‹ Manuel d'archéologie orientaleChapitre 15 sur 46 · TUT · texte numérisé non relu

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Fig. 37. — Appareil de Khorsabad (d’après Place).

Les murs assyriens s’élèvent verticalement, même lorsqu’ils limitent des chambres voûtées ou lorsqu’ils font partie de pyramides à étages : chaque étage a un terreplein droit et non incliné en talus.

On a observé que les cloisons qui séparent les salles ont parfois l’aspect d’un bloc d’argile dressé verticalement; les joints et les lits des briques sont impossibles à reconnaître, tellement les matériaux de construction se sont soudés en un parfait amalgame de terre foulée. Cette particularité, signalée par Victor Place à Khorsabad, ne peut s’expliquer qu’en admettant que les briques ont été employées dans la bâtisse lorsqu’elles étaient encore imbibées d’eau et que leur dessiccation n’était pas achevée. Leur humidité naturelle, jointe à celle du mortier d’argile qui les reliait les unes aux autres, a formé une sorte de pâte boueuse qui a dû mettre des années à se durcir, mais qui était particulièrement efficace contre le délitement de la muraille, devenue par là entièrement homogène. C’est l’épaisseur extraordinaire de ces murs qui les empêchait de s’affaisser sous leur propre masse, et leur permettait même de supporter ces lourds matelas d’argile qui constituent les voûtes et les terrasses des maisons. Ils protégeaient aussi très efficacement les salles contre les ardeurs solaires. Aujourd’hui, les habitants de Bagdad et de Mossoul se réfugient, durant l’été, dans leur serdab , demi sous-sol à parois en briques, extrêmement épaisses, dont l’unique ouverture regarde le nord. Les gens de Ninive et de Babylone, soumis aux mêmes conditions climatériques, faisaient certainement de la même manière. Quant aux princes, ils avaient

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pour les garantir contre le soleil des murailles fortes de 4 à 8 mètres, et des voûtes aussi énormes que les murs. Néanmoins, le mode de construction en pisé que nous venons de signaler était bien défectueux; c’est là le côté faible des édifices ninivites et babyloniens, et l’on comprend pourquoi les rois sont sans cesse obligés, comme ils le racontent dans leurs inscriptions, de réparer ou de reconstruire des murs qui croulent sous l’action diluante de l’eau du ciel.

L’épaisseur inusitée des murs, la disposition en boyau de toutes les salles, sont encore justifiées par l’emploi de la voûte comme élément essentiel de la construction assyrienne. V. Place a déterré à Khorsabad une grande porte surmontée d’une arcade en plein cintre. Les montants de la porte aussi bien que l’arcade elle-même sont en briques; il y a trois rangs de voussoirs superposés et formant comme trois baies concentriques à demi emboîtées l’une dans l’autre. Tous les voussoirs, sortis d’un moule unique, ont une forme légèrement trapézoïdale, comme les voussoirs en pierre de nos édifices les mieux soignés. La hauteur de la baie, sous la clef de voûte, est de 6"',46 et la largeur de 4"',3o. Sur d’autres points, Place reconnut que l’énorme accumulation de matériaux qui encombrait les salles ne pouvait provenir que de l’effondrement de voûtes en pisé. Quelques blocs avaient encore, au moment des fouilles, une forme cintrée, parfois de plusieurs mètres de corde, assez solide pour servir d’abri aux pâtres du voisinage; ils étaient, dans la partie concave, recouverts d’un stuc soigné ou de peintures à fresques, circonstance qui

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prouve péremptoirement que ces blocs sont des sections de voûtes effondrées.

Quant aux salles carrées, elles étaient surmontées d’une coupole : il est, dans le palais de Sargon, deux de ces pièces qui ont jusqu’à i3'",5o de côté. Sur un bas-relief recueilli à Koyoundjik (fig. 39) figure un

groupe de maisons, parmi lesquelles d’aucunes sont surmontées de coupoles hémisphériques , d’autres de dômes allongés en pain de sucre.

Les maisons de Babylone étaient voûtées, nous dit Strabon. Les palais mésopotamiens

Fig. 39. - Maisons à voûtes et à coupoles de Pgpoque aChémé- (d apres un bas-relief du Musée britannique). .

nide, parthe ou sassanide, dont les salles sont surmontées de coupoles qui ne le cèdent guère en hardiesse à celles de Sainte- Sophie, n’ont fait évidemment que continuer la tradition assyro-chaldéenne que représentent aussi à nos yeux les maisons modernes de Mossoul, de Bagdad et de la Perse méridionale. Les procédés techniques des maçons contemporains ne laissent pas, non plus, que de nous faire connaître comment s’y prenaient leurs ancêtres du temps de Sargon ou de Nabuchodonosor, pour suppléer au manque de bois et se passer, par conséquent, d’un cintrage préalable : les voyageurs nous disent qu’ils ont observé les ouvriers du pays les plus

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vulgaires, montant leurs coupoles hémisphériques ou elliptiques par lits annulaires superposés, et de plus en plus étroits au fur et à mesure qu’ils approchent de la clef ; c’est le même principe que celui de la voûte en encorbellement.

