‹ Manuel d'archéologie religieuse, civile et militaireChapitre 9 sur 23 · TABLEAU CHRONOLOGIQUE · texte numérisé non relu

TABLEAU CHRONOLOGIQUE

STYLES D'ARCHITECTURE QfJl OIT DEIUS LE V SIÈCLE JISQU'A LA Tl* DO XVI*.

Style latin | depuis la fin du x* siècle Jusqu'au xi*.

xi' siècle.

Style romano-byzantln. . j mÊmât ^ [

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rayonnant.. .

Fin du xi* siècle etxii*.

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xt* siècle et première moitié du m\

Si les monuments romains sont rares sur notre sol , il n'en est pas de même des constructions élevées dans le moyen âge ; elles sont très-nombreuses , au moins depuis le dixième siècle , dans toutes les parties de la France. Ces monuments sont surtout de trois espèces : 1° les monuments religieux, c'est-à-dire les églises et les chapelles ; 2° les monuments civils, qui comprennent les hôtels de ville, les hôpitaux , les* 'monastères , tous les monuments publics élevés pour divers services de l'État , et les maisons particulières ; et 3* les monuments militaires , par lesquels on entend les châteaux forts et tout ce qui est élevé pour la défense du pays. Pour ôter toute confusion produite par la nécessité de porter son esprit en même temps sur les monuments de la même époque, qui souvent n'ont rien de commun entre eux , j'appliquerai séparément les diverses époques du moyen âge à chaque espèce de

constructions. Je commencerai par l'architecture

religieuse, comme la plus répandue et la plus intéressante , parce qu'elle est celle qui renferme le plus de mai (pies architectoniques , et dans laquelle les architectes se sont le plus appliqués à exercer leurs talents et à répandre les richesses de l'art. Je traiterai ensuite de l'architecture civile , comme ayant plus de .rapports de ressemblance avec l'architecture religieuse , au moins dans certaines parties; et en dernier lieu de l'architecture militaire, dont tant de restes et de ruines magnifiques excitent si souvent l'admiration do l'amateur, et même des moins connaisseurs.

Je ferai ici une remarque qui n'est pas sans importance, c'est que , en analysant les caractères architectoniques des monuments , dans la recherche do leur Age , il ne faut pas oublier que l'ensemble doit guider pour la détermination des époques, et que l'examen le plus minutieux ne doit pas toujours paraître indifférent, parce que les révolutions dans les arts ne s'opèrent que lentement et comme par degrés , de sorte qu'il n'est f>8s rare de trouver dans un siècle des caractères appartenant au siècle précédent ou au suivant , et que souvent aussi , % dans le môme inoriument , il peut ee rencontrer des constructions do diverses époques, ou retouchées, ou refaites plus récemment, avec d'anciens matériaux. D'autres fois, certaines parties d'un monument portent les caractères d'un style éloigné du siècle dans lequel il a été construit. C'est ainsi que j'ai vu, entre autres, une église construite au qua-

torzième siècle, dont la tour, portant certainement cette date d'après des titres authentiques, avait tous les caractères du style lombard. Or souvent l'observateur a besoin d'un œil exercé, et de la mémoire des caractères qui paraissent quelquefois ne mériter aucune attention.

Une autre observation, bien importante à faire, regarde les variations que les divers styles éprouvèrent dans divers pays, aux mêmes époques, ou leur plus ou moins longue durée dans des contrées différentes; car, suivant les diverses contrées où on l'observe, l'architecture du même type présente des trails particuliers qu'il est bon d'examiner attentivement, quoiqu'on ne puisse les regarder que comme de simples variations d'un type général; ces variations proviennent de l'influence exercée par le goût qui a prévalu suivant les lieux, et elles méritent uu examen sérieux.

Tous les styles que j'ai énumérés furent employés généralement partout; mais ce fut surtout en Italie, dans les pays les plus voisins, et dans le midi de la France , entre la Loire et la Méditerranée , que prévalut le système byzantin. Il semble même que la plupart des églises d'Italie ont conservé ce style. La Sicile, surtout, renferme beaucoup de constructions byzantines.

Au sixième siècle, le style lombard, qui fut fort employé , ôta ses grâces au style byzantin , jusqu'au temps de Charlemagne, et forma un style lourd et pesant. Ce prince imprima le caractère de son génie à l'architecture ainsi qu'aux autres arts ; mais

le style varia à cause du mélange d'ouvriers byzantins et lombards qu'il employa en divers lieux. C'est ainsi que les travaux architectoniques exécutés au delà de la Loire et du Rhin furent assez différents de ceux de la Normandie. L'architecture romaine d'outre-Loire est généralement plus ornée qu'elle ne Tétait en Normandie aux mêmes époques. L'influence du goût oriental est souvent visible dans les monuments d'outre-Loire, tandis que ceux de la Normandie conservent en général un style plus sévère jusqu'à la naissance du style ogival.

Dans la Normandie , on employa le plus ordinairement comme ornements les zigzags et les figures angulaires de la planche 4, tandis qu'au delà de la Loire et du Rhin ce sont les rinceaux et les broderies de la planche 5 qui furent d'un usage plus habituel. D'un autre côté, on évita encore dans l'Est de masquer la forme gracieuse des façades par les grosses tours qui, dans le Nord et l'Ouest, écrasent et rétrécissent les frontispices des églises du onzième et du douzième siècle. Cependant, une fois que le style ogival fut généralement admis , ce fut pent-êlre le Nord qui se distingua davantage et le plus longtemps par sa délicatesse , ses formes gracieuses et hardies , et sa pureté de style.

CHAP. i. ARCHITECTURE RELIGIEUSE.

art. 1". — Style byzantin.

Le style byzantin tire son nom de Byzance , aujourd'hui Constantinople , où il prit naissance. Constantin , ayant quitté Rome pour établir le siège de sa puissance à Byzance, à laquelle il donna sou nom , n'épargna rien pour la magnificence de cette ville, y éleva partout des édifices imposants et somptueux, et la décora des chefs-d'œuvre des arts dont il dépouilla l'Italie, la Grèce et l'Asie. Le style romain , transporté sur la terre d'Orient, y prit une nouvelle figure, se para de la riche ornementation de ce pays à imaginations vives, et forma un style d'un type tout spécial. L'église de Sainte- Sophie de Constanlinople peut être regardée comme la base de l'architecture byzantine , qui se répandit dans toute l'étendue de l'empire oriental, pénétra en Italie, en Allemagne et en France.

On peut assigner trois phases à l'architecture byzantine : la première, du quatrième siècle au neuvième exclusivement; la seconde, du commencement du neuvième à la deuxième moitié du onzième ; et la troisième , de la deuxième moitié du onzième à la fin du douzième, et quelquefois au milieu du treizième.

Ce style offre donc trois âges bien marqués, ayant pourtant des caractères généraux communs à tous les trois. Charlemagne fit fleurir ce style dans son système primordial au sein de son vaste em-

pire; mais pendant les neuvième et dixième siècles , il tomba en décadence et se baVbarisa en Europe, pour se relever plus brillant que jamais au onzième siècle et au douzième. Cette phase est une véritable renaissance, un retour hardi aux traditions de la phase primordiale, mais avec un ordre d'idées génériques qui prédisent et préparent la grande révolution architecturale du treizième siècle.

Si on éleva en France des églises du style byzantin sous les deux premières phases, il est constant qu'il n'en reste plus aujourd'hui, et qu'il faut recourir à l'Italie et à la Sicile, qui sont riches en monuments byzantins des trois phases, surtout Ravenne, Venise, Pistoia , Pise, Milan, Lucques, Àrezzo, Bologne, Rome, Terracine, Vérone, Plaisance, Parme, Modène, etc. La France ne compte que six monuments vraiment byzantins, de la troisième phase: l'église de Saint-Front et Saint-Étienne de la cité de Périgueux, la cathédrale de Cahors, les abba y es de Sol i gn ac et de So u i I la c , et la cathédrale é'Angoulême. On pourrait peut-être y joindre la cathédrale du Puy. Les autres églises des onzième et douzième siècles n'ont puisé dans l'art byzantin que quelques détails d'ornementation que nous signalerons en parlant du style romano-byzanlin.

Plan byzantin (1 ) . Les églises byzantines sont généralement carrées, en croix grecque, rondes ou polygonales. Le plan de Sainte-Sophie est carré (pl. M, n° 12). Deux porches étroits et très-allongés

(1) Instructions du Comité historique.

occupent, l'un devant l'autre, toute la face de l'édifice. La grande nef principale forme une croix grecque en se liant à deux parties latérales, carrées elles-mêmes, et qui en sont séparées par des colonnes ; quatre salles irrégulières occupent les angles du plan; d'énormes piliers, destinés à supporter les coupoles , forment les angles rentrants de la croix; de nombreux escaliers, voisins de ces piliers, et dont l'accès est extérieur, permettent d'arriver à la galerie du premier étage , consacrée aux femmes. Une large abside occupe le fond de la nef principale pour former le sanctuaire ; des portiques et des cours sacrées entourent l'édifice.

Ce plan , qui servit de base au système byzantin , fut imité dans des proportions plus ou moins grandes , avec des modifications en rapport avec les ressources des villes qui élevaient des basiliques. C'est aussi sous cette forme qu'il fut reproduit en France. Presque toutes les églises byzantines de la première phase sont construites sur des cryptes offrant le même plan qu'elles. Ce ne fut que dans les onzième et douzième siècles que les cryptes s'ouvrirent seulement sous le sanctuaire.

Appareil. Les briques placées en lignes horizontales, et employées dans les murailles des premiers âges chrétiens, se reproduisent dans celles qui sont d'origine orientale , et de plus on y trouve l'emploi fréquent de lignes verticales en briques, de sorte que les pierres ou moellons bien appareillés sont encadrés pour la plupart dans de la terre cuite. La décoration se développe plus encore par les combinai-

sons que peuvent former des tuiles rondes ou légèrement courbées, des angles en forme de gamma, des rosaces, des croix et d'autres figures de ce genre. Les corniches sont en briques.

Toit, Le toit est en terrasse , et par conséquent sans pignons, excepté quelquefois aux extrémités des transepts.

Coupoles. Une coupole centrale surmonte l'édifice; si le temple est vaste, des coupoles plus basses occupent tous les angles à la rencontre des galeries intérieures que forment le porche et les nefs latérales de l'édifice. On en rencontre quelquefois à toutes les travées (n° 13). La coupole est indispensable au style byzantin. L'édifice peut être dépourvu de quelques-unes de ces coupoles ; elles sont alors remplacées par des voûtes d'arêtes.

