XIV. INSTRUMENTS DE MUSIQUE
joue un Camille auprès de Marc Aurèle sacrifiant, dans un relief du Palais des Conservateurs (fig. 436). Une variante est le plagiaule, chalumeau tenu transversalement (fig. 690) ^ ; Tanche est implantée, non dans l'orifice supérieur du tuyau, qui reste alors bouché, mais à quelque distance, dans un petit tube latéral et oblique. La cornemuse, libia avec poche à air, ne se reconnaît sûrement qu'à travers les textes.
Le chalumeau était très à la mode sous l'Empire ; les riches particuliers avaient plaisir à s'y adonner. On en jouait en toutes sortes d'occasions: au théâtre, dans les jeux, les banquets et mascarades, les fêtes nuptiales et les funérailles ; il avait un rôle essentiel dans les sacrifices. De là surtout, probablement, son discrédit auprès des chrétiens : plus que tout autre instrument, il évoquait les superstitions du paganisme ; passé le v® siècle il n'est plus question de lui.
La classe des cuivres, comme on dit aujourd'hui, se compose essentiellement des instruments de musique militaires, qui ont été étudiés plus haut (p. 350).
Mentionnons encore la trompe ^, faite originairement d'un coquillage, souvent d'une corne, avec laquelle bouviers et porchers rappelaient leurs bestiaux, et également employée par les gens de mer.
§ III. — Instruments à percussion.
La série en est bien moins importante que de nos jours. Et t'on pourrait dire qu'ils produisent moins de son que de bruit, rythmé il est vrai. Les cymbales -^ (fig. 438) sont venues d'Orient avec les cultes orgiastiques ; dans le monde romain elles n'ont plus la même signification religieuse : devins, danseuses, courtisanes les entrechoquent^ non pour en tirer des elfets de timbre, simplement pour produire une excitation, pour étourdir. Aussi leur forme importait peu et il s'en faisait de très diverses : dans les peintures, elles sont tantôt plates, à peine bombées, tantôt en hémisphère,
1. Helbig, Wandgemalde, 760; Saglio, op. cit., fig. 606S. Plagiaule du British Muséum : Guide to Greek and Bomnn Life, p. 220, fig. 230.
2. Saglio, Dict. des Ant., au mot Biicina ; Espérandieu, Bas-reliefs^. I, n* 807.
3. Ed. Pottier, au mot Cymhalum, dans Saglio, op. cit., fig. 226G-2267 ; S: Ueinach, Reliefs, III, p. 182,3; 207, 1; Stuart Jones, Mnseo Capilolino, yjl. XXXIV a.
INSTULMENTS A PI-RCL'SSION
avec un étroit rebord plat ; du centre part un lien qui les rattache l'une à l'autre et par lequel on les saisit (fig-. 43*2 et 088).
Des crotales ' on en peut dire à peu près autant ; les femmes surtout s'en servent, pour marquer le pas de leurs danses. Il en est de toutes matières : terre cuite, bronze, bois (buis ou roseau), et de toutes formes, allongées en himelles ou rondes comme les castagnettes des Espagnols ; elles sont, en ce dernier cas, retenues par une courroie passée au poignet.
Le tambourin, tympanum -, fait d'une peau tendue sur un cercle de bois ou de métal, a une origine orientale, probablement chaldéenne ; c'est encore un élément rituel des cultes orgiastiques (Gybèle, Bacchus et l'ancêtre manifeste de notre « tambour de Basque » ; les grelots, à vrai dire, ne sont pas toujours indiqués ; on en voit six, nettement marqués, dans un relief Campana (fig. 691) ^. Le tympanon s'emploie également au théâtre dans les scènes de comédie et il a quelquefois alors d'énormes dimensions, comme dans la célèbre mosaïque de Sosias.
Les instruments du genre crécelle n'ont rien à voir avec le rythme : c'est ce qu'on peut affirmer de certains jouets d'enfants et de divers accessoires de culte, de nature apotropaïque, comme le sistre aux mains d'Isis fig. •220), ainsi que des objets formés de deux disques de bronze mobiles réunis entre eux par des annelels faisant office de grelots ^.
En somme, comparé au nôtre, le matériel musical des anciens resta extrêmement pauvre ; il est peu de domaines où leur activité ait réalisé moins de découvertes. Un orchestre, chez eux, se réduit à rien : celui que constitue un groupe d'enfants sur un sarcophage *» comprend syrinx, double flûte, cymbales et crotales ; souvent il n'y a que lyre et ti}){a ^\ ou encore Hûle et tambourin ".
Fig. 691.
Joueuse de tambourin.
1. K. Fcrnicpie, au mot (Irotalum. dans Saj^lio, op. cil. Cf. le vase Boryhèse du Louvre : S. Heinacli, Sculpture, I, p. 29.
2. Ch. Avezou, au mol, dans Sa^lio, Dicl. dex Ant. Voir notre fig. 432.
3. Scène d'initiation : S. Heinacli, Reliefs, II, p. 287, 1. Cf. Ilcrrmann, Malerei, pi. xx.xiv. 1.
•l. Musée lie dhercln'l, pi. xx, 2, p. 15').
5. S. Heinach, Ik-lie/s, II, p. W39, 1. Cf. Ilcrrmann, Mulerei, pi. i.xiv-lxv.
6. Heinach, ibiiL, II. p. 281, 2; III, p. 4, •>. T. Ihid., II. p. i08. 4.