Là ou l’emploi de la voûte dans l’architecture des palais assyriens a pu êtreparticulièrement bien observé, c’est dans les entrailles mêmes des soubassements des édifices. Un vaste corridor, surmonté d’une voûte en plein cintre, a été découvert par les explorateurs anglais dans les flancs du tertre de Nimroud; les assises inférieures sont en énormes dalles de pierre, toutle reste enbriques. Dans le savant système d’égouts qui conduisait à l’extérieur les eaux vannes du palais de Sargon, Place a relevé toutes les espèces de voûtes : voûte en tiers point ou ogivale, voûte en plein cintre, voûte en anse de panier, voûte surbaissée, voûte elliptique; jamais, à aucune époque de leur histoire, les

Fig. ±o. — Canal voûté de Nimroud (d’après Lavard).

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Egyptiens ni les Romains n’ont pousse l’application de la voûte à un pareil degré de perfection. Dans la plupart des salles du palais de Sargon, on remarquait, au milieu des briques formant le pavement, une dalle percée d’un trou : c’était l’orifice d’un conduit vertical aboutissant à un canal voûté, noyé dans la terrasse. L’un de ces canaux avait une voûte ogivale dont nous emprunterons la description à MM. Perrot et Chipiez 1 : « Les briques qui la composent ont une forme trapézoïdale, et deux de leurs côtés sont légèrement arrondis. L’inclinaison des côtés obliques est variable pour chaque voussoir, à cause de la position qu’il occupe sur la courbe. Les briques marchent donc deux par deux sur les flancs de la voûte ; il existe, de chaque côté, quatre briques : il a donc fallu quatre moules différents lors de la confection des voûtes, plus un cinquième moule pour un dernier voussoir... Dans ces briques, les quatre côtés sont sensiblement différents les uns des autres. Les deux côtés arrondis, n’étant pas à la même distance des centres, ne sont pas de même longueur; quant aux deux côtés obliques, le côté inférieur n’occupant pas sur la courbe la même place que le côté supérieur, les deux lignes ne pouvaient avoir la même direction. Ne voulant pas demander leurs voussoirs à la pierre, les Assyriens se sont vus contraints, ici, d’imprimer à l’argile des formes vraiment compliquées ; mais on ne peut que rendre hommage à l’habileté dont leurs briquetiers ont fait preuve dans ce travail difficile. » Les deux voussoirs supérieurs se rencontrant et

i. Hist. de l'art dans l'antiquité, t. II, p. 289.

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se touchant par l’un de leurs angles, on remplissait le vide triangulaire laissé entre leurs côtés, soit par

Fig. 41. — Canal voûté de Khorsabad (d’après Place).

des briques taillées en coin, soit par du mortier. Le canal que nous venons de donner comme exemple a une hauteur sous clef de i'",4o et une largeur de 1 01 , 1 2 ; les explorateurs ont pu le suivresur unelongueur de 66 mètres. Pour en faciliter la construction, l'architecte avait eu l’idée ingénieuse de l’établir sur un plan incliné, c’està-dire que tous les rangs de voussoirs, au lieu d’être perpendiculaires, sont sensiblement renversés en arrière et appuyés les uns sur les autres ; ce système, qui n’altérait en rien la solidité de la voûte, permettait de se passer de cintres en bois.

Fig. 42. — Canal voûté de Khorsabad.

Inclinaison des briques (d’après Place).

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Tant d’habileté technique mise au service de la construction de simples conduites souterraines fait singulièrement regretter que la déplorable qualité des matériaux n’ait pas permis aux voûtes et aux coupoles des palais de subsister jusqu’à nos jours. Ausurplus, il n’y avait pas que des salles voûtées dans les édifices ninivites. Un certain nombre d’entre elles étaient closes par des toits plats formés de poutres de palmier, de peuplier, de cèdre, qui supportaient de légères terrasses. Le bas-relief de Koyoundjik, que nous avons cité plus haut, nous fait voir des toits plats à côté des coupoles paraboliques et sphéroïdales. Cependant, ce que nous avons dit de l’emploi de la pierre dans les constructions ninivites, nous pouvons le répéter ici au sujet du bois de charpente. Ninive, assez voisine des monts boisés de l’Arménie, du Kurdistan et du Masius, où croissent des forêts de pins, de hêtres et de chênes, ne se priva pas d’utiliser ces bois dans ses constructions ; elle eut, dans ses palais, des salles lambrissées, et à l’apogée de sa puissance, lorsque des milliers et des milliers d’esclaves mettaient leurs bras au service de ses monarques, elle lit transporter jusque dans ses édifices les madriers de l’Amanus et du Liban. Le roi Assur-nazir-pal (882-857) raconte, dans l’une de ses inscriptions, qu’il fit couper dans l’Amanus et le Liban une quantité énorme de pins, de cèdres et de chênes, pour les faire voiturer à Ninive et les employer dans la construction de son palais et des temples de ses divinités favorites. D’autres princes, comme Sargon, Sennachérib, Assurbanipal, Nabuchodonosor, se glorifient également d’avoir utilisé, dans les édifices

