I. LA PEINTITRK
tableaux étaient portés solennellement dans les triomphes ; dans l'un de ces cortèges défilèrent les panoramas prétendus de chacune des 134 cités soumises parScipion en Asie. Sous forme allégorique on développait des contrées entières, avec les fleuves et les montagnes ; Sempronius Gracchus exhiba une carte de la Sardaigne, conquise par lui, et des scènes de combats; quelques-unes étaient conçues comme de véritables charges, pour dérider et séduire la populace ^ . Tout cela ne devait guère dépasser le niveau de nos bariolages de toiles foraines, ou de nos décors pour petits théâtres provinciaux. La disparition de ces ébauches est surtout regrettable en ce qu'elle nous enlève toute possibilité de saisir sur le vif Tempreinte du goût romain, exclusivement romain, les seuls documents de cette sorte qui nous ont été conservés ayant une origine gréco-romaine, même ceux des régions occidentales, tout médiocres qu'ils sont-
Les Grecs surent d'ailleurs, avec leur souplesse coutumière, adapter leurs talents à la commande nouvelle; en ce sens on peut parler hardiment de peinture romaine, négligeant la race du peintre et ne s'arrêtant qu'à la date ou aux sujets. Ainsi devons-nous retenir, parmi les matériaux de cette étude, les fresques de Dèlos, si difficiles à situer chronologiquement, mais dont les figures, pour une bonne part, « s'expliquent à peu près exclusivement par la religion domestique romaine - », a-t-on écrit ; disons tout au moins qu'elle aide grandement à les interpréter, car il y a des marques certaines de contamination ^.
Notre répertoire le plus considérable sera naturellement le grand ensemble des peintures canipaniennes (Pompéi, Herculanum, Boscoreaîe), encore en place ou transportées au musée de Xaples. Celles de la région de Rome qui ont été exhumées avant 1878 sont au Vatican ou au Latran ; depuis lors c'est le musée national des Thermes qui bénéficie des trouvailles. Celles-ci ont eu lieu dans la capitale môme, sur TEsquilin, au Palatin (Maison de Livie), sur le Pincio ^, dans les ruines de la Maison Dorée "', ou aux portes de
1. P. (iirard, La peinture milique^ Paris, [1891], 8°, chap. ^ .