Les coupoles sont supportées par quatre grandes arcades à plein cintre, disposées en carré. Les angles du carré des arcades se rattachent à la base sphérique de la coupole par de petites voûtes en encorbellement, qu'on appelle pendentifs (n° \ 4). Le pendentif est d'invention byzantine. Dans les églises de petite dimension, les piliers qui soutiennent les coupoles sont remplacés par des colonnes en marbre. Quelquefois les coupoles sont placées simplement sur les terrasses qui surmontent l'édifice; elles sont toujours percées de nombreuses ouvertures cintrées ou petites fenêtres.

Les piliers et les pendentifs sont incrustés de mosaïques ou décorés de peintures, selon l'im-

poi tance du monument. Des marbres , plaqués ou figurés au pinceau, occupent les parties basses des pieds-droits isolés , ainsi que les murs latéraux de l'édifice.

Le plus souvent les coupoles sont couvertes de lames de plomb. Quand on se sert de tuiles, elles sont plates comme celles des Romains, et liées par des imbrices, et quelquefois creuses, comme celles qu'on fabrique aujourd'hui dans le midi de la France.

Façade (n° 15). Une suite de fenêtres ou de petites arcades indique à l'extérieur la galerie qui est ménagée au premier étage dans la plupart des temples byzantins. Cette disposition a été copiée dans l'architecture romane et dans le style ogival. Les arcs cintrés des fenêtres sont formés de briques seules ou alternées avec du moellon.

Transepts. Des façades latérales offrent une grande analogie avec celles de l'Occident : on y reconnaît quelquefois un pignon indiquant les croisées ou transepts.

Une porte occupe le milieu de ce pignon ; elle est simple et cintrée, quelquefois géminée, c'est-à-dire divisée au milieu par une colonnette ou un pilastre. Dans ce cas, il y a deux cintres au lieu d'un; la retombée commune est le chapiteau de la colonnette. Au-dessus de cette porte on voit ordinairement un ou deux étages de fenêtres géminées et cintrées, comme la porte, quelquefois encadrées dans un grand cintre commun qui embrasse toute la largeur du transept , et ne sert que d'or-

nementation. Ces cintres sont ordinairement en briques.

Abside, La façade postérieure, horizontale au sommet, est décorée d'une ou de trois absides qui sont en tours rondes ou à pans coupés; un ou plusieurs étages de niches les décorent ; elles occupent la place des fenêtres , qui dans le style roman s'ouvrirent autour du sanctuaire.. Ces niches, semicirculaires et couronnées par une demi-coupole, sont ornées de compartiments en briques mêlées à la construction. Quelques absides byzantines sont, percées de trois fenêtres simples ou géminées; si leur plan est en polygone, les fenêtres peuvent être portées par de petites colonnes placées sur chacun des angles saillants. En général, les formes des édifices sont cubiques ; les coupoles et les absides rompent seules la simplicité des formes.

Porche , ou narthex. Le porche des basiliques byzantines est toujeurs voûté à l'intérieur, et quelquefois surmonté de coupoles. Le bois ne paraît jamais dans cette architecture , différente en cela de l'architecture latine. Développé sur un plan étroit et trèsallongé, le porche, qui est décoré de peintures ou de mosaïques, occupe toute la largeur de l'édifice; il donne accès au temple par une ou plusieurs portos semblables à celles qui ornent la façade extérieure* Les cintres qui surmontent ces portes sont quelquefois en fer à cheval au lieu de présenter seulement un demi-cercle,

Portes. Les portes sont généralement encadrées

par trois morceaux de marbre ou de pierre faisant un chambranle; un arc en plein cintre le surmonte pour former une décharge au-dessus du linteau.

Les moulures qui accompagnent les portes byzantines ont une physionomie spéciale et différente de celles des Latins; saillantes et arrondies, elles sont séparées par des lignes profondément refouillées. Ces profils très- accentués servirent de base au système d'encadrements épais et riches qui se multiplièrent dans l'architecture romane, et prirent un si beau caractère sous l'influence du système ogival.

Fenêtres. Nous en avons vu la description en parlant de la façade , des transepts et de l'abside.

On voit aussi , dans certains cas , de petites fenêtres carrées destinées à faciliter la circulation de l'air entre le porche et les nefs. Elles ont pour appui une grande tablette de marbre décorée de sculptures.

Autel et Ciboire (n* 16). L'autel des Grecs est un cube et quelquefois un cylindre en pierre ou en marbre; il n'est point surmonté d'un gradin comme l'autel des Latins : les flambeaux se placent isolement aux quatre angles. Sur les faces verticales, décorées d'une riche étoffe drapée à larges plis, on figure , par des broderies d'or et d'argent , la croix grecque et les gammadœ, emblèmes de la Trinité.

Le ciboire est une espèce de baldaquin qui s'élève au-dessus de l'autel. Le ciboire byzantin, porté

par quatre colonnes qui s'élèvent aux angles de l'autel , a quelquefois la forme d'une coupole; il est surmonté d'une portion de sphère, lorsque ses faces, disposées verticalement, sont percées de quatre petits arcs.

Ornements. Les architectes byzantins négligèrent la belle forme du chapiteau antique. Sa corbeille élégante devint une masse presque cubique (n° 17), mais ornée élégamment de fleurs, de rinceaux et de feuillages aigus et peu saillants ; les branches de chêne et d'olivier y sont mêlées aux feuilles d'acanthe; ils ornèrent les surfaces planes de mosaïques et de peintures. Ces formes nouvelles pénétrèrent dans tout l'Occident, où elles eurent beaucoup de succès; et telle parait être l'origine des chapiteaux cubiques si communs au onzième siècle , et qui sont un des éléments byzantins introduits dans l'architecture romane.

Les moulures de couronnement eurent le même sort; elles furent simpliûées dans l'architecture byzantine au point de n'offrir plus que des champs lisses plus ou moins inclinés en biseau; la sculpture, la peinture ou la mosaïque les enrichirent en rappelant en quelque façon les ornements antiques. Les peintures et les petites mosaïques sont ordinairement sur fond d'or.

La sculpture d'ornement des Byzantins est large et pesante, riche en perles, en galons contournés et décorés de pierreries en entrelacs. Les principaux ornements sont ceux représentés dans la seconde partie de la planche IV, tels que les étoiles,

les têtes saillantes , les dénis de scie , les zigzags, etc. Les personnages ont une forme orientale, c'est-à-dire que le buste et la figure sont roides, expressifs, un peu longs, et qu'ils sont couverts de grands manteaux ouverts devant , qui laissent apercevoir de riches étoffes. Si le sculpteur a représenté des rinceaux ou des feuillages isolés , les extrémités en sont aiguës, les arêtes vives, les feuilles profondément exprimées par des angles rentrants, les côtes et les branches découpées en chapelets de perles. (Voir quelques ornements de la planche V.)

Nous verrons, aux onzième et douzième siècles, que ce genre d'ornementation a été très en faveur dans tout l'Occident, surtout sur les bords de la Loire et du Rhin, où le style byzantin eut une grande influence.

aiit. 2. — Style latin, depuis la fin du cinquième siècle

jusqu'au onzième.

Avant de considérer les caractères architectoniques latins des monuments religieux au moyen âge, il ne sera pas inutile de jeter un regard en arrière sur l'origine des premières églises et les lieux de réunion des premiers chrétiens.

La première église des chrétiens fut le cénacle où Jésus-Christ célébra la Pàque avec ses apôtres , et institua le sacrement de l'eucharistie. C'était une salle à manger, qui devait faire partie d'une

An. « 7

grande maison , et appartenir à nn riche particulier, d'après les expressions elles-mêmes de l'Évangile : cœnaculum grande, stratum. C'est dans le cénacle que Jésus-Christ lava les pieds à ses apôtres, qu'il leur conféra l'ordination , etc. C'est là que les apôtres et les disciples attendirent et reçurent le Saint-Esprit; c'est là que se fit l'élection de saint Mathias, que se tint le premier concile général, que se réunirent longtemps les fidèles pour la célébration des saints mystères. Sur l'emplacement de ce cénacle, sainte Hélène fit élever une église, pour conserver le souvenir des grands mystères qui s'y étaient opérés. C'est aussi dans un appartement semblable que saint Paul célébra les saints mystères à Troadc. On choisissait de préférence ces salles, parce que, chez les anciens, elles étaient très-grandes, et peut-être aussi parce que la communion était suivie d'un repas appelé agape. Dans les premières années du christianisme, les lieux de réunion des chrétiens n'étaient donc pour l'ordinaire que de vastes salles, qui se trouvaient même quelquefois dans le lieu le plus élevé de la maison, comme nous le voyons dans les Actes des Apôtres (chap. 20).

Cependant , il est certain que , même avant Constantin, plusieurs églises furent bâties pour la célébration des saints mystères, à Rome et ailleurs. L'empereur Adrien, lui-même, idolâtre et persécuteur, au deuxième siècle, frappé des raisonnements et des faits que renfermaient les Apologies

de saint Quadrat ci de saint Aristide , non -seulement cessa de persécuter les chrétiens, mais encore fit construire pour eux des églises , qu'on appela Adr innées.

Alexandre Sévère (au commencement du troisième siècle) , encore mieux disposé en faveur des chrétiens , les protégea quelquefois , et leur laissa construire des églises. Sous l'empereur Philippe , qui favorisa beaucoup les chrétiens , le nombre des églises augmenta encore , et on en comptait plus de quarante dans Rome à la fin du troisième siècle.

Les saints évéques , profitant du calme dans lequel les laissaient les empereurs, se hâtèrent de donner des églises aux fidèles : telles furent , entre autres , celle de Néocésarée , construite par saitit Grégoire Thaumaturge, en 240 ; de Bourges , par saint Ursin , en 250 ; de Toulouse , par saint Saturnin , la môme année.

Sous les successeurs des empereurs que je viens de nommer, les chrétiens furent persécutés, arrêtés, mis à mort , sans forme de procès et sans autres motifs que leur qualité de chrétien. Au milieu de ces cruelles persécutions , les chrétiens cherchèrent un asile dans les catacombes.