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qu’ils firent élever ou réparer, des poutres tirées de l’Amanus et du Liban. « Je fis amener à Babylone, dit Nabuchodonosor, les plus grands des cèdres du Liban ; le sanctuaire E-Kua, oü demeure le dieu Marduk, fut recouvert de poutres de cèdre.1 » C’est le bois d’essence résineuse, « dont l’odeur est bonne », ajoutent les inscriptions. Au Musée britannique, on conserve des fragments de poutre de cèdre recueillis dans les ruines du palais d’Assur-nazir-pal, à Nimroud. Qui pourra jamais dire ce qu’il fallut d’efforts et de vies humaines pour transporter ces solives gigantesques à travers un pays accidenté et sans route carrossable, depuis le Liban jusque sur les rives du Tigre et de l’Euphrate? Aussi peut-on affirmer que le bois fut toujours d’un usage exceptionnel dans les constructions chaldéoassyriennes ; il ne s’y introduisit jamais que comme un élément exotique dont les monarques se font gloire en raison de sa rareté. Le climat et la nature du sol mésopotamien s’accommodaient mieux de voûtes épaisses, qui, alors comme aujourd’hui, ne cessèrent jamais d’y prévaloir.

Pas plus que les Chaldéens et pour les memes motifs, les Assyriens ne firent un usage fréquent et régulier du pilier et de la colonne comme éléments de leur architecture. Victor Place signale, aussi bien que les explorateurs de la basse Chaldée, diverses façades du palais de Sargon, ornées de pilastres et de demi-colonnes en briques, faisant saillie sur le plan des murs et n’ayant pas d’autre but que de pallier la monotonie de la

1. Lenormant et Babelon, Hist. anc. de l'Orient, t. IV, p. 41 1.

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construction. Peut-être aussi ces demi-colonnes, qu'on rencontre toujours groupées sept par sept, avaientelles, comme les deux fameuses colonnes du temple de Salomon, un sens mystique et symbolique, le nombre sept jouant un rôle essentiel dans les conceptions mythologiques des Chaldéo-Assyriens. D’autre part, on a retrouvé quelques bases de colonnes et quelques chapiteaux monolithes qui prouvent que les Assyriens se servaient de supports en pierre pour des porches monumentaux, comme nous l'avons constaté dans le palais de Tello. Un fragment de bas-reliefconservéau Musée bri¬

tannique et provenant du palais d’Assurbanipal , nous montre (fig. 43) la façade d’un vaste édifice ornée d’un au-

Fig. 4}. — Façade à pilastres

(d’après un bas-relief du Musée britannique), vent que supportent

quatre pilastres et

quatre colonnes. La base de ces colonnes repose sur le dos de lions gigantesques, qui paraissent marcher l’un à la rencontre de l’autre, deux à deux. Sur le dos du lion, l’architecte a placé un coussinet surmonté d’un tore et du fût de la colonne. Dans les décombres du palais de Koyoundjik, on a retrouvé quatre bases de colonnes, encore en place et paraissant appartenir à une galerie couverte; il y avait en outre deux petits taureaux ailés à tête humaine, coiffés de la tiare, et supportant sur leur dos une base à renflement sphéroïdal orné de dessins géométriques en relief. A Nimroud, M. Layard a signalé aussi deux sphinx accroupis qui portaient des

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bases de colonnes (fig. 44) ; d’après le même principe architectural, la retombée des voûtes venait s’appuyer sur les taureaux gigantesques qui flanquaient les principales entrées des palais.

Le fût des colonnes était probablement en bois, peint ou recouvert d’une enveloppe métallique. Autour des cours intérieures, il y avait, comme dans les cours des palais orientaux de nos jours, des portiques formés de poutres de cèdre qui reposaient sur des bases analogues à celles que nous venons de signaler. Strabon1 rappelle qu’à Babylone on se servait dans la construction des maisons de poutres en bois de palmier : « On a soin, dit-il, d’envelopper chaque pilier en bois de palmier de cordelettes de jonc qu’on recouvre ensuite de plusieurs couches de peinture. »

Les choses ne se passaient pas tout à fait ainsi dans les maisons des riches et les habitations princières. On a recueilli à Khorsabad „

rig. 44. — Base de colonne

un fragment de poutre de cèdre (d’après Layard). de la grosseur d’un homme. Il

était encore enveloppé d’une feuille de bronze ornée de dessins au repoussé, qui imitent l’écorce d’un tronc de palmier.

Un énorme bloc de calcaire, de 1 mètre de haut, mis au jour à Khorsabad, comprend à la fois un chapiteau tout entier et une partie du fût (fig. q5) ; c’est le

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