LÉGENDE ET HISTOIRE ROMAINES
en personne se saisit de Rhéa, qui laisse choir un \ use à ses pieds ; une \'ictoire qui plane symbolise le triomphe du dieu. La fontaine où se rendait la Vestale est imliquée par un dieu barbu tenant un roseau ; derrière lui surgit la Fortune, qui favorisera les fruits de cet amour.
En attendant, la prêtresse coupable est conduite devant le roi et devant son père. Puis, toujours sans aucun lien entre les épisodes, une figure de tleuve, le Tibre, étend les bras d'un geste accueillant ; deux hommes lui apportent en elîet, dans un berceau, des nouveau-nés craintifs : Komulus et Uémus. Nous les retrouvons au panneau suivant : ils ont grandi, ce sont des bergers aux champs ; une déesse locale, sous les traits d'une femme voilée, semble veiller sur eux.
Composition hachée, on le voit, mais qui conserve les données caractéristiques, du moins celles qui se prêtent à la note romanesque ici prédominante. Exécution souple et aisée, où rien nerappelle les autres (L'uvres d'art inspirées de la même légende. L'ouvrage, indépendant de la tradition virgilienne, doit avoir pour date la iin de la République ou les toutes premières années de l'Empire.
L'histoire vraie est plus cjue rare ; elle fait presque défaut dans ce répertoire. Cependant nous pouvons décrire ici (lig. 372) un autre fragment de fresque trouvé sur l'Esquilin, exceptionnel encore en ceci que la peinture décorait une chambre funéraire ^. Elle est divisée en zones superposées, dont quatre sont aujourd'hui reconnaissables. Dans celle d'en bas, il y a trace de trois personnages : deux d'entre eux brandissent la lance, face à l'observateur ; du troisième on remarque surtout le casque surmonté de deux hautes plumes, comme en portent les Samnites sur les vases peints^ Au-dessus, deux guerriers parlementent — des inscriptions les nomment \L Fannius et Q. Fabius — ; derrière celui-ci, un groupe d hommes, vêtus comme Fabius d'une tunique blanche ; naïvement l'artiste a réduit leur taille, afin de pouvoir en étager plusieurs rangs. L énigmatique Fannius n'a qu'un simple pagne, des jambières et, croit-on voir, une fourrure jetée sur l'épaule. A la troisième zone, les deux interlocuteurs sont encore là, à peu près pareils, mais à la gauche de Fannius est représenté un mur de forteresse ; des silhouettes se posent dans les créneaux. Ce Fabius
1. Bull, coniunale, 18tt'J, pi. xi-\ii ; Baumi^aiteii, lU'llen. rôm. Riillui\ |)l. VI (en couleurs).
pourrait être le vainqueur de Sentinum (295 av. J.-C.) ; la paléog^raphie, du moins, est bien d'époque républicaine, etlefond neutre, les tons bruns des corps nus, la palette peu riche, tout nous ramène plutôt à l'ancienne peinture grecque qu'à celle du début de notre ère. On s'est demandé si ce débris ne nous donnait pas quelque idée des fresques dont un autre Fabius, dit Pictor, orna le temple de Salus en 304.
Un seul tableau se réfère sûrement à un fait historique déterminé. Sophonisbe au moment de s'empoisonner, telle est la scène identiliée par la fig-ure du général, debout en manteau de guerre, sur la tête duquel on distingue la cicatrice propre à Scipion l'Africain (Helbig, 1385) K II regarde froidement la fille d'Hasdrubal, étendue sur un lit somptueux et dont le regard se fixe devant elle, pendant qu'elle tient la fatale coupe. Derrière, et penché sur elle, Massinissa semble ébaucher, à l'adresse de Scipion, un geste de prière. Cette peinture d'histoire unique n'est même pas conforme au récit des auteurs ; car, d'après eux, le roi numide aurait tendu le breuvage à la malheureuse sans même descendre de cheval: mais le peintre a voulu fondre une scène nuptiale et une scène funèbre ; Scipion, qui va assister à l'agonie, intervient ici comme l'exécuteur de la volonté des dieux.
Un événement de la chronique locale est aussi rappelé dans une peinture du musée de Naples. En 59, au cours d'un combat de gladiateurs, une cause futile mit aux prises des Pompéiens et des gens de Nocera. Aux plaisanteries, aux reproches mutuels succédèrent les coups, avec des pierres et avec des armes. Le premier camp eut le dessus; il y eut tant de victimes parmi ses adversaires que le Sénat de Rome, saisi de l'incident, interdit pour dix ans toute célébration de jeux à Pompéi. Du moins n'était-il pas défendu de commémorer l'incident, comme le prouve la fresque, amusante en son pauvre style, ici reproduite (fîg. 400) 2. Nous recoimaissons, quoique déformé par une perspective enfantine, l'amphithéâtre, tel qu'il a subsisté, et ses escaliers monumentaux. De petits groupes «ont éparpillés ; on se bat dans l'arène, que recouvre un velum, au sommet des gradins et dans les rues adjacentes ; des blessés gisent sur le sol (Sogliano, 604) ^.
1. Mon. Pomp., cxviii, 2 ; Baumeister, Denknuiler, III, p. 1687, lîg. 17G8.