Les catacombes étaient des carrières de pierre ou de plâtre qu'on avait exploitées pour la construction des maisons particulières ou des édifices publics , à Rome et ailleurs. Ces excavations souterraines forment des espèces de rues , qui prennent diverses directions, et se prolongent dans certains

endroits à la dislance de plusieurs lieues. On y voit des autels dressés, qui remontent à la plus haute antiquité. On les appelait catacombes, parce qu'elles étaient pleines de tombeaux et de sarcophages, qui étaient placés dans des niches pratiquées dans les parois.

On trouve dans les environs de Paris , et même sous les maisons de cette ville , des carrières de plâtre exploitées de la môme manière , qui forment une espèce de ville souterraine , même à deux étages dans certains endroits. On voit aussi des catacombes à Florence , à Noie , à Naples , à Syracuse et ailleurs ; ces dernières sont plus larges et plus élevées que celles de Rome. On trouve sur ce sujet des choses très-intéressantes dans le Dictionnaire de Bcrgier, art. Catacombes , et dans Godescard , Vie de saint Calixte , le \ 4 octobre , note (a) , qui, en 231 , fit construire à Rome des catacombes près la voie Appienne.

Les chrétiens de Rome, surtout, ne manquaient pas d'y mettre les restes des martyrs qu'ils pouvaient recueillir ; mais , pour éviter toute méprise , ils gravaient sur la pierre tumulaire le nom du martyre , le supplice qu'il avait enduré , la figure de l'instrument de son martyre, des palmes ou d'autres signes caractéristiques.

Deux motifs engageaient les premiers chrétiens à se réunir dans les catacombes pendant les persécutions : le premier était pour se mettre à l'abri de la surveillance des ennemis de la religion , et le second , parce que l'usage fut établi , dès les premiers temps,

de célébrer les saints mystères sur les tombeaux des martyrs. Ce dernier motif les engageait à visiter les catacombes , et à s'y réunir, môme quand la persécution avait cessé; mais )es ennemis do la religion s'élant aperçus de ces réunions souterraines. les défendirent avec menace ; il fallut alors chercher d'autres lieux moins connus, et on se retirait dans les cryptes, dont j'aurai quelquefois occasion de parler.

On appelait et on appelle encore cryptes , lieux cachés , des églises ou chapelles souterraines , différentes des catacombes , où les premiers chrétiens célébraient les saints mystères pendant les persécutions. Quelquefois elles étaient construites exprès dans des cimetières , en forme de -tombeaux (1) ; d'autres fois , on faisait servir pour cela des lieux souterrains destinés à d'autres usages , comme des caves , des crypto-portiques (2). On les appelle aussi

(1) Dans l'ancien cimetière de Jouarre (Seine-et-Marne), est un antique monument de ce genre, et fort curieux, connu sous le nom d'église Saint Paul : c'est un petit édifice en forme de crypte, auquel on descend par un escalier de quatorze marches. Il a été évidemment construit à deux époques différentes : dans la première partie, qui est la plus ancienne, on remarque six colonnes, dont quatre sont en pierre, avec des chapiteaux assez grossièrement travaillés , et deux en marbre avec des chapiteaux composites très-élégants. La deuxième partie a été construite à la fin du septième siècle, ou au plus tard au commencement du huitième, La voûte est supportée par six colonnes, en marbres précieux de trois espèces différentes ; toutes sont surmontées de chapiteaux composites en marbre blanc, de dessins différents.

(2) Les crypto-portique» étaient des galeries souterraines qui étaient ménagées dans toutes les grandes maisons , pour y jouir de la fraîcheur pendant Tété, et d'une température plus douce pendant l'hiver.

confessions , en mémoire des confesseurs de la foi , • c'est-à-dire des martyrs, dont on y plaçait les reliques. On donne aussi le nom do cryptes aux chapelles souterraines qu'on construisit dans beaucoup d'églises , surtout sous l'autel , pendant le moyen

âge-

C'était donc dans les maisons particulières, dans des cryptes, dans les catacombes , et dans quelques églises destinées à cet usage , que s'exerçait le culte catholique pendant les trois premiers siècles. Nous n'avons aucune idée précise de l'architecture de ces églises, Dioctétien ayant donné les ordres les plus sévères , en 303, pour qu'elles fussent toutes démolies. Mais cet état de choses n'ayant duré que dix ans, après lesquels Constantin, qui prit les rênes du gouvernement , ordonna de rétablir les églises, ou peut supposer que les nouvelles furent construites sur le même plan que les anciennes, dont on n'avait pu perdre le souvenir, et dont quelques-unes , échappées à la fureur de Dioclétien , avaient pu servir de modèle.

Nous avons vu des églises construites en Italie dès les premiers temps du christianisme ; mais, quoique la religion chrétienno se fut introduite dans la Gaule, dès la fin du deuxième siècle, et qu'elle y fut déjà très-répandue au troisième, il n'y eut point dans cette contrée d'églises propremont dites, et l'on célébrait les mystères dans les maisons des nouveaux convertis , dans des cryptes et des lieux retirés. Il ne nous reste aucun monument de cette époque reculée , si ce n'est peut-être

la crypte de Saint-Irénée à Lyon , qui remonte à la plus haute antiquité ; celle de Saint-Or vais de Rouen, où fut enterré saint Melon , premier évêque de cette ville , vers Tan 200 ; celle d'Agen ; celle de Saint- Laurent, à Grenoble, et peut-être celle de Jouarre , appelée église Saint-Paul , pour la partie sud , dont on ignore l'origine, ainsi que de quelques caveaux curieux qui existent encore dans le pays. Mais après l'avènement de ce prince, le christianisme prit un accroissement prodigieux dans les provinces comme dans Malie , et les églises s'y multiplièrent.

Nous avons vu , en parlant de l'architecture romaine, ce qu'étaient les basiliques, et quelle était leur destination. Lorsque la religion fut protégée par les princes , elles parurent aux premiers évôques de Rome tout à fait convenables pour la célébration des saints mystères , et préférables aux temples païens , qu'ils auraient pu facilement s'approprier, mais qui étaient généralement peu spacieux, comme je l'ai dit, parce que le peuple n'y entrait pas , et pour lesquels ils avaient de la répugnance , à cause du souvenir des sa cri lices dont ils étaient souillés.

Les basiliques adaptées au culte chrétien devinrent le type de presque toutes les églises qui furent construites en Occident au quatrième siècle, et l'on s'écarta peu de cotte forme dans celles qui furent élevées jusqu'au onzième siècle.

Voici quelle était la distribution intérieure des basiliques chrétiennes : Févéque était au milieu de

l'abside, sur un siège plus élevé, qu'on appelait trône ou chaire; le clergé (c'est-à-dire les prêtres et les diacres), placé à sa droite et à sa gauche, sur un hémicycle attenant à la muraille (pl. III, fig. 4), entourait l'autel, c'est-à-dire une table de bois ou de pierre , ou môme quelquefois d'argent ou d'or, soutenue par quatre colonnes , sur laquelle on célébrait les saints mystères. Cet autel était au milieu ou en avant de l'abside. Il y a cependant des absides fort anciennes , dans lesquelles l'autel primitif doit également avoir toujours été adossé à la muraille. Sous l'autel était une crypte , ou chapelle souterraine , dans laquelle on conservait les reliques d'un martyr, et qu'on avait creusée pour rappeler les temps de persécution. L'autel était entouré d'une balustrade appelée cancel; il y avait aussi très-souvent un rideau , vélum; ce rideau était destiné à cacher l'autel au moment de la consécration et de la consommation des mvstères sacrés. Au delà et en face de l'autel , entre l'abside et le peuple , était le chœur, destiné à recevoir les chantres et les ofticiers inférieurs du culte. Derrière les chantres, était l'ambon ou jubé, c'est-à-dire une tribune dans laquelle on montait de deux côtés différents, pour lire l'Épitre et l'Évangile. Les fidèles étaient dans la nef, les hommes du côté de l'Épître, les femmes du côté de l'Évangile.

On ajouta à quelques églises et à quelques basiliques une cour carrée eutourée de portiques, nommée atrium , dans laquelle les catéchumènes se retiraient pendant la célébration des cérémonies.

auxquelles il ne leur était pas encore permis d'assister ; il v avait au milieu de cette cour un réservoir, ordinairement octogone, et entouré parfois de colonnes supportant un toit de même forme. C'était dans cette piscine que les néophytes recevaient le baptême, d'où lui est venu le nom de baptistère.

Quelquefois le baptistère était adossé à l'église avec les sacristies ; d'autres fois , il était entièrement séparé de l'église , et faisait un corps de bâtiment à part , comme celui de Constantin, près de l'église de Latran , celui de Florence, et celui d'Aix en Provence, qui sont de superbes édifices. Le baptistère de Pise est aussi hors de l'église , et trèsremarquable.

Les petites églises de la campagne n'étaient pas précédées par une cour; mais elles étaient construites au milieu des cimetières, qui servaient de cour, et donnaient aux vivants de touchantes leçons sur la fragilité humaine et sur la nécessité de penser à l'avenir.

Dans la deuxième moitié du cinquième siècle, les édiûces religieux commencèrent à devenir plus vastes , et quelques-uns furent bâtis avec une certaine magnificence , et toujours sur le même plan.

Pion des églises. Ce plan dut être le même que celui dont saint Grégoire de Tours nous a laissé la description, c'est-à-dire qu'elles étaient oblongues, terminées circulairement à Test.. Leurs fenêtres étaient cintrées. On imitait en tout l'architecture

romaine; mais, dans quelques-unes, on pouvait déjà remarquer l'influence du style oriental. Il apparaît surtout dans l'ancienne église de Saiut- Germain-l'Auxerrois , à Paris , bâtie sur un plan circulaire, et dans la belle église érigée par saint Perpet sur le tombeau de saint Martin, à Tours, dont on possède les plans.

Les églises, qui se multiplièrent depuis le cinquième siècle jusqu'au dixième, n'eurent pas un type différent ; aussi les caractères architectoniques sont-ils les mêmes pour tous les édiûccs religieux élevés en France pendant toute celte période, comme on en peut juger par quelques édifices remarquables qui sont parvenus jusqu'à nous depuis le septième siècle. Je citerai , comme une des plus anciennes constructions , la façade de l'église de Savenières, près d'Angers, qui remonte au sixième ou au septième siècle. Le dessin (pl. III, fig. 41 ) donnera une idée du mode de construction à cette époque. Le parement des murs est en marbre et en silex. La façade est coupée par plusieurs rangs de briques posées à plat , et par six bandeaux de *briqucs disposées en arêtes de poisson. On remarquera facilement que la porte a été refaite au seizième siècle. 11 faut pourtant convenir qu'il est impossible de tracer un tableau complet de l'architecture de celte première époque , les monuments qui nous restent étant trop rares.

