CHAPITRE II
l’architecture assyrienne
L’Assyrie, plus rapprochée des montagnes que la Chaldée, et où l’usage de la pierre, sans être jamais exclusif, a été plus fréquent que dans la Mésopotamie méridionale, nous a laissé d’importantes ruines qui, déjà en partie explorées, permettent de reconstituer sans lacunes essentielles les types de son architecture, du ixc au vii5 siècle avant notre ère. C’est par les temples, les palais, les tours à étages, les forteresses, que l’art de bâtir se révèle à nos yeux dans les fouilles dont Ninive et ses environs ont été l’objet. Mais il n’est rien resté de l’architecture privée; il faut en dire autant de l’architecture funéraire, ou plutôt cette dernière n’existait pas en Assyrie, où elle n’a fourni aux explora-
teurs que quelques jarres remplies d’ossements. Les cadavres étaient, en général, transportés jusque dans la basse Chaldée, qui resta, durant de longs siècles, une sorte de campo santo ou de vaste cimetière à l’usage des habitants de la Mésopotamie tout entière. Aujourd’hui encore, les Persans, même des provinces les plus éloignées, tiennent à ce que leurs morts soient enterrés à Nedjef et à Iverbela, auprès de la mosquée d’Ali, le chef des musulmans chiites : cette superstition traditionnelle est exploitée par une corporation de colporteurs qui transportent annuellement plus de dix
mille cadavres. La nécropole de Mughéir et des tells environnants est donc à la fois celle de la Chaldée et de l’Assyrie; c’est par centaines de mille que les cadavres y sont amoncelés, mais, en dehors du système Fig. J6. - Tombe de Warka de drainage organisé pour (d’après Taylor). capter les eaux pluviales,
elle n’offre rien de bien intéressant. Il n’y avait pas de monument funéraire; et, quant à la tombe elle-même, c’est en général une petite construction en briques qui n’a rien de remarquable : le mobilier, vases et figurines de terre cuite, amulettes et cylindres, est des plus misérables.
Les principaux édifices de l’Assyrie qu’on ait méthodiquement et à peu près complètement explorés sont ceux de Khorsabad, à quelques lieues au nord de Ninive, et ceux des collines de Koyoundjik et de Nim-
L’ARCHITECTURE ASSYRIENNE
rond. Plusieurs monticules où l’on serait certain de retrouver également un ensemble de constructions importantes, comme la colline de Nebi-Younous, ou la tradition arabe place le tombeau du prophète Jonas, et Arvil, sur l’emplacement d’Arbèles, n’ont pas encore été sondés par la pioche de l’explorateur; d’autres, tels que les tertres artificiels de Kalah-Shergat, de Balawat, de Karamlès, ne l’ont été qu’incomplètement, et si l’on en a extrait des matériaux épigraphiques extrêmement précieux pour l’histoire, des bas-reliefs du plus haut intérêt artistique, du moins au point de vue architectural, leur déblayement imparfait ne nous apprend rien de nouveau.
Les édifices babyloniens de l’époque de Nabuchodonosor et de Nabonid devaient ressembler, pour la forme et les dispositions architecturales, aux palais et aux temples ninivites; mais on n’en peut parler jusqu’ici que par conjecture ou d’après les descriptions peu précises des voyageurs grecs, et nous ne saurions trop regretter que les énormes tells babyloniens, comme ceux qu’on appelle le Kasr ou la citadelle, le tell Amran, Babil, Birs-Nimroud n’aient encore presque rien livré de leurs trésors archéologiques. Il faut donc, quant à présent, s’en tenir aux descriptions des ruines de Khorsabad, de Nimroud et de Koyoundjik pour reconstituer les types principaux de l’architecture mésopotamienne au temps de la splendeur de l’empire de Ninive.
ARCHEOLOGIE ORIENTALE.
§ I. — Les éléments de la construction.
La pierre calcaire, que fournissent en abondance les derniers contreforts des montagnes du Kurdistan, a permis aux architectes de Ninive de ne pas employer exclusivement la brique et d’élever parfois des murs en moellons appareillés. Ils se sont servis de pierre calcaire, surtout pour les soubassements des édifices, plus particulièrement exposés à l’action de l’humidité, si fatale à la brique crue; ils y ont eu recours aussi pour la construction des remparts des palais royaux. Mais ici même, à cause de la cherté des matériaux qu’il fallait aller chercher au loin et mettre un long temps à tailler, la pierre n’est employée que pour le parement extérieur de la muraille : on l’épargne, on en est avare autant qu’on est prodigue de la brique. Ainsi, les murs qui limitent la terrasse du palais de Sargon à Khorsabad ne sont en pierre qu’à la surface; l’intérieur, ou, si l’on aime mieux, le noyau delà construction, est en briques. Les moellons, layés sur leur face externe et visible, sont de longueurs variables, mais ils sont superposés par lits très réguliers, d’égale hauteur et à joints croisés. Des boutisses pénètrent comme des coins dans la masse de la terrasse pour amorcer les lits de briques et les relier à la construction en pierre. Dans les assises inférieures du rempart du palais de Khorsabad, il y a des blocs régulièrement taillés qui ont de 2m,5o à 3 mètres de côtés; les moellons diminuent de volume au fur et à mesure que les assises se rapprochent du couronne-
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ment du rempart qui avait 18 mètres de hauteur, y compris les créneaux qui rormaient parapet tout autour de la terrasse.
Les murs intérieurs ou extérieurs de l’édifice qui prenait pied sur ce socle gigantesque n’avaient pas à redouter les infiltrations des eaux ou les attaques de l’ennemi : on pouvait, sans inconvénient, en diminuer la solidité en faisant l’économie de la pierre.
Effectivement, ils sont en briques cuites ou crues, et la pierre n’y est guère employée que pour le revêtement et le dallage de quelques pièces. Ce sont alors de grandes plaques de calcaire ou de gypse qu’on dresse debout, en guise de plinthes, contre la partie inférieure de la muraille pour la préserver de la corrosion ; ajustées bout à bout par la tranche, on se contentait, pour les fixer, de couler entre leur face postérieure et la paroi du mur, du mortier qui n’adhérait souvent que très imparfaitement; la surface extérieure et seule apparente de ces plaques était décorée de bas-reliefs qui Fig. 38. — coupe servaient à l’ornementation des salles.
du mur de Khorsabad Quant aux murs eux-mêmes, ils étaient (d’après Place). , . ,. . . .
droits et perpendiculaires, a rencontre de ceux des édifices égyptiens qui, vus du dehors, ont l’air de pencher à l’intérieur, et donnent à la masse de l’édifice l’aspect d’une pyramide tronquée.
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