athènes fut le centre ?

Groupés en un faisceau compact au point de vue de l’histoire et du développement des arts, les anciens peuples asiatiques sont encore frères par la destruction radicale dont leurs monuments d’architecture ont été atteints. Comme par suite d’un châtiment providentiel, du plateau de l’Iran aux colonnes d’Hercule, à Suse, à Babylone, à Ninive comme à Jérusalem, à Tyr, à Carthage, à Gadès, il ne reste plus rien de ces temples, de ces palais, de ces tours qui défiaient le ciel et dont la construction avait usé tant de générations d’esclaves. Tandis que les Pyramides se dressent encore en face du Parthénon et que notre esprit demeure frappé par les ruines imposantes des édifices égyptiens, grecs et romains, il n’est rien resté des grandioses monuments qui faisaient l’orgueil des capitales asiatiques: partout il faut sonder les entrailles du sol et déchausser des murs écroulés. Tout a été réduit en poussière, comme le colosse aux pieds d’argile, et un linceul de cendre recouvre le monde dont nous allons entreprendre de faire revivre la culture matérielle.

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