Cependant quelques églises reçurent des innovations partielles, dont la plus notable peut-être fut l'apparition des transepts , c'estrà-dire l'élargis-

— toi —

sèment en forme de nef transversale qne prit le vaisseau entre l'abside et les nefs, de manière à donner au plan de l'édifice la forme d'une croix (pl. III, fig. 6). Dans beaucoup de grandes églises, cette croix ne forme aucun avancement au dehors, et n'est apparente qu'à l'intérieur par la disposition particulière des piliers (pl. III, fig. 9 et 10). C'est celte disposition en croix qui a fait donner à cette portion des églises le nom de croisée.

Apres les collatéraux , ce sont les transepts qui ont reçu les premiers autels secondaires introduits dans nos temples, dont la disposition et le rit primitifs n'en comportaient qu'un. Souvent même leurs absides 6ont mieux caractérisées et de plus grande dimension que celles des collatéraux , destinées, dans l'origine, à la sacristie et au trésor de l'église.

Les transepts manquent dans les chapelles et souvent dans les petites églises. Cependant quelquefois leur place est marquée par des verrières plus élégantes; quelquefois, au lieu d'une seule abside, on en fit trois de proportions différentes, et en rapport avoc la largeur des nefs vis-à-vis desquelles elles étaient placées ( pl. III, fig. 5). Enfin, dans quelques églises on doubla les rangs des colonnes de manière à produire ciuq nefs au lieu de trois (fig. 6 ).

Les églises à une seule nef, avec ou sans transept , telles qu'on en voit beaucoup dans les campagnes, ont toujours été fort nombreuses.

Dans les grands monuments, les cryptes prirent

un accroissement considérable. Comme je l'ai dit, ce n'étaient d'abord que des cavités étroites , destinées à recevoir les restes des saints et des martyrs, avec un seul autel ; plus tard , ce furent des chapelles qui s'étendaient sous le chœur, et parfois sous les nefs. Quelques-unes eurent plusieurs autels, et présentèrent en petit l'image de l'église supérieure.

A partir du sixième siècle, le chœur s'allongea progressivement, et les autels se multiplièrent autour de l'autel principal. Je parle ici , comme je ferai ordinairement, des grandes églises qui furent trèssoignées. Dans les autres, si on ne reconnaît pas autant de signes architectoniques, il s'en trouve cependant ordinairement assez pour pouvoir facilement reconnaître leur âge.

Appareils. Le mode de construction de cette époque a une très -grande ressemblance avec les constructions romaines de petit appareil , c'est-àdire, formé de petites pierres à peu près cubiques, et parfois cunéiformes, environ de trois à quatre pouces , et liées ensemble par une couche épaisse de ciment.

Ce système de construction est à remarquer comme caractère distinctif, parce qu'il fut trèsrare après le dixième siècle.

On rencontre plus rarement des pierres de sept à huit pouces de surface, carrées et aplaties, et presque uniquement dans le midi de la France, où les matériaux sont abondants et d'un emploi facile, et presque jamais des pierres de plus grande dimension.

On a souvent employé la brique, et même pendant plusieurs siècles du moyen âge, soit dans les cintres, soit dans les murs, où on la disposait par bancs horizontaux pour la solidité, et aussi pour l'ornement extérieur des édifices, sur lesquels un ou plusieurs rangs de briques remplaçaient les moulures et les corniches , et formaient un cordon rouge qui se détachait agréablement sur le fond grisâtre de la pierre, comme à l'église de Savenières.

Ce fut même un usage assez fréquent, d'employer des briques de différentes formes , comme moyen de décoration , en les incrustant dans les murs avec symétrie.

Colonnes. Vers la fin du quatrième siècle, on oublia trop souvent , sans les abandonner entièrement , les belles colonnes cylindriques de l'architecture grecque et romaine, pour les remplacer par de massifs piliers carrés , ornés seulement de leurs corniches ou de quelques sculptures grossières, au lieu du chapiteau élégant des âges suivants (pl. VI , fig. i n ); dans la suite l'usage devint presque général de les couvrir de demi-colonnes engagées, qui les rendaient plus gracieux, en leur faisant perdre leur rudesse et leur pesanteur (pl. VI, fig. 3) . On voit de ces piliers carrés dans plusieurs églises antérieures au dixième siècle, principalement dans celles de Saint-Martin d'Angers, la basse œuvre de Beauvais, la nef de la cathédrale d'Aix-la-Chapelle, bâtie par Charlemagne, au huitiènte siècle , etc. Quand on emploie les colonnes et les chapiteaux cylindriques,

ceux-ci sont ornés de feuilles et de moulures antiques grossièrement travaillées. Quelquefois, mais rarement, on voit les chapiteaux ioniques et corinthiens exécutés avec assez d'art, et très-souvent avec des modifications.

On vit augmenter, dans les premiers siècles du moyen âge , les altérations qui s'étaient introduites au quatrième siècle dans l'entablement des édifices. Partout on vit les arceaux des voûtes reposer immédiatement sur les chapiteaux des colonnes.

Corniclws. De tout l'entablement on ne conserva souvent que la corniche môme dans le pourtour de l'édifice, et elle reposait sur des modillons de formes très-variées, et souvent d'une bizarrerie extraordinaire. Dans bien des monuments, ces modillons étaient de la plus grande simplicité, sans aucun ornement, et figuraient simplement l'extrémité d'une poutre taillée en biseau.

Dans quelques autres, ils figuraient des volutes, des feuilles, des fruits, des masques humains ou môme des têtes d'animaux. Ces figures bizarres se remarquent pourtant plus fréquemment et avec plus de variété dans le style roma no-byzantin (pl. VI f n" 43 et 44).

Fenêtres. Les fenêtres à plein cintre étaient d'une petite dimension , ayant ordinairement en hauteur le double de leur largeur (3 ou 4 pieds de hauteur sur \ pied \/ï ou 2 pieds de largeur), quelquefois ressemblant à de véritables meurtrières. Elles n'étaieut pas ornées de colonnes à l'extérieur ; et le cintre, d'une grande simplicité, et ordinairement sans

moulures , reposait presque toujours sur des pieds droits ou des pilastres larges et écrasés (pl. IX,fig. 2).

Le cintre était ordinairement formé par un rang de pierres rangées symétriquement; quelquefois ces pierres étaient séparées les unes des autres par des briques (pl. IX, fig. 1 ).

Souvent cette archivolte était encadrée dans une bordure, tantôt simple, tantôt double, de briques disposées en demi-cercle. Lorsque cet encadrement était double, un rang de pierres rectangles de petit appareil remplissait l'intervalle compris entre les deux cordons semi-circulaires (pl. IX, fig. 2).

Lorsque la brique n'a pas été employée, ces cordons sont formés de pierres saillantes (fig. 1 ).

Dans les contrées méridionales, ces fenêtres étaient closes avec des tablettes de marbre, percées de trous circulaires , ou en losanges , assez rapprochés pour former un treillis solide. Des morceaux de verre ou d'albâtre étaient fixés à ses ouvertures.

Portes. Les portes étaient cintrées comme les fenêtres. Ordinairement le cintre reposait sur des pieds-droits ou pilastres , rarement sur des colonnes. Il était formé de pierres rangées symétriquement; et quelquefois alternées par des briques, et surmontées d'un cordon en saillie, comme dans les fenêtres, ou orné de moulures et d'incrustations. Toujours ou ouvrait une porte carrée au milieu de l'arcade. Le tympan était rempli tantôt en pierres de petit appareil unies ou raugées en forme de réseau, tantôt par une croix ou quelque autre bas-relief (pi. VIII, fig. 12 et 13;.

Quelquefois la porte est sans cintre et simplement carrée , composée de trois pièces de marbre qui font chambranle, souvent ornées de sculptures. On rencontre parfois des inscriptions gravées sur le linteau en pierre ou en marbre des portes , sur les murailles, ou sur le tailloir des chapiteaux. Lorsque ces inscriptions sont en lettres majuscules romaines , elles indiquent une époque antérieure au onzième siècle.

En avant de la porte principale on voit fréquemment deux lions en marbre, entre lesquels on rendait la justice, inter leones. Les premiers chrétiens ont souvent incrusté dans les murs de la façade , auprès des portes, des fragments de sarcophages romains; les têtes de lion qui s'y trouvent figurées tiennent lieu de celles qu'ils ne pouvaient exécuter eux-mêmes , à cause de leur peu de ressources dans certaines localités, et surtout de l'ignorance des temps (1).

Dans les grands édifices, les portes principale* étaient placées dans la façade de l'ouest, et dans les murs latéraux, au nord ou au midi, ou des deux côtés à la fois; il y en avait ordinairement trois à la façade principale, et elles s'ouvraient sous le porche.

Porche. Le porche des églises latines est un es-* pace couvert par une charpente, le plus souvent apparente et appuyée sur la façade de l'édifice ; il se compose d'une rangée de colonnes , ordinairement

(i) Instructions du comité.

de marbre, établie parallèlement au mur de face, à une distance plus ou moins grande, déterminée par Tétendue et le service du temple.

Sous le porche , auprès de la porte principale , étaient placées deux fontaines ou bassins destinés aux purifications extérieures; introduits plus tard dans le temple, ils reçurent l'eau bénite. Le fond du porche est orné de peintures ; au-dessus des portes se placèrent les premières mosaïques destinées à orner les portiques : elles représentaient les apôtres auxquels étaient dédiés les édifices.

Arcades. Les arcades, qui mettaient la nef en communication avec les ailes , ou bas-côtés , étaient à plein cintre , comme les portes et les fenêtres ; elles n'avaient ordinairement d'autre décoration que la symétrie régulière de leurs pierres , quelquefois séparées par des briques, selon l'usage; mais la grande arcade qui séparait le chœur de la nef était souvent ornée d'incrustations, de mosaïques, de moulures, de sculptures ou de peintures symboliques, représentant la mort de Notre Seigneur Jésus-Christ. Cette arcade était appelée arc triomphal dans les basiliques latines, parce qu'elle ressemblait à un arc de triomphe, et ce nom lui fut respectueusement conservé pendant la première moitié du moyen âge, en mémoire du triomphe de Jésus-Christ sur l'enfer. C'est pour conserver les vestiges de cette pensée , vraiment chrétienne , que dans un grand nombre d'églises on plaça et on rencontre encore aujourd'hui un crucifix à cette arcade mystérieuse, qui nous ouvre le sanc-

Ar. 8

tuai iv où s'immole l'agneau qui , par sa mort et son triomphe sur l'enfer, nous ouvrit le sanctuaire éternel.

