Ad. Reinach, Rev. arch., 1914, IE, p
tiens : la figure sur ardoise de Cortone a été exécutée de la même
manière. Ces portraits, nous le verrons, n'ont vraisemblablement
pas élé faits spécialement pour s'encastrer dans une gaine de momie ; remarque qui nous éclaire sur les procédés de la peinture de chevalet, plus largement envisagée. Cette méthode donne des « couleurs brillantes et lustrées », des « couches épaisses formant parfois des empâtements et des rehauts, surtout dans le style très libre qu'on peut qualifier d'impressionniste ! ». Les couleurs à la cire, qui sont à la base de ce travail, révèlent leur présence par l'épaisseur de la couche et par les inégalités de la surface ; celles-ci n’ont pas été abattues ou aplanies : une telle minutie né pouvait être exigée d'un peintre à bon marché.
La peinture à la cire a dû commencer en Égypte même, où la température élevée suffisait à maintenir cet élément en fusion ?; quand elle se propagea dans les pays plus septentrionaux, il fallut se servir du cautère pour opérer les retouches et donner le fondu ; et c'est alors qu'elle prit le nom sous lequel elle est connue. Elle offre d'immenses avantages, que Cros et Henry ont bien mis en lumière *, après avoir personnellement exécuté, selon les préceptes
de Pline, des compositions qui se trouvèrent en effet présenter le
même aspect que bon nombre de portraits égyptiens.
Toutes sortes de fonds conviennent à l'encaustique, pourvu qu'ils ne soient pas imprégnés d'humidité ; on s'en assure en étendant au pinceau une couche de cire blanche qu’on fait pénétrer, en chauffant, dans les pores de la surface. Et l’on corrige fort bien les erreurs
du pinceau, car on peut retoucher indéfiniment, sans avoir à gratter
entièrement les couleurs en cas de repentir— elles sont sèches presque
instantanément. On évite même souvent de gratter ; on surcharge
plutôt, et le relief ainsi obtenu donne au sujet l'accent particulier
d'une œuvre modelée. Mais en outre, et surtout, la peinture à l'en-
caustique est très durable ? ; elle « ne s’écaille pas ; elle ne peut s’altérer au soleil ou à la chaleur des appartements. La cire pré-
serve des vers.et de l'humidité la matière qu’elle recouvre. Elle attire très peu la poussière ; enfin le temps n’a sur elle presque
qui n'appartient qu'à elle.
aucune action ». Elle s'allie de plus à toutes les couleurs, privilège
Ad. Reinach, ibid.
Laurie, op. cit., p. 62.
. L'encaustique..., p. 85 et suiv. | Cf. F. Winter, Arch. Anzeiger, XII (1897), p. 132-136. .
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Comment cette méthode, qui semble presque abandonnée dans la peinture chrétienne, n’a-t-elle point pris le pas sur toutes les autres? Sans doute est-elle un peu plus lente et plus onéreuse ; la fresque sur enduit stuqué entrainait bien moins de dépenses. L’encaustique n’était donc pas indiquée pour les panneaux trop vastes.
D.— Onl'a encore perfectionnée par un procédé mixte, la détrempe etrée, comme l'appelaient Cros et Henry, ou à cire brûlée, selon la qualification de Donner, qui en a le mieux exposé la technique ‘. La majorité des portraits égyptiens ont été ainsiexécutés, peut-être aussi les peintures murales de Tebtynis.
