M. de Vogüé, le Temple de Jérusalem, p
œuvre de Salomon, ne fut modifié et agrandi par Hérode que sur l’un de ses côtés.
Cependant, la plate-forme ainsi préparée ne se trouvait pas tout à fait au niveau de la crête du rocher naturel qui couronne le Moria. Le point culminant de ce rocher, appelé la roche Sabra, s’élevait encore de 5 mètres au-dessus du terre-plein. Au lieu de saper cette pointe de calcaire crayeux et de la faire disparaître, on la prit pour niveau d’une seconde plate-forme superposée à la première, mais concentrique et beaucoup plus petite. C’est ce terre-plein supérieur qui porte aujourd’hui l’édifice à coupole, improprement appelé mosquée d’Omar, et qu’il vaut mieux désigner de son vrai nom de Qoubbat-es-Sakra, « coupole de la roche ». Suivant M. de Vogüé, l’aire d’Aravna, où David installa l’autel de Jéhovah, était un peu au nord de la Sakra, là même ou, plus tard, fut placé l’autel des holocaustes.
Après avoir bâti la plate-forme, Salomon s’occupa des constructions proprement dites. Le temple, ou plus clairement la maison de Jéhovah, devait être enveloppé de deux cours concentriques. Salomon n’eut le temps que d’achever la première cour, celle’ qui entourait immédiatement l’édifice, puis le côté oriental de la seconde; celle-ci ne fut terminée que longtemps après sa mort, sous le règne de Manassé. Dès que le bâtiment intérieur fut prêt, Salomon résolut de le livrer au culte sans attendre l’achèvement de la seconde cour. Il fit la dédicace solennelle du temple sept années seulement après la pose de la première pierre des soubassements. La Bible nous a laissé la description de la magnificence intérieure de ce sanctuaire, construit et
L’ART JUDAÏQUE
décoré par des ouvriers phéniciens, et des objets d’art qu’y accumula le plus fastueux des rois juifs. L’architecture et les ornements intérieurs, tout était de style égyptien, comme les temples phéniciens eux-mêmes. Mais des constructions salomoniennes, il n’est rien resté que les citernes et le côté oriental de la seconde cour. Ce côté est orné d’un portique, sous lequel Salomon avait fait placer le trône royal d’oü il assistait aux cérémonies publiques; il s’appelait encore, même après Hérode, le portique de Salomon.
Sous les rois de Juda, il y eut de nombreux travaux d’agrandissement et de restauration : mais tout fut détruit en 588, quand Jérusalem fut prise par les Chaldéens. Nabuzardan, lieutenant de Nabuchodonosor, fit mettre le feu au temple, et c’en fut fait des magnificences légendaires du fils de David.
Cinquante-deux ans plus tard, les Juifs captits à Babylone ayant été délivrés par Cyrus, leur chef Zorobabel entreprit aussitôt de relever le temple du vrai Dieu; les travaux, entravés par la jalousie des Samaritains, ne furent terminés qu’en 5 1 6. Assez semblable, comme plan, à celui de Salomon, le nouveau temple était moins beau et de proportions moins grandioses : les vieillards pleuraient en se rappelant l’ancien. Dans la suite des siècles, le nouveau temple subit de nombreuses modifications, au moins dans son enveloppe extérieure, sans pourtant que le plan primitif fût considérablement bouleversé. Ainsi, dans un but de défense nationale, vers le temps des Macchabées, on allongea l’enceinte extérieure du côté du nord et l’on bâtit, à l’angle nord-est, la forte-
ARCHEOLOGIE ORIENTALE.
resse nommée Baris, qu’Hérode modifia plus tard et qui devint la fameuse tour Antonia. Néanmoins, le temple de Zorobabel subsista près de cinq siècles sans être détruit, et il eut la bonne fortune, rare dans l’antique Orient, de traverser la domination des Séleucides et la conquête romaine de Pompée sans être ni saccagé ni démoli. Hérode, de race iduméenne, nommé roi des b Juifs par les Romains, conçut le projet de se rendre populaire auprès de son peuple en reconstruisant letemple dans toute la splendeur que Salomon lui avait D privitivement donnée. Il porta d’abord tous ses efforts sur l’enceinte qu’il résolut d’agrandir :
il la doubla, dit Josèphe. Au F lieu de quatre stades de circuit, elle en eut six, tout en conservant au petit côté son ancienne longueur, ce qui effectivement donne géométriquement une surface double. Cet agrandissement eut lieu au sud, du côté d’Ophel, de sorte que le bâtiment du temple lui-même, au lieu de se trouver au milieu de son périobole, fut relégué vers le nord. La tour Baris ou Antonia continua à former la limite septentrionale. Dans la figure ci-jointe, si AB CD est l’ancien périobole, et T, le temple, CDEF représentent le carré ajouté par Hérode.
« Pour exécuter ce plan, dit M. de Vogüé, Hérode fit démolir jusqu’au sol et refaire les anciennes terrasses et les portiques qui les couronnaient. Seulement, il fit
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L’ART JUDAÏQUE
respecter et enclaver dans ses constructions le portique oriental dit de Salomon et son beau mur de soutènement. C’est là le seul morceau du temple antérieur qu’il semble avoir conservé; tout le reste fut détruit pour renaître rajeuni et agrandi; le sanctuaire intérieur fut arraché jusqu’à ses fondements 1. » Les travaux entrepris par Hérode commencèrent vers l’an 18 avant J.-C. Dix mille ouvriers y furent employés, sous la direction de mille prêtres, qui seuls pouvaient travailler de leurs mains dans le Saint et le Saint des Saints. Dix-huit mois suffirent pour élever l’édifice intérieur, mais il fallut huit ans pour rebâtir les parvis et les portiques. Quant aux constructions accessoires, elles ne furent définitivement achevées qu’en l’an 64 après J.-C., sous le règne de Néron; à cette époque, les travaux occupaient dix-huit mille ouvriers.
Les considérations historiques qui précèdent nous forcent de conclure, avec M. de Vogüé, que le Haramesch-Chérif représente l’enceinte même agrandie par Hérode. En effet, le côté méridional du Haram a 280 mètres de long, le périmètre a 1 ,525 mètres, qui, augmentés de 1 5 5 mètres pour la saillie de la tour Antonia, font 1,680 mètres, c’est-à-dire six fois la longueur du côté méridional. D’ailleurs, Hérode ne pouvait développer l’enceinte ni au nord, à cause de la tour Baris et du fossé gigantesque Birket- Israël, qui limitaient l’enceinte de ce côté, ni à l’est, à cause de la brusque profondeur de la vallée du Cédron, ni à l'ouest, où se trouve le ravin du Tyropéon. On ne pouvait s’agrandir qu’au sud, et