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J. Menant, la Glyptique orientale, t. II

à tète d’oiseau. Le style de l’inscription comme celui des figures trahit d’ailleurs la main inhabile du contrefacteur sidonien.

Nous possédons , d’autre part , des cylindres dont les personnages sont purement assyriens, tandis que l’inscription est en caractères phéniciens ou araméens. Celui-ci, du Muséebritannique, est le « cachet de Akadban, fils de Gebrod, l’eunuque, adorateur de Hadad » (fig. 233). Le style des figures, les détails du

costume sont si nettement assyriens, que ce monumentnous révèle le procédé de plagiat auquel a eu recours l’imagination paresseuse des Phéniciens. Ces marchands ont trouvé tout simple et expéditif de s’approprier des cylindres assyriens ou perses, en se contentant d’y faire graver leurs noms. Ils ne rougissaient pas de porter, pendant leur vie, les bijoux d’autrui, en attendant que leurs cendres elles-mêmes reposassent dans des sarcophages dérobés aux Egyptiens.

Pourtant, à Cypre, ils ont essaye de graver euxmêmes des cylindres. Les fouilles récentes en ont exhumé une grande quantité, et à côté des cylindres apportés du continent par le commerce, il s’en est rencontré qui ont été certainement fabriqués .dans l’île. Mais ce qui étonne dans ces monuments, c’est leur

Fig. 233. — Cylindre du Musée britannique (d’après J. Menant).

L’ART PHENICIEN ET CYPRIOTE

barbarie extrême; le dessin en est des plus sommaires, les figures sont à peine ébauchées, et le ciselet n’a fait qu’égratigner grossièrement le jaspe, l’hématite ou la calcédoine. Et même, les figures d’hommes ou d’animaux, les arbres, les ornements géométriques dont les cylindres cypriotes sont couverts, sont copiés par de maladroits ouvriers sur les productions de la glyptique assyro-perse ou égyptienne.

Somme toute, les cylindres phéniciens sont assez rares. Gens pratiques avant tout, les marchands de Tyr et de Carthage préférèrent aux cylindres, dont l’usage était difficile, les cachets plats aux formes multiples : scarabées, scarabéoïdes , ellipsoïdes, cônes, conoïdes octogonaux, ces derniers plus particuliers à la période araméo-perse, enfin chatons de bagues. Parmi les gemmes nombreuses parvenues jusqu’à nous et qu’on doit attribuer, soit aux Phéniciens mêmes, soit aux populations araméennes de la Syrie, il en est qui ont encore conservé leur monture : un anneau en fer à cheval permettait à la fois de faire tourner la pierre sur son axe et de la suspendre à un collier. L’inscription, en une ou deux lignes, quand elle existe, donne le nom du possesseur, sa filiation et quelquefois sa qualité. Les sujets, naturellement plus restreints que ceux des cylindres, sont toujours d’inspiration égyptienne, perse, assyro-chaldéenne. Ce sont, par exemple, le globe ailé et rayonnant, des cerfs, des lions, des taureaux, des sphinx, des griffons, le buste divin dans un disque ailé, un pontife sacrifiant sur un autel ou en adoration devant le pyrée. Le musée du Louvre possède un scarabéoïde en agate rouge acquis en Mésopotamie par

ARCHEOLOGIE ORIENTALE.

M. de Sarzec; on y voit un dieu qui tient dans chaque main un serpent, comme l’Horus égyptien'; il a quatre ailes et il est coiffé du disque solaire accosté des deux cornes. Le nom Baalnatlian indique que le possesseur était probablement un Ammonite ou un Moabite. On peut ad- „ , mettre, avec M. de Vogüé1, que parmi

Eig. 2}+. — Cachet ’ o t i r

scarabéoïde. les intailles phéniciennes, araméennes et

judaïques, celles ou l’influence égyptienne paraît exclusive sont les plus anciennes, c’est-àdire antérieures à la domination assyrienne en Syrie.

A partir du vu0 siècle apparaît dans la glyptique araméo-phénicienne l’action de l’Assyrie, tantôt alliée à l’influence égyptienne, tantôt exclusive, comme sur un scarabée du musée de Vienne au nom de Akhotmelek, femme de Josuah, où l’on voit une divinité assise sur un trône et recevant une libation d’un pontife debout (fig. 234).

Un beau scarabée en jaspe vert du Musée britannique (fig. 235), avec le Fis- 23 5- — Cachet nom, en caractères phéniciens, de Hodo, ,,, . „ ,

’ r ’ ’ (d apres Menant).

le scribe, comporte une scène principale inspirée d’un cylindre assyrien, tandis que, dans le champ, figure la croix ansée égyptienne, et que la forme scarabéoïdale de la gemme est bien d’origine pharaonique.

Dans cet accouplement hybride de l’art égyptien avec l’art assyrien, l’observateur le moins exercé peut

. Revue archéol., t. XVII, 1868, p. 402 et suiv.

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discerner ce qui revient à l’un ou à l’autre des deux éléments constitutifs. La disposition des ailes s’allongeant, l’une en haut, l’autre en bas, devant et non derrière les figures, les uræus, le pschent, la schenti, les dieux à têtes d’épervier, la fleur de lotus, le sphinx, la croix ansée, voilà ce qui appartient en propre à l’Egypte. La longue robe frangée des prêtres, les cheveux et la barbe frisés, la mitre cylindrique, le pyrée, l’arbre de vie, les lions, voilà, entre autres particularités, la part de l’Assyrie et de la Chaldée. L'écriture seule est araméenne ou phénicienne. A l’époque achéménide, on rencontre en Phénicie des cachets dont le travail se ressent de l’influence perse; quelquefois même, la légende, bien qu’araméenne, nous donne un nom perse.

A partir du ivc siècle enfin, la glyptique, suivant les mêmes lois que les autres branches de l’art, est rapidement envahie par le génie grec. Des pierres gravées, à légendes cypriotes ou phéniciennes, ont des sujets incontestablement interprétés par des artistes grecs, lors même que la donnée reste orientale; on arrive enfin à des sujets grecs d’inspiration, si bien que l’influence orientale ne se manifeste plus guère que par la légende, qui reste encore phénicienne. Nous sommes alors parvenus au siècle d’Alexandre, et les anciennes civilisations de l’Orient ont cessé de vivre.

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