Galette archéol. 1887 (t. XIII), p
ARCHEOLOGIE ORIENTALE.
que chez les Héthéens, la Palestine étant plus rapprochée de la vallée du Nil. Le peuple le plus important de cette contrée fut la nation juive, et malgré la pénurie des documents archéologiques, de nombreux savants se sont, depuistroissiècles, particulièrement préoccupés des œuvres de ce peuple qui a joué un rôle si extraordinaire sur la scène du monde. Il convient d’ajouter que toutes ces recherches se sont à peu près concentrées sur le temple de Jérusalem et son mobilier, qui résument en effet l’art judaïque; or, si les monuments ne sont plus entre nos mains ou sous nos yeux, il n’est pas un seul édifice, dans toute l’antiquité orientale ou classique, sur lequel on possède des témoignages écrits aussi circonstanciés et aussi nombreux. En les prenant pour base, cent restitutions du temple ont été essayées ; le système le moins compliqué et qui a obtenu le plus grand crédit scientifique est celui de M. deVogüé; nous le contrôlerons et le compléterons par les recherches plus récentes des explorateurs anglais. Ainsi, tout l’art palestinien étant concentré dans le temple de Jérusalem et son mobilier, ce n’est qu’accidentellement que nous parlerons des quelques autres ruines, antérieures à l’époque macédonienne, que l’on a signalées, soit en Judée, soit chez d’autres peuples de la Syrie méridionale ou même les Arabes Nabatéens.
§ I. — Le temple de Jérusalem.
La ville de Jérusalem occupe aujourd’hui l’extrémité méridionale d’un plateau limité à l’est par la vallée du Cédron, à l’ouest et au sud par la vallée de Hinnom.
L’ART JUDAÏQUE
Ce plateau est coupé en deux, du nord au sud, par un ravin qu’on appelle la vallée du Tyropéon, de telle sorte qu’il forme deux collines, celle de l’est, le mont Moria, dont l’extrémité sud, appelée Ophel, fut Sion ou la cité de David; celle de l’ouest, beaucoup plus vaste, à laquelle on donne aujourd’hui improprement le nom de Sion, et où la ville commença à s’étendre seulement sous les rois de Juda. Quand Salomon monta sur le trône, Jérusalem n’occupait que Sion ou la cité de David, c’est-à-dire l’étroite colline d’Ophel, entre les vallées du Cédron et du Tyropéon. Le mont Moria, au nord, était livré à la culture, et un homme riche de Jérusalem, Aravna, y possédait un champ avec une aire ou les chameaux et les bœufs foulaient le grain à l’époque de la moisson. David avait acheté le champ d’Aravna pour y bâtir le temple du vrai Dieu, et, avant de commencer les constructions, il avait dressé sur l’aire un autel, afin que l’on pût tout de suite sacrifier à Jéhovah. Les matériaux étant en grande partie réunis à pied d’œuvre, architectes, ouvriers, artistes, embauchés à Tyr, grâce à l’appui du roi Hiram, accoururent, et les travaux commencèrent la quatrième année du règne de Salomon (ioi3 av. J.-C.).
La croupe du Moria, dont le centre était l’aire d’Aravna, dut être aplanie pour servir d’assiette aux constructions du temple. Il fallut, ici, exhausser les contours, là, abattre la crête du rocher. Le mamelon central fut donc entouré d’un immense enrochement quadrangulaire limité par des murs cyclopéens jusqu’à la hauteur du sommet tronqué. Ces murs de soutènement, extraordinairement épais, en blocs énormes
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rèliés par des crampons de fer, furent en outre chaussés extérieurement de remblais, ettousles vides etinterstices compris entre la paroi intérieure et la roche vive furent comblés par un noyau de rocailles, de façon à constituer, à la partie supérieure, une plateforme carrée. Soit A F G L, l’aire ainsi enveloppée. Dans l’angle nord-ouest, c’est-à-dire en AB CD, il a fallu, non pas construire un rempart de soutien et combler la déclivité de la montagne, mais, au contraire, entailler le roc naturel et y creuser un angle, de sorte que, sur ce point, l’enceinte du temple se trouva limitée par un mur naturel qui la surplombait d’une hauteur de huit mètres. Un puits foré par les explorateurs anglais, à l’angle nordest B L K, a prouvé que sur ce point, au contraire, l’enrochement artificiel du soubassement du temple a
i. D’après Wilson et Warren, the Recovery of Jérusalem, t. I, p. 298 (Londres, 1871).
L’ART JUDAÏQUE
dù atteindre la hauteur colossale de 38"‘,io. Au sud, en EFG H, on ménagea dans le sous-sol un dédale de voûtes et de couloirs supportant sur leur dos des matériaux rapportés, qui, à l’angle sud-est, au point G, forment encore aujourd’hui une terrasse de 14 mètres d’élévation; et cependant les débris accumulés font que le pied du mur est à plus de 20 mètres au-dessous du sol actuel ! Par le système de nivellement que nous venons d’exposer, on obtint un quadrilatère irrégulier dont les côtés est et ouest ont 462 et 491 mètres de long, les côtés nord et sud, 3 10 et 281 mètres.
Le mont Moria se prolongeant dans la direction du nord, en dehors de l’enceinte du temple, la plate-forme se trouvait, de ce côté, accessible de plein-pied. Pour remédier à cet inconvénient et faire des nouvelles constructions une citadelle isolée aussi bien qu’un temple, on tailla dans le roc, au nord-ouest A B, une large tranchée, et au nord-est B L un fossé gigantesque appelé Birket-Israêl , qui aujourd’hui, bien que comblé aux deux tiers, a encore 32 mètres de largeur et 20 mètres de profondeur. « Ainsi, conclut M. de Vogüé, un grand quadrilatère déblayé au nord, soutenu au sud par des substructions voûtées, entouré de trois côtés par des terrasses, et du quatrième côté par un large fossé : tel est l’ensemble parfaitement homogène du Haram-ech- Cliérif; tel à peu près il a existé depuis de longs siècles, car les destructions et réédifications successives ont peu altéré le plan primitif1. » Nous verrons tout à l’heure, en effet, avec le même savant, que ce socle immense,