‹ Manuel d'archéologie romaine (volume 3)Chapitre 246 sur 426 · RENNES + LES COUVRE-CHEFS · texte numérisé non relu

RENNES + LES COUVRE-CHEFS

divins ou héroïques ; ce sont surtout les petites gens que l’on nous montre tête couverte: et, parmi les dieux, ceux qui se rapprochent de l'humanité moyenne ou médiocre, comme Vulcain, protecteur des forgerons, Mercure, dieu du commerce et par conséquent des. voyages, qui exposent aux intempéries. Du reste, les auteurs nous confirment qu'on avait l'habitude, principalement sous la République, d'aller nu-tête dans les villes, où l'étroitesse des rues protégeait du soleil ; au milieu du jour ou dans les nuits d'hiver on sortait peu et au besoin on se couvrait avec un pan de la toge. A . la campagne, la pratique était forcément différente. Autre difficulté, les représentations laissent bien rarement soupçonner la matière du chapeau ou du bonnet; nous savons par ailleurs qu’on y employait la peau avec sa fourrure — la peau de … loup notamment —, le cuir et la laine foulée façonnée en feutre. Le pileus, usuel che les Italiens dès les premiers temps, est une coiffure haute, droite et conique, ressemblant à une borne ‘; elle a . été conservée par la tradition comme insigne du sacerdoce. Mais, hors des agglomérations, on adoptait une calotte, plus basse et plus simple, à rebord étroit; nous en pouvons juger d’après les chapeaux donnés par le sculpteur aux bergers qui découvrent Rémus et Romulus nouveau-nés (fig. 333). Par la suite, le pileus devint le symbole de la liberté individuelle, par exemple sur la tête de l’af- - franchi — et même de la liberté publique, car après la mort de Néron la foule, délivrée du tyran, s'empressa de l’arborer. . Le galerus, également en usage chez les premiers habitants du Latium, n’est guère qu'un bonnet, une coiffe ajustée, dont se contentent beaucoup de paysans, pâtres et cultivateurs ?. Il s'adapte sx exactement à la tête que son nom sert en outre à désigner des Nues de cheveux postiches. La même appellation s'applique à la coiffure des athlètes, celle qu'on voit, par exemple, dans la | grande mosaïque des Thermes de Caracalla {fig, 408).

Les modes étrangères firent encore pénétrer en Italie le pétase: grec; Auguste l'avait adopté; plus tard, sous Caracalla, il fut permis aux sénateurs dans les théâtres, quand le velum les abritait mal du soleil. Ce qui le distingue essentiellement, ce sont ses très

1. Voir W. Helbig, Sitzungsberichte der bayrischen Akademie, phil. hist. … Classe, 1880, I, p. 487 et suiv. | : 2. Saglio, Dict. des Ant., fig. 3477; Museo Pio-Clementino, VII, pl. xxx. - Berger criophore : De Ridder, Bronzes du Louvre, 1, n° 711, pl. xuix ; voir aussi Helbig, Wandgemälde, - 1318. Chapeaux de paille des pêcheurs : Mosaïques de Tunisie, 653.

larges bords, qu'on peut abaisser et retrousser à son gré;.la coiffe M elle-même devait, comme en Grèce, affecter des formes variées, w plus ou moins hautes et régulières. Dans les peintures de paysages, de style hellénistique ou égyptisant, des pêcheurs ont ce se de : chapeau ; pour eux il paraît être en paille 1. "4

Aux pays plus brumeux, et notamment en Gaule, le chpUERO 4 {cucullus) était extrêmement répandu ; il fut adopté en Italie par les petites gens, ceux qui par état cheminaient sur les routes et w s’arrêtaient dans les hôtelleries ; on le remarque dans le relief bien É connu d’Isernia ? et dans la peinture qui représente un groupe de « buveurs au cabaret %. Les soldats transplantés dans les contrées à frimas s’en couvrent à leur tour. Les esclaves qui accompagnaient 4 leurs maîtres dans les sorties nocturnes prenaient le capuchon (fig. 298) ; il protégeait du froid les enfants au berceau; c’est un: “4 des attributs du petit dieu Télesphore (fig. 216). Le capuchon est À tantôt indépendant, tantôt rattaché à une e pèlerine qui RE: ‘4 les épaules. | ; 3

Enfin le bonnet dit phrygien, qui est en effet d'origine anatolienne, et dont la forme conique est familière à tous, avec son extrémité inclinée sur le devant, est donné sur les monuments aux dieux asiatiques, Attis (fig. 232), Men (fig. 233), Mithra (fig. 236), M aux Troyens, à Anchise, à Ganymède (fig. 384), et de même aux Thraces comme Orphée (fig. 390), qui ont tant de liens avec la … REY Ce n'est pas une coiffure de la vie courante. ;

Il n’y a pas grand'chose à dire du voile de tête ; rappelons seulement qu'il était imposé aux femmes dans certaines circonstances, | en première ligne le jour du mariage (fig. 312); L Église chrétienne. le jugeait nécessaire pour toutes, en permanence. Il signifiait déjà chez les païens la séparation, l'isolement du monde, et par suite une initiation ; une idée de respectabilité et de décence s’y adjoignit naturellement. Le voile enveloppait le sommet de la tête et le haut du front et retombait tout droit sur le dos et les épaules; il n'ya pas de différence, à ce point de vue, entre les silhouettes traduites par la fresque dans les catacombes et les statues grécoromaines au type de la « Pudicité ».

1. Helbig, Wandgemälde, 1556-1563, 1572-1575. 2. Voir plus haut, I, p. 678, note 10.

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