Voûtes. La charpente des églises qui supportait le toit dmeurait souvent à nu et apparente, comme dans les basiliques romaines; et les plafonds, qui étaient rares, se faisaient presque toujours en planches. 11 n'y eut pas de voûtes en pierres jusqu'au onzième siècle, époque de l'apparition de l'ogive , à cause de la largeur des édifices , qui offrait de grandes dillicullés aux architectes. Celles qui existent, en petit nombre, sont faites, comme les monuments romains , et comme aux onzième , douzième et treizième siècles, de petites pierres irrégulières mêlées de beaucoup de mortier. On ne trouve guère de voûtées , du cinquième au dixième siècle, que les absides, quelques petites chapelles ou des bas-côtés. Les absides sont en cul de four : il est rare qu'elles soient percées de fenêtres. Des mosaïques, exécutées sur fond d'or, à la manière orientale , en décorent la voûte. Ces riches peintures s'étendent sur toutes les parois intérieures des basiliques, pour y représenter les principaux faits de l'histoire sacrée.

Tours. Les tours et clochers s'élevèrent sans doute à l'époque où les cloches de grande dimension ont été en usage. Mais à quelle époque le furent-elles généralement dans les églises? C'est une chose qu'il est impossible de fixer précisément. Les Romains se servaient de cloches (sans doute de petite dimension ) , et les introduisirent dans les Gaules. On fixe

communément au cinquième l'usage des grandes cloches dan6 les églises , pour appeler les fidèles à la prière. On rapporte que saint Paulin , évéque de Noie en Canipanio , fut le premier qui imagina do se servir de clochettes pour annoncer les offices. Mais on pense généralement que ce ne fut guère qu'en 605, sous le pape Sabinien, que s'introduisit Tusage des cloches. D'abord peu volumineuses, elles ne nécessitèrent pas un bâtiment particulier. Nous apprenons d'Anastase le Bibliothécaire, dans la vie du pape Étienne III, que ce pontife fit élever, en 770, une tour sur l'église de Saint- Pierre de Rome, et qu'il y plaça trois cloches (1). On ne connaît pas en France de tours élevées avant cette époque. Au neuvième siècle , beaucoup d'églises furent surmontées de tours , et il parait qu'on trouvait déjà des ouvriers habiles à fondre des cloches d'une dimension considérable, puisque saint Aldric, évôque du Mans, vers 832 , en fit placer douze dans les clochers de son église.

On est porté à croire, d'après cela, que ce ne fut guère qu'au huitième ou neuvième siècle, qu'on commença à construire des tours; et s'il en exista auparavant, elles furent peu nombreuses. Quoiqu'il en soit, les tours de cette époque étaient peu élevées, carrées, terminées par un toit à double egout ou à quatre pans, en forme de pyramide très-obluse, et sans élégance. Les faces étaient percées de fenêtres à plein cintre et sans ornements.

On fut dans les commencements assez embarrassé

(1) Anast Biblioth., in vitaSteph. ni.

pour son emplacement. On l'éleva d'abord sur le point central du transept, ensuite sur le portail occidental ; quelquefois on la sépara entièrement de l'édifice : cette dernière disposition se rencontre même quelquefois dans la première époque du style romano-byzantin.

Autel et ciboire. L'autel des basiliques latines est ordinairement un tombeau en marbre , en granit, ou en porphyre, en forme de cuve ou d'un sarcophage carré. Sur la table sont gravés l'alpha et l'oméga , le labarum , la palme , etc. Les sculptures chrétiennes qui en décorent les côtés sont souvent ajoutées après coup.

Au-dessous de l'autel est une petite case voûtée; c'est le marlyrium ou confession , destiné à contenir les reliques des mai tyrs. Ce lieu est décoré avec beaucoup de luxe, et est quelquefois si étendu, qu'on y descend par un grand nombre de marches, disposées en avant ou sur les côtés de l'autel : il devient

alors une crypte.

Aux quatre angles de l'autel principal s'élèvent des colonnes précieuses, surmontées de chapiteaux et d'un entablement en marbre formant un dais audessus, appelé ciborium. On y prodigua, dans les premiers siècles , tout le luxe des métaux et des pierreries; les plus anciens étaient surmontés d'un fronton, quelques-uns étaient couronnés par de petits arcs (1).

Dans la suite ce ciborium, reculé derrière l'autel et modifié , a formé cette colonnade avec fronton

(1) Instructions du comité.

qu'on voit dans la plupart de nos églises. Souvent on suspendait sous le ciborium une colombe d'or ou d'argent, dans laquelle on conservait la sainte eucharistie. Cet usage s'est conservé dans quelques églises jusqu'à la ûn du siècle dernier; peut-être existe-t-il encore aujourd'hui dans quelques endroits. Ce qui est certain, c'est qu'on rencontre encore le ciboire en quelques endroits très-rares : je citerai celui d'Estrée en Santerrc, département de la Somme.

Ornements. Il reste trop peu de monuments anciens, pour qu'il soit possible de donner la nomenclature exacte des moulureset des dessins employés à l'ornement des églises de la première époque. Il est cependant certain qu'on mit en usage les sculptures que l'on voit dans les mosaïques de l'époque gallo-romaine : je citerai entre autres le3 bit l eues et les frênes (pl. IV , fig. 27 et 33).

On employa aussi fréquemment, tant à l'intérieur qu'à l'extérieur, les incrustations en pierre de couleur et en terre cuite , les arcades sans ouvertures, à plein cintre, les niches et les fausses fenêtres surmontées d'un fronton triangulaire, simples ou ornées de fleurons, de croix grecques, les modillons. La première partie de la planche 4 représente des fragments de sculpture antérieure au dixième siècle; et s'ils semblent en général assez élégants, il ne faut pas en conclure toujours la magnificence des monuments, dans lesquels, au contraire, ces diverses décorations se trouvaient trop souvent rangées sans art et d'une manière incohérente , ai

gravées en très-bas relief. Dans la crypte de Jouarre (Seine-et-Marne), qui peut remonter à la fin du septième siècle, on remarque surtout les ornements des n 0 ' \ G, 17, 48, 10, 20, 21 et 22. On peut consulter , sur ceei comme sur tout le reste, le savant Cours (C Antiquités de M. dcCatimont, qui entre dans de grands détails que ne comporte pas ce Manuel.

Quoiqu'il n'y ait pas grande différence dans l'architecture des cinq ou six siècles qui forment l'époque du style latin , il est probable cependant qu'elle éprouva quelques variations; et, s'il est irapossible de les connaître exactement, il est cependant certain que depuis le cinquième siècle jusqu'au huitième, l'architecture alla en déclinant. Au huitième , Charlcmagne donnant l'impulsion de son génie aux arts et aux sciences, les monuments acquirent plus de grandeur et d'élégance. A la lin du neuvième siècle et dans le dixième, cet état prospère où les arts étaient parvenus ne put tenir contre les dissensions intestines et les malheurs sans nombre qui résultèrent de l'invasion des Normands. Ce furent là des temps d'ignorance et de .barbarie.

Les monuments les plus remarquables du style latin sont : la basse-œuvre dcBeauvais;

Extérieur de l'abside do Nantes;

Une partie de l'ancienne église de Saint-Étienne de Périgueux ;

L'église de Savcnières;

La cathédrale de Belley ;

La cathédrale d'Aix-la-Chapelle, du huitième siècle ;

Quelques piliers de Saint-Martin d'Angers; Crypte de Jouarrc ;

Peut-être le portail de l'ouest et nef nord de Château-Landon.

art. 3. — Style romano-byzantin primaire (de 1000 à 1090 environ).

Au onzième siècle, s'établit une sorte de renaissance dans les arts et l'architecture ; partout un chan- . gement notable et un progrès visible se manifestèrent dans l'art de construire, en même temps qu'une activité prodigieuse prenait la place de l'apathie et de rabattement qui étaient devenus généraux dans le siècle précédent.

Le zèle se manifesta surtout avec enthousiasme en Normandie , chez ce peuple naguère si féroce , et qui , adouci par le christianisme, qu'il avait embrassé , à mesure qu'il en reconnut les charmes , s'efforçait de réparer ses ravages en élevant de nouveaux temples , et en rétablissant ceux qu'il avait ruinés, a A cette époque, dit Guillaume de Jumièges, » la Normandie jouissait d'une paix profonde; , le » clergé était souverainement respecté de tout le » monde, les personnes riches rivalisaient de zèle à » bâtir des églises et à doter des moines qui priassent » pour leur salut. »

Le même changement dans l'architecture se montra aussi en Angleterre , lors de la conquête par les

Normands, et ses progrès ne furent pas moins rapides qu'en France.

Il faut remarquer deux éléments dans l'architecture romano-byzantinc primaire : 1°le perfectionnement de ['architecture latine, et 2° une imitation plus sensible de l'architecture byzantine.

Dès le sixième siècle, des architectes grecs avaient construit plusieurs édifices de ce style dans l'exarchat de Ravennes : l'église octogone de Saint- Vital, imitation de Sainte-Sophie à Constantinople , est un monument de celte époque.

Charlemagne imita en partie ce style dans les édifices qu'il éleva sur les bords du Rhin , et surtout dans l'église d'Aix-la-Chapelle; mais ce ne fut qu'au onzième siècle que l'architecture byzantine 6e maria assez généralement à la latine en France.

Forme des églises. Le plan principal des églises du onzième siècle fut le même que dans les siècles précédents, c'est-à-dire, presque généralement celui de la basilique latine avec ses modifications. Cependant on vit des transepts plus fréquents et mieux marqués , de sorte que les églises pouvaient figurer une croix grecque , dont les bras s'étendaient du nord au midi, et la téte était figurée par le chœur tourné vers l'est ; l'entrée principale était à l'ouest. Cette orientation des églises eut toujours lieu, autant que possible, même longtemps avant le onzième siècle. Le chœur, toujours plus court que la nef, ne formait souvent que le tiers de la longueur totale de l'édifice. Il est aussi à remarquer que le

transept s'éloigne de l'abside de manière à allonger la téte de la croix.

