DOUZIÈME SIÈCLE
a Au douzième siècle , dit M. Ampère, époque » incomparable, tout naît, tout resplendit à la fois » dans le monde moderne ; chevalerie , croisades, » architecture, langues, littérature, nouvelles; tout )> jaillit ensemble comme par la même explosion : » c'est là que débute véritablement l'histoire de nos » arts, de notre littérature, de notre civilisation , » comme celle des autres arts et des autres civilisa- » tions de l'Europe; c'est au douzième siècle que » se termine la transformation du monde ancien, » impérial, romain, païen , qui devient le monde » nouveau, féodal et chrétien (1). »
Ce siècle est en effet une des époques les plus intéressantes de l'histoire monumentale. Il nous présente un luxe de moulures inconnu au onzième siè-
(i) M. Ampère, Histoire littéraire de la France.
de, et puisé dans le gout byzantin, favorisé dans nos contrées parles fréquents voyages de l'Italie et de l'Orient. En môme temps s'opéra l'adoption d'une forme nouvolle pour les voûtes et les arcades.
C'est, en effet, à partir de la ûn du onzième siècle jusqu'à la fin du douzième, que l'ogive a été substituée au cintre.
Forme des églises. Dans la basilique latine les nefs collatérales se terminaient brusquement à leur point de jonction avec la naissance de l'abside, par un mur transversal. Nous avons vu que dans les basiliques chrétiennes celte forme a été assez souvent conservée , et que quelquefois ces deux murs ont fait place à des absides secondaires (pl. III, fig. 5), destinées primitivement à recevoir, Tune lo trésor de l'église, et l'autre la sacristie.
Le onzième siècle , mais surtout le douzième , en les prolongeant au delà du sanctuaire, où ils prennent le nom de pourtour du chœur, y a ajouté une série de chapelles correspondantes à chacune de ses travées (pl. III, fig. 9), seul changement important de cette époque, qui fut encore plus général dans les siècles suivants ; encore devons-nous le regarder plutôt comme un perfectionnement commencé au onzième, et qui dans celui-ci devint une règle générale. Bien entendu qu'on ne veut parler ici que des grandes églises , les petites et les chapelles conservant presque toujours la forme de l'ancienne basilique. Cependant on trouve , mais en petit nombre, des églises rondes, à l'imitation du Saint-Sé-
pulcre de Jérusalem. De ce nombre sont les églises de Charroux, déparlement de la Vienne (pl. III , fig. 8), de Rieux-Mérinville , près de Carcassonne. On en trouve aussi de forme rectangulaire et sans abside : l'église de Champeaux (Seine-et-Marne), ancienne collégiale , forme un carré long coupé seulement vers le milieu par la croisée, qui est peu sensible à Pextérieur.
Pour détruire la monotonie qui résultait de l'élévation perpendiculaire des grands murs, on multiplia les retraits, qui formèrent plusieurs étages marqués par un plan incliné , quelquefois seul , quelquefois orné d'une moulure ronde ou d'un filet carré h la partie inférieure, d'autres fois par une , corniche garnie de modillons, de têtes, de dents de scie. Des frontons coupés ornent plusieurs édifices de ce siècle, dont les façades ont généralement plus d'élégance que dans les siècles précédents.
Colonnes. L'élégance de la fin du onzième siècle se manifesta de plus en plus dans les colonnes du douzième siècle. Très-souvent on les rencontre en faisceaux comme celles de la fig. 4, pl. 6, mais plus élégantes et plus sveltes ; on en vit même d'une seule pièce et entièrement détachées des murs ou piliers sur lesquels elles étaient appuyées (Larcbaut). Pour dissimuler la longueur ou la nudité des fûts , on figura sur quelques-uns des anneaux qui semblaient les assujettir au mur ou au pilier qui les soutenaient à peu près comme le montrent les figures lo et 23; d'autres, dont le fût était assez consi-
dérable, furent ornées d'entrelacs, d'enroulements, d'animaux fantastiques, ou de ciselures en spirale, et de zigzags, etc., comme au onzième siècle (fi g. 17 à 20). Leurs bases sont aussi plus chargées de moulures et de sculptures que dans le siècle précédent. Dans l'église de Champeaux, les voûtes de la grande nef sont supportées par des piliers ronds, trapus , mais élégants , alternés par des colonnes jumelles entièrement détachées l'une de l'autre, légères et hardies.
