Manuel d'archéologie religieuse, civile et militaire
L'archéologie se définit en général la science des antiquités; mais on désigne particulièrement sous ce nom la science des monuments d'architecture. Les autres parties de cette science ont des noms spéciaux : c'est ainsi qu'on nomme numismatique l'étude des monnaies et des médailles; épigraphie, celle des inscriptions, etc. Nous ne nous occuperons ici, sous le nom d'archéologie, que de la science architectonique, c'est-à-dire de celle qui traite de l'architecture.
L'architecture est l'art de construire et de distribuer les bâtiments de la manière la plus solide, la plus commode et la plus agréable, pour remplir l'objet auquel ils sont destinés. L'architecture est née avec le besoin de se mettre à l'abri des intempéries de l'air, c'est-à-dire qu'elle est née avec le genre humain. Les habitations n'étaient d'abord que des huttes prati-
quées dans la terre ou dans les cavernes, comme on en trouve encore aujourd'hui dans les pays de montagnes, en France, en Angleterre et ailleurs. C'étaient des cabanes formées par des troncs et des branches d'arbres rapprochées ou des pieux, couvertes de chaume ou de roseaux. Les intervalles des pieux étaient remplis par un mélange de terre et de paille qu'on appelle torchis, et qui est toujours en usage dans quelques villes de Perse, de Turquie, du Pérou, de TAbyssinie, etc. Dans plusieurs de nos provinces, les maisons de la campagne sont encore construites de la même manière.
Les premiers patriarches se logeaient sous des tentes formées avec des peaux d'animaux ou avec des tissus plus ou moins parfaits, comme le faisaient les Scythes, comme le font encore les habitants de l'Arabie, de la Numidie et de la Tartarie.
A mesure que les peuples se civilisaient et que les arts se perfectionnaient , on construisait des habitations plus solides, plus commodes, plus agréables, plus somptueuses. Il n'est pas indifférent de remarquer que dans tous les pays les monuments les plus anciens, les plus magnifiques et les mieux conservés, sont des temples et des tombeaux, comme si la Providence avait voulu que les pierres ellesmêmes nous rappelassent continuellement les
deux pensées qui sont lo plus propres à nous rendre vertueux, le souvenir de la Divinité, et la fragilité de la vie, qui ne nous est prêtée pendant quelques années que pour nous faeiciliter le moyen d'en acquérir une meilleure.
La science architectoniqtie est liée avec celle de l'histoire de tous les siècles, et l'on peut dire que les monuments sont eux-mêmes Une histoire permanente et parlant sans cesse aux yeux et à l'esprit. L'histoire et l'archéologie se prêtent un mutuel secours, et souvent de leur rapprochement il est résulté les découvertes les plus précieuses, qui, sans ce moyen, auraient été perdues à jamais pour les sciences. Notre siècle a corn pris l'utilité d'une science trop négligée jusqu'à ce jour, et le xèle avec lequel oe s'y livre aujourd'hui montre combien on sait apprécier une science qui fait revivre au milieu de nous l'antiquité tout entière, et le désir que l'on aurait de réparer en quelque sorte le temps perdu. Puisse ce petit ouvrage guider les amateurs dans l'observation des monuments dont notre belle France est couverte, et leur en faire comprendre tout l'intérêt. Mon but, en écrivant ce Manuel , n'a pas été de faire faire à la science architectoniquc quelques progrès> mais de la po\u ariser par un exposé simple, court et suffisant, de la rendre accessible à tous, surtout au clergé, qui, plus que personne, ne
doit pas y être étranger. Chrétiens , et surtout prêtres, suivant les clignes modèles qui nous ont ouvert la carrière archéologique, entourons avec vénération , méditons et conservons avec respect ces temples sur lesquels est gravée en traits éternels la foi des chrétiens qui les ont élevés.
Je divise ce Manuel en deux parties. La première comprend l'architecture ancienne, celle des Égyptiens, des Babyloniens , des Tyriens et des Hébreux, des Pélasgiens ou Cyclopes, des Grecs et des Romains jusqu'à la chute de l'empire, c'est-à-dire jusqu'au moyen âge, et enfin des Celtes ou Gaulois , dont un grand nombre de monuments couvrent notre sol. 'La seconde partie comprend le moyen âge. J'y passe en revue tous les différents genres d'architecture employés depuis la chute de l'empire romain jusqu'à la Renaissance, c'est-à-dire jusqu'au milieu du seizième siècle , avec leurs divers caractères. J'accompagne l'observateur dans les monuments gracieux de la Renaissance, après lui avoir fait admirer le caractère étonnant du gothique, et je le laisse enfin avec les artistes du dix-huitième siècle, c'est-à-dire avec les styles grec et romain, qui ont repris avec la Renaissance la place que le gothique leur avait ravie pendant quatre siècles.
Je termine par un chapitre sur les vitraux
de couleur, un autre sur l'iconographie chrétienne, un vocabulaire de quelques termes d'archéologie qui ne sont pas expliqués dans le Manuel , et par une liste de quelques ouvrages intéressants que pourront consulter ceux qui voudront se livrer à l'étude archéologique d'un* manière plus spéciale.
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