On remarque assez souvent un décroissement dans l'élévation des voûtes des trois parties principales des églises ; ainsi , le chœur est plus bas que la nef, et l'abside moins élevée que le chœur. Nous verrons tout l'opposé dans les siècles suivants; mais , dès celui-ci , l'aire du chœur et du sanctuaire est au contraire toujours plus élevée que celle de la nef. Le chœur et l'abside sont ordinairement les parties les plus soignées, môme à l'extérieur.

J'ai dit que le plan de l'abside était semi-circulaire ; néanmoins on en connaît de fort anciennes dans lesquelles il est triangulaire , au moins à l'extérieur, carré, ou formé de plusieurs pans coupés. La forme carrée ou à pans coupés se rencontre même assez souvent dans les siècles suivants, surtout dans les petites églises. Plusieurs même n'ont pas d'abside, et forment un carré long.

Originairement, cette partie de l'édifice n'était percée d'aucune fenêtre ; mais, depuis une époque fort reculée, l'usage s'était introduit d'y en pratiquer une ou plusieurs (ordinairement en nombre impair).

Le plus souvent , les bas-côtés ne faisaient pas complètement le tour du chœur; mais ils s'arrêtaient brusquement à la courbure de l'abside, en se prolongeant, parallèlement au chœur, au delà des transepts. Cette disposition, qui n'est pas étrangère aux siècles suivants, se rencontre surtout en Normandie. Hors de ce pays, on trouve des églises dont

les ailes se prolongent autour de l'abside, et c'est une modification bien importante dans le plan des églises de l'époque. Telles sont les églises de Cunault (Maine-et-Loire) (pl. 111, fig. 7); de Saint-FIilaire; de Notre-Dame, à Poitiers ; de la Couture , au Mans ; de Sainte-Croix, à Bordeaux; de Saiut-Germain-des- Prés, à Paris.

On commença encore , à cette époque , à garnir les bas-côtés du chœur de chapelles qui produisirent un très-bel effet; mais cet usage fut particulièrement l'ouvrage du douzième siècle. On en voit trois dans l'église de Cunault (pl. 111, fig. 7), et un plus grand nombre à Saint-Germain-des-Prés. Ce fut là une différence assez notable entre ces églises et les anciennes basiliques, et les exemples en furent très-fréquents. Dès lors l'abside devint une grande chapelle dédiée à la sainte Vierge.

Cryptes. J'ai déjà dit que les grandes églises romano-byzantines ont souvent été élevées sur des cryptes. La plupart des cryptes du onzième siècle sont placées sous le chœur ; leur voûte est ordinairement soutenue par des colonnes cylindriques disposées sur deux ou quatre rangs. Telles sont les cryptes des églises de Bayeux , de Notre-Dame de Poitiers, de Médoc, de Nantes, etc., etc. Mais ces cryptes ne peuvent se comparer avec celles des cathédrales de Chartres, et de Saint-Eutrope , à Saintes, qui s'étendent sous presque toute l'étendue de ces églises.

Appareils. Dans les onzième et douzième siècles, l'habileté des ouvriers était devenue plus grande ;

les ressources furent plus abondantes : aussi rencontre-ton plus rarement le petit appareil de l'architecture romaine et du style latin. Le moyen appareil (pierres de 217 millimètres carrés sur 135) devient le plus fréquent ; et dans le centre de la France, où les matériaux sont abondants, on le rencontre seul , et joint souvent au grand appareil. Au nombre des matériaux les plus caractéristiques, je citerai la brique et le tuf, employés avec prédilection depuis les Romains jusqu'au treizième siècle, surtout pour les revêtements extérieurs et les voûtes.

Les églises construites en moellons , comme celles de la campagne, ont souvent leurs murs en blocage. Les pierres plates , lorsqu'on les a employées, sont souvent rangées de côté , et inclinées alternativement à droite et à gauche ; c'est ce qu'on appelle maçonnerie en feuilles de fougères ou en arôte de poisson.

On voit aussi dans quelques parties, surtout dans les frontons, l'appareil réticulé, dont la régularité produit un effet si agréable. Cette disposition ne se rencontre ordinairement au moyen âge que dans des frises, des arcades, des tympans de portes, et autres parties décorées, de peu d'importance, surtout dans les façades occidentales.

On s'est servi avec le plus grand succès de ce genre d'appareil pour l'ornement extérieur des édifices.

L'appareil réticulé, composé de pièces hexagones , et celui dont les pièces sont en forme de lo-

sauge, ont été employés dans les murs extérieurs du chœur de l'ancienne abbaye du Ronceray, à Angers. Ces pièces sont toutes séparées les unes des autres par une couche de ciment coloré en rouge , au moyen de brique pilée.

Une coupe de pierre non moins gracieuse est celle qu'on remarque dans le fronton de l'église Notre-Dame, à Poitiers: ce sont des pièces circulaires rangées côte à côte ; les vides qui existent entre elles sont remplis par un ciment rougeàtre qui fait ressortir la rondeur de ces pièces.

On rencontre assez souvent en Poitou, en Touraine et dans beaucoup d'autres contrées, un autre appareil, composé de pierres arrondies par le haut, carrées par le bas, et séparées par du ciment coloré. Ces pièces rangées symétriquement ressemblent à des écailles imbriquées.

On trouve quelquefois un autre appareil , composé de pierres carrées , au centre et aux angles desquelles on a pratiqué des entailles,- ordinairement peu profondes, qui ont été remplies avec du ciment, tantôt rouge, tantôt noir, quelquefois bleu. Des incrustations rouges et noires ont été dans quelques endroits disposées alternativement, comme les cases d'un damier (pl. IV, fig. 39) (1).

Comme toutes ces diverses découpures ne sont pas la vraie coupe des pierres de l'appareil, mais des dessins de p^u de profondeur, dans le seul but de l'ornementation , on peut les ranger au nombre des ornements en usage dans ce temps.

(4) M. de Caumont, Court d'Jntiquitéi monumentale*.

Contre-forts. On ne voit point de contre-forts proprement dits dans l'architecture latine, parce que les Romains ne les employaient pas dans leurs constructions. Ceux que Ton rencontre quelquefois ne sont que de simples pilastres de quelques pouces d'épaisseur, ou des colonnes plus ou moins complètement engagées, souvent même de simples ressauts interrompant de distance en distance le plein de la muraille commo des chaînes de pierres; ils s'élèvent d'ordinaire jusqu'au couronnement, qu'ils semblent supporter (pl. VIII, ûg. i re ). Il y en a cependant qui se terminent par une retraite en larmier (fig. 2), d'autres en cône ou en pignon.

Le onzième siècle présente les contreforts plus fréquents et plus considérables, mais cependant d'une saillie encore bien faible, comparée à ce qu'elle fut dans la suite : encore est-elle souvent dissimulée et comme divisée par un retrait.

Ornements. Les ornements du onzième siècle sont tantôt byzantins, tantôt rustiques, mais employés habilement à produire de grands effets par des procédés peu compliqués, et par l'opposition des parties lisses avec les parties décorées. Quoiqu'on rencontre quelquefois des ornements très-délicats dans les monumens antérieurs à ce siècle, cependant ce n'est guère qu'à la fin du onzième siècle et au douzième que la sculpture commença à s'approprier non-seulement les rinceaux, les entrelacs, et quelques autres des motifs courants les plus gracieux de l'art antique, mais encore l'imitation des pro-

doits d'une nature végétale et animale , fantastique ou étrangère , et jusqu'à des zodiaques et des calendriers.

Les ornements et les moulures des onzième et douzième siècles sont placés sur les archivoltes des portes, des arcades et des fenêtres, sur les corniches, et quelquefois, mais rarement, sur le plein des murs , surtout à l'intérieur.

Voici quelques-uns des ornements qui se rencontrent le plus souvent :

Les étoiles, pl. IV, fig. 23 et 24 ; Les zigzags , fig. 32 et 37 ; Les frettes , fig. 30, 33 et 34; La chaîne en losange, fig. 29 ; Le labyrinthe, fig. 31 ; Les billettes, fig. 27 ; Les nébules , fig. 28 ; Les figures prismatiques, fig. 25; Les hachures losangées, fig. 26; Les tètes de clou, fig. 36 ; Les câbles, fig. 40 ; Les torsades, fig. 35 ; Le damier, fig. 39 ;

Les tètes saillantes, pl. V, fig. 6, 8 et 10 ;

Les tètes plates, pl. IV, fig. 38;

Le labyrinthe, encore en usage aujourd'hui, se rencontre rarement, et seulement sur les monuments de la fin du onzième siècle ou du douzième dans lesquels on remarque des ornements du style byzantin (1).

(1) M. de Caumont

Les tètes saillantes ornent le plus souvent les modillons, et supportent quelquefois les cordons des archivoltes.

Les têtes plates offrent des figures grimaçantes comme celles des modillons, mais extrêmement plates, et décorent l'archivolte des portes et des fenêtres. Ces figures bizarres sont assez ordinairement terminées par des prolongements ou langues qui s'appliquent sur le contour du cordon ou do la plate-bande formant l'encadrement inférieur de l'archivolte; elles sont très-variées et souvent munies d'oreilles et de cornes (1).

Tels sont les principaux ornements qui décorent les églises romanes si nombreuses dans le nord-ouest de la France.

Dans laSaintonge, le Poitou, le Périgord et même la Touraine et l'Anjou , on voit plus rarement les figures angulaires, telles que les zigzags, les frettes; elles sont remplacées par des sculptures plus élégantes, dans lesquelles dominent les feuilles, les rinceaux , les gracieux enlacements, différentes broderies d'une délicatesse remarquable et diverses figures en demi-relief (2). J'ai rencontré quelques fragments de rinceaux parfaitement exécutés dans la Brie.

La première partie de la planche V réunit quelques fragments d'architecture qui font connaître le style de ces divers ornements. Il est facile de voir combien ils diffèrent des précédents.

(1) M. de Caumont

(2) M. de Caumont

Toutes ces moulures sont employées non-seulement dans les archivoltes, les corniches, etc., mais aussi dans les chapiteaux des piliers, des colonnes et des pilastres , où dominent surtout les figures grotesques (pl. V, fig. G, 8 et iO).