Qtapheaux. La plupart des chapiteaux du douzième siècle ressemblent à ceux du onzième; raai9 très-souvent ils sont garnis de feuillages d'une élégance remarquable, de feuilles galbées assez grasses, de crochets qui les rapprochent de la forme corinthienne, comme ceux de la pl. VI, n° 40; d'autres sont ornés de bas-reliefs représentant des scènes de l'Ancien et du Nouveau-Testament, quelquefois de tôtes grimaçantes ou d'animaux fantastiques. Ces petites figures sont profondément ciselées et ont beaucoup de roideur, comme au siècle précédent, mais pourtant elles sont mieux profilées. La profondeur de la- ciselure et l'exécution , mieux conduite, du travail distinguent ces sculptures de celles du onzième siècle, avec lesquelles d'ailleurs elles ont beaucoup d'analogie.
Modillons. Les modillons qui présentent des têtes en consoles surmontées de petites arcades circulaires ou trilobées, et que nous avons vus employés très - fréquemment dans le onzième siècle (pl. VI, fig. 46, 47, 49), ont été en usage jusque
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fort avant dans le treizième siècle : quelquefois ils ne présentent que des consoles en demi-relief (pl. VI, fîg. 49). On trouve aussi très-souvent dans le douzième siècle des moulures eu dents de scie (pl. VI , fig. 52), les modillons à Ggures grimaçantes mélangés avec les modillons aplatis sans figure, et avec les dents de scie (pl. VI, fig. 50 et 51). Quelquefois, surtout autour de l'abside , les modillons sont presque tous de formes diverses, plus singulières les unes que les autres (Grès, département de Seineet-Marne).
L'élégance et un plus grand nombre d'ornements distinguent aussi les corniches (Moret, Seine-et- Marne).
Portes. Elles furent, au commencement, peu différentes de celles du onzième siècle; beaucoup sont absolument semblables; quelques-unes ne reçurent pas de colonnes, mais les arcs font un tout continu avec les pieds-droits qui les supportent , et elles sont garnies tout autour de plusieurs rangs de moulures , surtout d'arabesques ( pl. VIII , fig. 16). Lorsqu'elles reçoivent des colonnes , les chapiteaux sont le plus souvent orné3 de feuilles en forme de volutes corinthiennes, et presque toujours différents les uns des autres. Les zigzags sont très-fréquents sur les archivoltes, et le tympan est souvent orné de trèfles (fig. 17). L'ogive parait aussi trèsfréquemment dans les portes dès le commencement de ce siècle ; les ornements les plus en usage sont les zigzags (fig. 18 ). On y remarque aussi des coquilles (fig. 18), des enroulements, des feuillages,
qui forment des guirlandes, ou ornent, en forme de bouquets , les angles rentrants des zigzags ; les archivoltes sont aussi formées de tores simples ou garnis de feuilles. Ces ornements deviennent plus délicats à mesure qu'on avance vers la ûn de ce siècle.
Fenêtres et roses. La richesse des ornements se fait aussi remarquer sur les archivoltes des fenêtres; quelquefois elles présentent des figures en relief. Quelques-unes, surtout celle qui est superposée à la principale porte de l'ouest, et celles qui se trouvent aux extrémités des transepts , reçurent des dimensions plus considérables.
A cette même époque, les roses s'élargirent et prirent de vastes dimensions; on fut alors obligé de les diviser par des meneaux, qui, partant du centre, se réunissaient vers la circonférence. Les places qu'on assigna aux roses furent les extrémités des transepts , le dessus de la porte principale , et quelquefois le centre de l'abside ou chevet. L'église de Champeaux avait dans la grande nef, au-dessus de chaque arcade de communication avec les bas-côlés, de grandes roses qui devaient faire un effet magnifique, et qui sont aujourd'hui bouchées; les bascôtés ont dû être couverts en plate-forme. La figure 15, pl. IX, représente une rose très- remarquable, percée dans le transept nord de l'église de Reauvais. Les rayons sont réunis par de gracieux trilobés , la bordure extérieure est ornée de figures en bas-relief dans le goût byzantin; mais on ne peut trop admirer celle qui orne la façade da la cathédrale de Chartres.
Ce n'étaitlà cependant quel'exquisse des richessesque ces magnifiques roses déployèrent dans la suite (1 ).
Arcades. Une des innovations les plus importantes de l'architecture du douzième siècle est l'apparition de l'ogive. Déjà très-fréquente au douzième siècle, elle n'y est cependant jamais seule, mais ordinairement combinée avec le plein cintre. Ainsi, dant certaines parties d'un monument, les arcades seront en tiers point, et dans d'autres, à plein cintre, ou bien ces deux genres sont alternés (pl. VII, fig. 2 bis). Souvent aussi l'ogive emprunte les ornements de l'architecture romane, surtout les zigzags, comme dans les fenêtres (pl. IX, fig. 12). Quand l'arcade n'est pas ogivale , rarement elle est à plein cintre, mais le plus ordinairement à cintre surélevé, surtout dans les chevets et autres portions de l'église où les supports sont accidentellement rapprochés.