« La cire n'est pas combinée avec une essence, mais mélangée à l'état chaud avec du jaune et du blanc d'œuf, auquel on ajoute une goutte d'huile ; le tout, une fois broyé et pétri en une sorte de pâte, est mis en place au ces{rum, puis brûlé au cautère. Ce procédé a l'avantage de permettre d'ajouter des traits à la détrempe et, par suite, de perfectionner et de pousser davantage le portrait. » La détrempe au pinceau s'emploie pour “les fonds, étalés avec une brosse de soie, pour les draperies et les retouches; la cire avec le cestre pour les chairs. Ainsi, quant aux accessoires, qui forment arrière-plan ou, en quelque sorte, encadrent la figure, grande simplification : une méthode sommaire, en quelques traits rapides, et des tons amortis qui produisent comme une gradation des valeurs ;' l'essentiel, le visage, résulte d'un travail bien plus serré et prend une grande intensité de vie. Pour cette partie de l'ouvrage, l'outil spécifique, et vraiment plein de ressources, c'est précisément le eestre. « Avec la partie dentelée, le peintre amincissait, divisait et réunissait les grosses couches de cire en grattant, en râclant ; avec la pointe en forme de lancette, il mariait les couleurs en les comprimant et les enfonçant les unes dans les autres ; tandis qu'avec le dos bombé 1l rétablissait la surface unie des parties trop profondément raclées ; enfin, avec la tige pointue et recourhée, il plaçait les points ‘Jumineux, les traits fins, par exemple le point brillant des yeux, les eils, les cheveux isolés... Dans quelques portraits, on peut constater enfin que certains détails des chevelures, par exemple, ont été exécutés au pinceau avec de la cire rendue liquide par la chaleur. Pour achever le tableau, 1l reste à procéder à l’encaustication, qui se faisait en approchant un fer rougi ou un réchaud..…. Le résultat
1. Catalogue de la Collection Graf, p. 30 et suiv.; A. Reinach en cite les passages gssentiels (Rev. arch., 1914, IT, p. 51 et suiv.).
est surprenant : les râclures trop fortes disparaissent instantanément ; les sillons les plus profonds se remplissent et tout le panneau se couvre d'une sorte de brillant analogue à celui que donne le vernis. » | ;
L'emploi du vernis lui-même est douteux ; Laurie ! l’admet . pour les peintures d'Égypte. Les peintures de Saint-Martin d'Angers ne résistaient que fort mal à un lavage même prudent ; l'abbé Pinier réussit à les fixer avec un vernis à l'alcool 2.
Le peintre mariait les couleurs, avons-nous dit. C’ était indispensable dans le portrait, où les nuances se fondent, se rejoignent par transitions insensibles. Dans la fresque, il semble qu'on se soit davantage accommodé des teintes plates ; la chose va de soi pour certaines surfaces enluminées d’un ton unique ; mais nous voulons parler spécialement des panneaux à sujets. Ici nous sommes en présence d'une incertitude : les fresques parvenues jusqu'à nous sont fort:endommagées ; les mieux conservées offrent surtout des tons simples ; pour les dégradés, les tons complexes en apparence, il est difficile de mesurer ce qui est dû à l’action du temps et de l'humidité. Les peintres de cette époque avaient d’ailleurs, on a pu le dire *, une palette très complète. À Pompéi on emploie le blanc crayeux, locre jaune, l'ocre rouge, le cinabre, l’indigo, le bleu ‘égyptien, le jaune brûlé, la terre violacée, le rose tirant au garance, le vert clair, le ton chair, le violet, le noir. Dans les catacombes, les tons les plus courants sont le rouge, le brun, Île jaune, le blanc, le vert ; rarement le bleu et le noir ; en quelques cas seulement on constate des mélanges #.
Comment s’exécutait l’esquisse ? Sur certains ouvrages Ÿ, on s’est rendu compte que les contours des divers motifs, avant d'être repris par le pinceau, étaient incisés à la pointe dans le fond encore humide. Des traces d'incisions ne se remarquent, dans les portraits égyptiens, que parmi les cheveux ; beaucoup ont dû être effacées à l'aide de l'extrémité en spatule du cestre. Le peintre silhouettait la figure d'un trait noirâtre, au pinceau même, dessinait en même temps la bouche et les yeux, brossait le fond, la draperie, et, prenant un instrument plus fin, passait aux menus détails du visage.
#4: Op. cil., p. 33.