Il y a d'autres moulures qui ornent particulièrement les murs, et qui montrent quelle profusion de détails et d'ornements a enfantée quelquefois l'imagination des architectes et des ouvriers pour la décoration des églises à l'intérieur et à l'extérieur. On remarque surtout les moulures nattées, les demicercles imbriqués et le dessin réticulé. On en voit de ce genre dans la partie ancienne de la nef de la cathédrale de Baveux (1).

Arcades bouchées. Dans le onzième siècle , on rencontre très-souvent les arcades et les colonnes en demi-relief appliquées sur les murs, comme dans l'architecture romane primordiale.

Modillons et corniches. Un des ornements les plus remarquables de l'architecture romano-byzantine ordinaire, ce sont les corbeaux ou modillons; ils se placent ordinairement sous la corniche des murs extérieurs, et quelquefois on les emploie à l'intérieur dans le môme dessein. Au commencement du onzième siècle , ils sont très-saillants, tantôt simples comme ceux des églises latines (pl. VI, n. 43 et 45), mais le plus souvent ils figurent des têtes d'hommes grotesques et grimaçantes, plates ou arrondies (fig. 44), des têtes d'animaux, des monstres, des griffons, des volutes, des sautoirs, des angles de

(i) M. de Caumont,

corniche, des extrémités de solives taillées en biseau et ornées de feuillages, de fruits, d'étoiles, de pointes de diamant, et on rencontre quelquefois des obscénités.

Les modillons qui supportent des arcades demicirculaires sont généralement moins anciens que les précédents, et les remplacent quelquefois dans la deuxième moitié du onzième siècle et au douzième (pl. VI, n° 46).

Après celui-ci, et plus tard, viennent les modillons séparés les uns des autres par de petits arcs trilobés, ou des arcs en ogive (n M 48 et 49), comme on en voit au douzième siècle. Cette corniche servit sou» vent d'ornement aux pignons ou aux frontons, en suivant l'inclinaison des rampants des toits, où elle fait un très-bon effet.

La corniche qui surmonte les modillons est quelquefois toute simple, d'autres fois elle est ornée de zigzags, de billettes, de moulures hachées, de dessins en échiquier, de torsades, etc. Elles furent d'abord très -saillantes, comme les plus anciens modillons, et diminuèrent graduellement comme eux vers la fin du onzième siècle (1). Quelquefois les modillons ornent les pignons , et sont parfois supportés par de petites coionnettes.

Colonnes. Au onzième siècle on rencontre encore fort souvent les piliers massifs , presque seuls en usage dans les siècles précédents (pl. VI, ftg. 1 ). Ces piliers ont rarement un chapiteau. Un autre support très-fréquent est la colonne-pilier, tou-

(1) M. de Caumont.

Ar. 9

jours droite entre la base et le chapiteau , qui quelquefois lui manque , et alors elle n'est ornée que d'un cordon et d'un tailloir. Elle est presque toujours lourde et pesante, formée d'un gros fût cyliudrique (n° 2).

Dès le commencement du onzième siècle, une innovation bien remarquable , et une des plus notables parce qu'elle ost un acheminement au style ogival , ce sont les demi-colonnes réunies en faisceau (pl. VI, n° 4), autour des piliers carrés, dont elles masquent la pesanteur, en leur donnant plus de grâce; elles furent d'un usage assez commun au onzième siècle, et depuis cette époque le génie des architectes s'appliqua à leur donner plus d'élancement et à en varier la forme à l'infini.

On remarque différentes formes données aux colonnes : elles sont fuselées (fig. 5), renflées (fig. G), en balustre (fig. 7), cylindriques (fig. 8), coniques (fig. 9). Leur disposition n'est pas non plus à négliger : elles sont simples (fig. 10), croisées (fig. H), entrelacées (fig \ 2), brisées (fig. \ 3), nouées(tig. \ 4), annelées à di\ers points de leur hauteur (fig. Sous le rapport de sa surface la colonne se rencontre lisse, cannelée verticalement (fig. 16), horizontalement ou en spirale (fig, 1 7), losangée (fig. 1 8) et gaufrée, chevronnée (lig. 19), torse, rubannée, imbriquée (fig. 20), nattée, goudronnée, quelquefois affaissée sur elle-même. On y voit encore une

fouie d'autres ornements qui n'appartiennent guère qu'à cette époque, et au douzième siècle, comme des feuilles, des entrelacs, des figures humaines ou

d'animaux. Quelquefois le fût est remplacé par une cariatide (fig. 21).

Souvent, aux onzième et douzième siècles, la colonne est suspendue à une certaine hauteur du mur où elle est adossée, quelquefois seulement coupée en biseau, d'autres fois portée par une console formée de feuilles, d'entrelacs, d'animaux, etc.

Les piliers carrés , le plus ordinairement, reposent immédiatement sur le sol ; quelquefois ils ont un socle peu élevé. Les colonnes ont ordinairement une base unie, et quelquefois décorée, soit de figures humaines accroupies, portant le fût sur leur dos, soit de représentations d'animaux, surtout de lions , soit de feuilles recourbées sortant du dessous des moulures, surtout aux angles (n* 33). On rencontre la même chose au douzième siècle. Les moulures de la base ne sont qu'une imitation grossière de la base altique , dont elles s'éloignent d'autant plus qu'on avance vers les siècles suivants (fig. 31).

Chapiteaux. Jusqu'au onzième siècle, les chapiteaux avaient été ornés de feuilles assez grossièrement travaillées, et imitées dos chapiteaux antiques, et quelques-uns présentaient la forme désagréable d'un cône renversé et sans ornements. Les commencements du onzième siècle en offrent encore quelques-uns de ce genre, ou garnis*seulement de quelques légères cannelures , ou de quelques feuilles (pl. VI, n. 2 et 4). Mais on vit bientôt paraître de nouveaux dessins très-remarquables,

et qui sont un signe bien distinctif de l'époque, particulièrement au centre et dans le midi de la France. Quelques-uns sont garnis de volutes, et offrent la forme corinthienne ou composite. La corbeille du chapiteau est cylindrique, cubique, conique , en pyramide renversée en forme de cloche (pl. VI, fig. 37, 38); mais sur le plus grand nombre on rencontre des feuilles entremêlées de tètes grotesques, de serpents enlacés, de chimères, d'oiseaux, et de mille autres figures (pl. V, n°* 6, 8 et 1 0 ) ; on y voit aussi des démons , des personnages ou des groupes souvent destinés à montrer les vices et les crimes dans toute la difformité de leur physionomie et de leurs actes, ou déjà soumis aux châtiments qu'ils méritent. On y rencontre aussi des scènes tirées de la Bible ou de la Vie des vSaints. Le chapiteau de petite dimension conserve ordinairement sa forme carrée par en haut et ses quatre cornes très-visibles jusqu'à la fin du treizième siècle.

Arcades. Les cintres des arcades , et tous ceux qui se rencontrent dans les édifices du onzième siècle , ont les mêmes dispositions qu'auparavant.

Les arcades qui mettent la nef principale en communication avec les bas côtés sont portées sur de grosses colonnes cylindriques ou sur des piliers garnis de colonnes à demi- saillantes ; on trouve quelquefois c#s deux genres de supports placés alternativement , comme une marque de l'oscillation dans la marche de l'art architectural, et de sa tendance à un style plus hardi et plus gracieux.

Les arcades sont assez communément enffchies d'ornements comme les portes vers la fin du onzième siècle, et déploient une grâce nouvelle. Le grand arc triomphal est souvent plus orné que les autres, et couvert de nombreuses moulures.

Les arcades des étages supérieurs partagent les ornements des fenêtres avec lesquelles elles ont beaucoup d'analogie.

Il y a cinq espèces d'arcades appartenant à l'architecture romane :

4° L'arcade surbaissée, c'est-à-dire formée d'un arc moindre que le demi-cercle;

2° L'arcade semi-circulaire ou à plein cintre ;

3" L'arcade en fer-à-cheval , formée d'un arc dont la courbure se prolonge au delà du demi- cercle (pl. VIII, fig. 21);

4° L'arcade romane surhaussée, formée d'un arc semi-circulaire , dont les côtés se prolongent parallèlement au-dessous de son centre ;

5° L'arcade trilobée (pl. VIII, fig. 22).

Les trois premières de ces arcades et la cinquième sont antérieures au onzième siècle , et étaient employées «indifféremment ; la quatrième appartient plus particulièrement au douzième siècle.

Voûtes. Avant et même pendant le onzième siècle , les architectes éprouvèrent de grandes difficultés à construire des voûtes d'une certaine étendue ; aussi voit-on beaucoup d'églises anciennes qui n'ont été voûtées en pierres que dans les treizième, quatorzième et quinzième siècles. Un petit nombre, pourtant, d'architectes habiles sur-

raontèient hardiment ces difficultés , en élevant des voûtes aiguës ou eu dôme , ou bien en les divisant par parties carrées, et croisant les arcades, de manière à neutraliser la pression latérale , en la dirigeant sur quatre points opposés et toujours correspondant à des piliers ou à des colonnes réunies en faisceaux comme dans les voûtes gothiques, avec cette différence que l'intervalle des arcs était à plein cintre, et non à tiers-point. L'arête résultant de ce croisement des arcs fut appuyée sur des arceaux en pierres de taille , comme les arcs doubleaux euxmêmes.

Dans quelques églises , pour éviter la poussée , les voûtes sont en fer-à-cheval; dans d'autres, la voûte des ailes ne forme qu'un quart de cercle qui vient s'appuyer en arc-boutant sur les murs de la nef, un peu au-dessus du niveau des impostes, de manière à soutenir les murs de la nef centrale.

