MÉDAILLONS
importantes pour l'économie politique romaine : elles fournissent-à qui les interroge un nombre infini de renseignements. Tout d’abord, elles nous ont conservé le souvenir d'événements et de personnages dont les uns sont connus par les textes des auteurs, mais dont beaucoup d’autres seraient, sans elles, entièrement ignerés. À partir de la fin de la République le droit des pièces romaines reproduit les traits des citoyens illustres : les emprunts que nous avons faits à la numismatique dans le chapitre relatif aux portraits
des empereurs et des grands hommes montrent le parti qu'on en
peut tirer pour l'iconographie. Quant aux revers, ils déroulent devant nos yeux toute l'histoire illustrée de la République et de PEmpire depuis les temps légendaires jusqu’à la fin: les expéditions militaires, les harangues des généraux à leurs soldats, les: triomphes, les sacrifices d’actions de grâces après la victoire, l'investiture donnée aux princes étrangers, les bienfaits répandus par les empereurs autour d'eux, les remises d'impôts, les créations d'institutions charitables, les constructions publiques. Énée emportant son père Anchise paraît sur un denier de César ; Numa et Ancus Marcius sur ceux des Calpurnii et des Marci ; Junius Brutus, sur les monnaies de Brutus, le meurtrier de César. L’enlèvement des Sabines et Tarpeia écrasée sous les boucliers des Sabins figurent au revers des pièces de la gens Tituria. D'autres monnaies
- montrent les Parthes rendant aux Romains les enseignes perdues
par Crassus, Germanicus posant la tiare d'Arménie sur la tête d'Artaxias et Antonin le Pieux donnant un roi aux Quades; Néron, sur une estrade, offrant au peuple un congiaire, Hadrien parcourant les différentes provinces de son empire, Trajan distribuant des secours à de jeunes enfants et Antonin le Pieux aux puellae Faustinianae. On peut suivre ainsi jusqu’au 1v° siècle la suite des événements les plus marquants de chaque règne #.
Outre leur valeur historique les monnaies romaines possèdent une valeur archéologique ; elles nous représentent bien des œuvres d'art de la sculpture et de l'architecture. Si, à cet égard, elles n’ont
- pas la même importance que les monnaies grecques, il faut pourtant reconnaître que, sur un grand nombre d’entre elles, se trouvent
1. Cf. Edw. A. Sydenham, Historical References on Coins of the Roman Empire from Auqgustus to Gallienus, Londres, 1917, 8°,
Santé, l'Espérance, la Félicité, la Fortune, la Clémence, la Jusüce, l'Équité, que les Romains, surtout ceux de l'époque impé-
riale, avaient introduites dans leur panthéon et dont les figures
si nombreuses dans les musées et si peu différentes les unes des autres, sauf par de menus détails, ne pourraient être identifées, si nous ne possédions leur image certaine sur des monnaies.
Très nombreuses et plus curieuses encore peut-être sont les vues d’édifices romains, italiens ou provinciaux. Sans doute ces vues n'ont pas la netteté et la fidélité auxquelles les dessins et les photographies nous ont habitués : les plans sont confondus, la perspective est conventionnelle, les détails simplifiés et, par suite, l'exactitude générale très sujette à caution ; il n’en est pas moins vrai qu'en les étudiant on y trouve des renseignements intéressants et tout à fait uniques. Presque tous les grands monuments de la capitale, aujourd'hui disparus ou extrêmement mutilés, y sont figurés : la colonne rostrale de Duillius, le cirque, les thermes, le temple de Jupiter Capitolin, ceux de Janus, de Jupiter Feretrius, de Vénus, de Junon, le macellum bâti par Néron, la basilique Émilienne et la basilique Ulpienne, l'arc de triomphe de Septime Sévère, le château d'eau appelé « les Trophées de Marius », etc. Le fameux temple de Vesta, dont il ne subsiste plus que le soubassement, ne nous serait pas connu sans certaines monnaies d'Auguste, de Vespasien, de Faustine la mère, de Marc-Aurèle, de Lucille, de Julia Domna : c’est grâce à elles qu’on a pu en proposer des restitutions tout au moins très vraisemblables. Pour l'Italie et les provinces, la série est moins riche, mais non moinsinstructive. Citons la monnaie de Claude qui reproduit le port d'Ostie, celles de Trajan où se voient celui de Centum cellae (Cività Vecchia) et le pont jeté par cet empereur sur le Danube, l'image de l'autel de Rome et Auguste à Lyon, ou encore, sur un médaillon de Constantin, la vue de la ville de Trèves en Germanie, avec son enceinte . baignée par la Moselle et la porte flanquée de tours qui yest percée.
S V.— f'essères.
On peut rapprocher des monnaies proprements dites ! les tessères monétiformes en bronze ou en plomb, dont on possède un grand nombre d'exemples ?.