Ce cintre surélevé, dont la fig. 16, pl. VIII, donne une idée, fut l'origine du cintre ogival ou gothique, qui commença dès les dernières années du onzième siècle. En ellét, la première forme de l'arcade gothique otîre ce qu'on peut appeler un plein cintre brisé, dans lequel l'ogive est très-peu sensible (pl. VII, fig. 2). Immédiatement après on trouve l'arcade gothique aiguë (pl. VII, fig. 2 bis, et pl. V, fig. 28), puis l'arcade à tiers point, dont les angles, coupés en droite ligne, forment le triangle parfait (pl. V, fig. 26); l'arcade lancéolée, dont la courburese prolonge jusqu'au-dessous de la ligne des centres (pl. V, fig.
(1) M. de Caumont
27), et enfin l'arcade gothique surhaussée , dont les arcs dépassent, comme ceux de la précédente, la ligne des centres , mais en prenant une direction parallèle (pl. V, iig. 29). Ces cinq formes d'arcades gothiques furent en usage jusqu'au quinzième siècle exclusivement ; mais la première est surtout un type du douzième.
Voûtes. L'apparition de l'ogive souleva toutes les difficultés que les architectes avaient rencontrées jusque alors dans la construction des voûtes. Aidés de ce puissant moyen , joint au génie créateur de l'époque, l'élévation et la largeur des édiûces ne les effrayèrent plus, et ils construisirent des voûtes dont la solidité ne le cédait pas à la hardiesse et à la beauté. On rencontre peu d'églises du stylo roman tertiaire qui ne soient voûtées. Elles sont formées, de voûtes partielles ogivales. Vis-à-vis chaque pilier s'élance une arcade en ogive formée de pierres de taille, qui ç^)upe la nef en deux, et qu'on appelle arc doubleau. L'espace qui se trouve entre deux arcades ainsi parrallèles est encore coupé par deux autres arcades qui se croisent au point le plus élevé , et dont les extrémités inférieures ont les mêmes points d'appui que celles des précédâtes. On appelle ces secondes arcades croisées, arceaux. Chaque intervalle formé par le croisement de ces diverses arcades est rempli par une petite voûte , elle-même en ogive, dont les arêtes viennent reposer sur les arceaux qui leur servent de supports. La Ggure 30, pl. V, donne la coupe de ces diverses parties de voûtes. Les points d'intersection des arceaux s'ap-
pellent clefs, et sont ornés de fleurons, souvent trèsélégants, et dont la variété est déjà assez grande dès le douzième siècle. La retombée des arceaux et des arcs doubleaux repose ordinairement sur le chapiteau des colonnes, et quelquefois seulement sur de simples consoles représentant des figures grimaçantes,
Plusieurs raisons ont dû déterminer les architectes du douzième siècle à adopter la courbe ogivale dans la construction des voûtes : la première, c'est que les voûtes à plein cintre ne leur offraient pas assez de solidité et poussaient trop leurs murs. La voûte formée au contraire par deux arcs de cercle, et formant les deux côtés d'un triangle curviligne convexe, tend beaucoup moins à s'écarter, parce qu'elle repose d'une manière plus perpendiculaire sur son support. Elle permet aussi l'emploi de matériaux moins massifs , et devient par conséquent plus légère. La seconde raison, j'est la nécessité où l'on s'est trouvé de faire l'emploi des voûtes d'arêtes, pour remplacer la voûte plein cintre en berceau continu, qui jetait les murs en dehors. Dans ce genre de construction, la charge de la voûte e^t partagée sur quatre points, c'est-àdire sur les arceaux qui forment les arêtes, et ceuxci ne portent à leur tour que sur un seul point du mur, fortifié à cet endroit par un contrefort qui a réellement toute la charge. De la sorte, les voûtes les plus vastes ne nécessitent pas des murs massifs; et c'est même le seul moyen qui permette sans inconvénient d'ouvrir ces vastes et magnifiques ver-
neres qui donnent tant de grâce à nos monuments gothiques. Dausles petites nefs, le cintreétait encore possible avec des voitures en arêtes ; mais dans les grandes nefs, composées d'une suite de travées plus étroites que la nef elle-même , le plein cintre devenait mathématiquement impossible , et il fallait en venir aux courbes ogivales, qui seules permettent de donner une hauteur égale à des arcs dont les bases ou les diamètres sont de longueurs différentes, et cela en éloignant ou rapprochant les c€0res.