Portes. Les portes, au commencement de cette première époque du style romano-byzantin , conservaient encore une grande simplicité. L|archivolte, unie ou ornée de quelques moulures de l'époque, reposait ordinairement sur de simples pilastres, rarement sur des colonnes, qui alors ne se trouvaient qu'au nombre d'une ou de deux de chaque côte. Mais à dater du milieu de ce siècle, on s'appliqua particulièrement à orner cette partie des édifices; on multiplia les colonnes et les archivoltes , sur lesquelles on prodigua les ornementé (pl. VIII, fig. Uet 46). Quelques-unes, surtout

vers le douzième siècle , n'offrent point de colonnes ni de pilastres , et sont ornées depuis le haut jusqu'en bas d'une garniture plus ou moins large de moulures, surtout d'arabesques (pl. VIII, fig. 16). Généralement , ce sont les portes qui sont le plus richement décorés, même dans les édifices les plus modestes. Ordinairement, au-dessus de cette porte, se trouve une fenêtre, rondo ou en œil-debœuf (pl. IX, fig. 7), simple ou ornée de zigzags, etc. ; comme les archivoltes. Crtle fenêtre prit graduellement de l'accroissement, et fut dès lors le prélude de ces roses magnifiques que nous verrons orner si majestueusement les monuments du style ogival. L'ornementation du tympan des portes ne fut pas négligée. Les représentations à'hommes et d'animaux en ronde bosse ou en basrelief y sont très-fréquentes. On y rencontre surtout, dans ce siècle comme dans le suivant, la figure de Jésus -Christ, entouré des apôtres, le Jugement dernier , la Nativité, les vierges sages et les vierges folles, le pèsement des âmes, les sept péchés capitaux, sous la forme d'animaux horribles, quelquefois l'illustration de la légende retraçant la vie du patron de l'église. Le caractère de ces sculptures est développé à l'article de la statuaire dp cette époque.

Fenêtres, Vers la fin du onzième siècle , les fenêtres devinrent en général fort élégantes. Au commencement de ce siècle , les fenêtres à plein cintre sont assez ordinairement surmontées d'une archivolte, soit simple, soit ornée de moulures, etsup-

portée par des pieds-droits ou deux colonnes , qui ne furent cependant pas d'un usage général (pl. IX, fig. 5 et 6). Elles sont toujours d'une grandeur moyenne. Celles des étages supérieurs étaient quelquefois géminées, c'est-à-dire disposées deux à deux (pl. IX, fig. 10), et quelquefois encadrées dans un cintre d'un plus grand diamètre (fig. 8). On voit aussi des fenêtres réunies trois à trois , ou triples , celle du milieu plus haute que les deux autres (fig. 9). La voussure des fenêtres est ordinairement semi-circulaire, quelquefois surbaissée ou trilobée, rarement en fer-à-cheval. On rencontre aussi, mais très-rarement, à la fin du onzième siècle, les cintres géminés des fenêtres surmontés d'une ouverture ronde en œil-de-bœuf (pl. IX, fig. 11).

Tours et clochers. Au commencement du onzième siècle, les tours étaient encore, comme aux neuvième et dixième siècles, carrées, écrasées, peu élevées au-dessus du toit, et très-simples; mais elles s'élevèrent dans le courant de ce siècle. Les tours, dont la destination primitive était de recevoir les cloches, furent, dans le onzième siècle, multipliées pour le seul coup d'œil ; quelques églises en reçurent jusqu'à trois, une de chaque côté du portail de l'ouest, comme l'usage s'en est conservé depuis, et la troisième sur le transept, mais moins haute et plus légère que les deux autres. Dans les églises épiscopales ou abbatiales, on en compte jusqu'à sept ou huit.

Très-souvent au onzième siècle , et plus encore dans les suivants, le clocher unique, ou le clocher

principal, quajid il y en avait plusieurs, fut placé au centre de l'église, au point de jonction de la nef, des transepts et du chœur.

Quelques tours étaient terminées par une plateforme ; mais un grand nombre étaient surmontées d'uno espèce d'obélisque carré , ordinairement obtus; d'autres, de pyramides très-élevées et carrées (pl. IX, fig. 29). qu'on peut regarder comme l'origine de ces tours élancées qu'on nomme flèches , et qui ne prirent qu'au douzième siècle la forme octogone (pl. IX, fig. 32 et 33).

Quelquefois cependant, dès le onzième siècle, l'obélisque obtus qui surmonte la tour a ses pans coupés, et oflVe une forme octogone ; alors l'espace laissé libre par les quatre angles abattus est garni de clochetons (pl. IX, fig. 33).

L'église Saint-Étienne de Gaen , construite vers 1 06i, a sa façade ornée de deux tours carrées, surmontées de flèches très-élancées et garnies de clochetons aux angles.

Souvent, dans les campagnes , la tour fut terminée par deux ou quatre pignons, peu aigus (fig. 31 et 34), dont la forme est peu agréable, surtout celle de la fig. 34, à laquelle on donne le nom de bàtière.

L'ornementation de la tour se compose, aux onzième et douzième siècles, d'arcades superposées par étages, ordinairement au nombre de deux, dont les inférieures sont figurées, et les supérieures ouvertes. Pour peu que ces baies offrent quelque étendue, une colonne centrale les subdivise

en arcades secondaires. La décoration de ces baies et de leurs archivoltes est souvent fort riche.

Clochetons. Quoique les clochetons n'aient été d'un usage fréquent que vers la seconde moitié du douzième siècle, on en trouve cependant quelquesuns, et très-élégants, au onzième, surtout au delà de la Loire, comme sur l'église Notre-Dame de Poitiers, et dans le Poitou. Ils se plaçaient ordinairement aux angles des grands murs , et surtout des transepts. Les clochetons étaient encore un acheminement à la révolution architectonique du douzième siècle et au style ogival.

Contre-forts et arcs-boutants. Nous avons vu que, dès 1 époque du style latin, surtout vers la fin, et dans les grands édifices, on sentit le besoin de soutenir et de fortifier les murailles par des contre-forts; mais ils étaient encore peu sensibles, et assez semblables à des pilastres peu saillants. Dans le onzième siècle , ils deviennent plus fréquents et plus considérables, quoique leur saillie soit encore bien faible, comparée à ce qu'elle fut dans la suite, et encore souvent dissimulée par un retrait. Mais vers le milieu de ce siècle on éleva de véritables contre-forts supportant des arcs-boutants destinés à prêter appui aux murailles à l'extérieur , à l'endroit correspondant à la retombée des voûtes intérieures. Ces arcs-boutants primitifs étaient loin de la hardiesse et de l'élégance de ceux des siècles suivants. Ils sont ordinairement pleins , ou perces seulement , soit d'un œil-de-bœuf pour en alléger

la masse, soit d'une baie de communication (pl. VIII, fig- 3).

Statues. La statuaire, aussi ancienne que les antres arts, présente au onzième siècle deux types très-distincts : l'un, court et rond, aussi dépourvu de noblesse que de beauté , est évidemment le travail d'ouvriers ignorants , abandonnés à leur libre arbitre, travaillant sous l'impulsion de l'art romain dégénéré ou de leur grossier instinct personnel; l'autre, apporté de Constantinople , où la statuaire s'était retrempée au onzième siècle, sous la domination de la dynastie macédonienne. Cette influence byzantine continua jusqu'au treizième siècle, par l'envoi non interrompu de reliquaires, de manuscrits , de galons , d'étoffes, de broderies, de peintures, de sculptures, et môme d'artistes, d'agir sur Fart occidental en concurrence avec les inspirations indigènes; c'est surtout dans les contrées les plus voisines de la Méditerranée qu'elle prévalut. On la reconnaît aux proportions géométriques des figures, aux plis comptés et parallèles des draperies, aux vêtements, qui sont ordinairement la tunique et le manteau bordés de perles, de galons, et renfermant des pierres précieuses enchâssées; à l'absence de perspective dans les pieds et genoux, qu'on figure très-couverts, pour éviter des raccourcis; aux chaussures quelquefois trèsriches, toujours pointues, et suivant souvent le ressaut du support; aux yeux saillants, fendus et retroussés à leur extrémité extérieure; aux sourcils arqués, et enfin au détail minutieux des cheveux.

Vers le milieu de ce même siècle, mais surtout au douzième , survint un nouveau type , caractérisé par l'allongement hors de toute proportion des personnages, qui semble avoir eu pour but de leur imprimer un caractère au-dessus de l'humanité, mais qui peut avoir été motivé, quoique ceci paraisse peu vraisemblable, par la forme étroite des emplacements destinés à les recevoir. Le premier motif est plus raisonnable, et est appuyé sur le sentiment éminemment religieux du douzième siècle. L'expression grave et religieuse de ces figures, la beauté, souvent exquise, et la tranquillité des types, le parallélisme exact des plis pressés daus lesquels elles sont comme emmaillotées; la fidélité et le fini consciencieux des moindres détails, attestent qu'une main consacrée a passé par là, qu'elle a suivi des proportions convenues, une sorte de canon dont il semble qu'il ne soit pas permis de. s'écarter. Nous verrons plus tard que , dans ces siècles, les arts étaient surtout cultivés par le clergé et les religieux. C'est à la même époque, c'est-à-dire à la fin du onzième siècle , et surtout au douzième, qu'on s'appliqua à «reproduire la ressemblance individuelle , ou portrait, sur les tombeaux, et qu'on l'obtint par le procédé sûr et expéditif du moulage (1). Au onzième siècle, comme au douzième , on couvrit souvent les murs des églises de peintures , et il est à remarquer que ces peintures étaient sur fond d'or. On les trouve surtout sur les chapiteaux, les bas-reliefs, le fût des

(1) Instruction du Comité historique des arts et monuments.

colonnes, où se dessinent divers ornements. Sur les murailles , particulièrement aux absides, aux portails et aux chapelles, on représenta des sujets analogues à ceux de la sculpture dont je viens de parler ; et on y remarque le même caractère et les mêmes défauts.

Tl y aurait beaucoup à ajouter à ces notions élémentaires concernant l'architecture romano-byzantine, mais celles-ci suffisent aux amateurs pour leur faire reconnaître facilement les monuments du onzième siècle, qui sont nombreux en France et remplis d'intérêt.

On remarque surtout la partie inférieure de la nef de Bayeux;

Une tour de Châlons-sur-Marne ;

L'ensemble de la cathédrale de Besançon ;

Les cryptes et les parties inférieures de la cathédrales de Chartres ;

Crypte et chapelle de Sainte-Julitte de Nevers;

Une partie de la tour de Nîmes ;

Quelques parties de la cathédrale de Verdun ;

L'ensemble de l'église de Valence ;

L'ensemble de l'église de Tulle;

L'abside et le chœur de Strasbourg ;

Quelques parties voisines du chœur de Sens ;

La nef du Mans ;

L'ensemble de l'église de Fréjus ;

L'ensemble de l'église de Grenoble;

L'ensemble de l'église du Puy;

Vieux Saint-Jean de Perpignan ;

La plus grande partie de la nef de Saint-Dié;

Arcades de la nef d'Évreux ; Une partie de la cathédrale de Cahors ; Portail, coupole et piliers d'Angoulême; Nef collatérale d'Aix.

àrt. 4. Style romano-byzantin secondaire ou de

transition.

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