LA PEINTURE
nos demeures laissent à nu la pierre de taille, et sur les parois en plus menus matériaux on n'étale qu'un badigeon uniforuie et généralement de ton neutre. Or il est prouvé que jusqu'en Arabie, où les ruines ne montrent que façades rugueuses et bosselées, il existait de pimpantes villas, dont toutes les parois, extérieures, intérieures, dissimulaient l'appareil peu soigné sous un crépi revêtu de nuances gaies : gris, vert, brun, jaune, rouge foncé ou bleu pâle ^ La peinture monumentale est aujourd'hui de plus en plus rare et, quand elle décore une salle publique, elle s'applique le plus souvent, non pas sur le mur même, mais sur une grande toile qu'on y a superposée. Dans nos maisons privées, nous nous servons de papiers peints mécaniquement fabriqués, qu'ignoraient les anciens ; à la place ils multipliaient les peintures brossées à la hâte. Une fresque avait-elle trop soufTert de la négligence, de l'humidité, d'un accident, ou cessé de plaire, on la faisait disparaître sous une autre couche de stuc qu'cfn peignait à nouveau, sans s'inquiéter delà décoration antérieure. A Utique, les fresques sont «parfois surajoutées les unes aux autres en plusieurs couches. Certaines sont intentionnellement piquetées pour faciliter l'adhérence d'une nouvelle épaisseur d'enduit ^ ».
Les stucs ainsi ornés ne s'éclairaient ordinairement que par la 'porte, et des voiles tendus dans Vatrium, entre les colonnes, tamisaient la lumière trop vive. Dans cette demi-obscurité, on n'apercevait pas les imperfections de détail, et le peintre pouvait couvrir | de larges surfaces à des prix modérés. '
Nous n'avons point non plus coutume, dans un bas-relief, d'indi- ^ quer tel motif par la couleur et non par le ciseau ; dans l'antiquité, on | n'y répugnait pas. Rappelons seulement les rehauts de couleur sur | les armes des soldats, dans les scènes de la colonne Trajane. Enfin | Fusage de patiner et de colorier les statues a persisté jusque dans le haut moyen âge, alors que, de notre temps, à peine quelques artistes isolés ont la curiosité d'y revenir.
Il est cependant un genre de fresque que les Romains ont négligé, malgré les nombreux exemples qu'ils avaient pu connaître : non seu- | îement les Orientaux et les Grecs, mais, en Italie même, les Étrusques l 8t leurs imitateurs, les Osques, avaient peint à fresque les lom- t