Tours. Comme au siècle précédent , les tours sont encore lourdes et pesantes; mais à leur partie supérieure s'élève souvent une flèche octogone (pl. IX, fig. 32 et 33), et c'est à partir de cette époque que ces pyramides devinrent plus sveltes, plus élevées, plus élégantes, sans perdre de léur solidité. 11 ne faut pourtant pas les confondre avec les pyramides légères des siècles suivants , surtout des quatorzième et quinzième. Les angles des tours carrées qui supportent ces pyramides octogones sont toujours garnis de clochetons délicats ( fig. 33 ). On n'abandonna pas cependant tout à fait les pyramides carrées , mais elles devinrent aussi plus élancées.
Gmtre-forls et arcs-bautants. Los contre-forts, peu diflérents de ceux du onzième siècle pendant la première moitié du douzième, prennent cependant un peu plus d'extension, s'élargissent à leur base, et forment des espèces de piliers carrés qui s'élèvent jusqu'au toit, et sont terminés par un petit
fronton à double égout, ou par un larmier (pl. VIII,
fig. 2 et 3).
Les arcs-boutants sont déjà plus multipliés qu'au onzième siècle , et leur ouverture s'élargit pour leur donner plus de légèreté (pl. VIII, fig. 4); mais ils étaient encore bien éloignés de ce qu'ils devinrent au treizième siècle.
Clochetons. Les clochetons , espèces de petites tours carrées et sans ouvertures , tantôt couronnées de pyramides à quatre pans, tantôt de pyramides octogones , comme les tours , furent placés a^x angles des édifices pour leur ornementation. Nous les verrons plus tard se poscrsur chaque contre-fort, et former autour des églises une série de petites tourelles élégantes , comme autant de sentinelles préposées à leur garde.
Ornements. C'est surtout dans l'ornementation que devait se distinguer le génie des artistes du douzième siècle. Aussi fit-il beaucoup de progrès dans cette partie de l'architecture : tout prend une forme nouvelle, en même temps que le dessin se perfectionne. Les ornements les plus employés pendant la deuxième époque du style romanobyzantin , sont les rinceaux, les étoiles, les violettes, les arabesques, les entrelacs, et différents genres d'enroulements ressemblant plus ou moins à ceux figurés sur la première partie de la planche V, les bandelettes, les perles, les deutelles, et certaines ciselures qui imitent le tissu travaillé des étoffes richement ornées, comme on en fabriquait à Conslantinople; ce sont en grande partie les or-
Déments du style» byzantin. On peut citer eucore les festons légers, les moulures nattées, et quelquefois déjà les trèfles , les quatre-fcuilles ( p. V, tig. 11 , 12, 13, 14), et quelques autres dessins d'une élégance et d'une finesse remarquables (1). Ces ornements servaient à la décoration des parties les plus remarquables des édifices, telles que les façades, les angles saillants qui séparent les colonnes les unes des autres. Beaucoup d'églises montrent avec quelle profusion de détails on couvrait les entre-colonnements au douzième siècle. Deux des plus beaux modèles du luxe d'ornementation employé au douzième siècle, sont les portails de Saint-Trophime d'Arles, et de Notre-Damela-Grande à Poitiers , décrits par M. de Caumont.
Comme ces moulures furent aussi en usage dans les siècles suivants , elles ne sont pas toujours une preuve de l'ancienneté d'un monument ; comme aussi on rencontre assez communément au douzième siècle les zigzags , les frettes et les ornements de l'architecture romano-byzantine primaire , sans oublier les figures grimaçantes sur lesquelles souvent , comme sur des consoles , viennent s'appuyer les extrémités des arcs doubleaux et des arceaux , lorsqu'ils ne reposent pas sur des colonnes. Cette particularité eut lieu aussi dans le treizième siècle, et il y en a des exemples dans l'église de Doue (Seineet-Marne) , qui remonte à cette époque.
(i) M. de Caumont
Bas-reliefs et statues. Jusqu'à la fin du onzième siècle , les statues n'ornaient guère les églises , et la 6gure humaine n'y était représentée en basrelief que de la manière la plus bizarre, la plus incorrecte, et même la plus hideuse. Comme je l'ai fait remarquer en parlant de la statuaire de ce siècle, l'Orient, qui avait mieux cultivé cet art, communiqua ses talents à l'Occident, et changea la décoration des ornements. Aussi les personnages en ronde-bosse et les bas-reliefs prirent-ils dès lors la place des zigzags, des frettes crénelées, des billettes, des figures chimériques, etc., sur les archivoltes, les voussures des portes, les tympans.
L'un des sujets qui se font remarquer le plus ordinairement , depuis la fin du onzième sièçle et dans le douzième, sur le tympan des portes, et quelquefois au milieu des frontons, c'est la représentation de Dieu entouré de divers attributs. Tantôt Jésus-Christ est assis sur son trône, vêtu d'une longue tunique enrichie de broderies , et tenant la main droite élevée, comme pour donner la bénédiction ; autour de lui sont les symboles des quatre évangélislcs désignés dans la vision d'Ézéchiel. D'autres fois , Jésus-Christ est représenté dans la même altitude, ayant à ses côtés deux anges , tantôt debout et tenant en main des encensoirs, tantôt à genoux, ou dans l'attitude de la prière.
Le linteau des portes, au-dessous du tympan, est quelquefois garni de personnages , comme les
apôtres ou les prophètes. Voici quelques autres sujets qui sont représentés fréquemment en basrelief dans le douzième siècle :
La Naissance de Jésus-Christ ;
La Visite des Bergers;
L'Adoration des Mages;
Le Massacre des Innocents;
La Fuite en Egypte ;
La Présentation élc Jésus-Christ au temple; Les principaux miracles de Jésus-Christ; L'Annonciation; La Visitation;
Saint Michel pesant les âmes ; Le Jugement dernier ;
L'Enfer, etc. ; les signes du zodiaque, quelquefois accompagnés de figures représentant les travaux de la campagne pour chaque mois de l'année.
Ce fut aussi à la fin du onzième siècle et au douzième qu'on commença à orner les façades des édifices et les portes de grandes statues , représentant des rois, des reines, des évôques, des bienfaiteurs de l'Église, des personnages de l'Ancien et du Nouveau Testament , surtout les prophètes. Toutes ces statues, à la fin du onzième et au douzième siècle, sont remarquables (comme je l'ai déjà dit à la fin de la première période du style romanobyzantin , qu'on peut relire) par la longueur des bustes , la roideur des membres et de tous les traits , qui les font facilement distinguer de celles des siècles suivants. La môme roideur existe dans les bas-reliefs et les peintures.
Une chose digne de remarque , c'est l'uniformité des traits, du visage , du costume et de la tournure des divers personnages, qui se trouve partout reproduite avec le môme scrupule, comme si partout on avait employé les mômes procédés d'exécution. Ceci paraît môme certain; et les ouvriers sculpteurs ont dû avoir pour guide, dans leurs travaux , un code qui leur indiquait , non-seulement les sujets , les personnage qui devaient être sculptés dans telles ou telles parties d'une église, mais encore la manière de représenter les personnages, leur pose, leurs vêtements, leurs attributs, etc., dans le genre du Guide de la peinture que M. Didron a rapporté de Grèce, et que suivent invariablement tous les peintres de ce pays dans les travaux qu'ils exécutent dans les églises.
Un genre de sculpture avait produit de grands effets dans les beaux temps de la Grèce , c'est la sculpture polychrome, ainsi appelée parce que ses différentes parties sont peintes de couleurs variées pour leur donner plus d'éclat et de ressemblance avec la nature. Le moyen âge sut en tirer parti pour rehausser la sculpture par l'éclat de la peinture, et détacher les figures des bas-reliefs sur des fonds de couleur différente. On l'employa beaucoup au onzième sièle , comme je l'ai dit. Mais ce fut surtout au douzième siècle que cet usage se répandit; et il n'est pas rare de trouver, parmi les figures de cette époque, des personnages dont les vêtements ont été peints et quelquefois dorés.
La peinture à fresque, comme au onzième, et la
peinture sur verre firent aussi de grands progrès au douzième siècle.
Les principaux monuments du douzième siècle sont :
La cathédrale d'Angers ;
Celle d'Autun pour l'ensemble ;
Le portail et une partie de la nef d* Avignon;
Le portail méridional de Bayeux;
Saint Germain-des-Prés à Paris;
Le narlhex de Dijon;
L'ancienne cathédrale de Digne ;
Le cœur et l'abside de Bayonne;
Sept travées de la nef de Bordeaux ;
Chœur et abside de Nantes ;
L'ensemble de la cathédrale de Soissons;
Portail latéral du Mans;
Cathédrale de Langres ;
Clocher de Limoges;
Masse de l'église de Lyon ;