‹ Manuel d'archéologie romaine (volume 3)Chapitre 33 sur 426 · ST PRINCIPALES ÉPOQUES DE L'HISTOIRE DE LA MOSAÏQUE · texte numérisé non relu

ST PRINCIPALES ÉPOQUES DE L'HISTOIRE DE LA MOSAÏQUE

navigation accumulait les marbres et autres matières premières ! ; plus tard, ces officines nouvelles ouvrirent encore des succursales. Quelques-unes seulement créèrent des thèmes inédits, pour satisfaire les tendances propres à la clientèle indigène.

Une fois mise à la portée de tous, la mosaïque se transforme et aussi, disgrâce inévitable, se vulgarise. On perd le sentiment des lois particulières aux divers genres, qui dès lors se rapprochent et finissent au mr siècle par se confondre. Le travail vermiculé n’a plus guère ses spécialistes ; il subit par suite une dégénérescence ; en revanche, le {essellatum trahit plus d’ambition ; entre le tableau et l'encadrement l'opposition s’atténue, disparaît à la longue. Ils s'isolent moins ; de plus en plus rapprochés, ils empiètentmêmel'un sur l’autre. L'emblèma de jadis était comme un joyau artistique recherché des amateurs ; désormais l'on dédaigne ces tableautins trop discrets et l’on veut de vastes ouvrages, comme il s’en fabrique pour les foùles qui devisent dans les promenoirs des thermes. Les plus grands morceaux, à Pompéi, couvraient à peine 20: mètres Carrés ; 1] y en aura de 100, 200 et 300 au 1° siècle ; ces dimensions s’amplifient parallèlement à celles des édifices.

L'évolution constatée en architecture nous présage les destinées. de la mosaïque : pour faire grand, il faut faire vite et bon marché, d’où un changement de technique. Aux pierres de taille on substituait brique, blocage ou concrétion ; dans le décor on renonce à la finesse ; on travaille avec des cubes plus gros, et dès lors on agrandit les figures, simplifiant ainsi le tracé des courbes. L’inconvénient était faible pour des panneaux disposés verticalement, visibles à distance; mais le recul, pour les pavements, ne dépassait toujours pas la hauteur de l'œil chez l'observateur debout; écart insuffisant à masquer la grossièreté de facture et la valeur médiocre des matières employées. Les minéraux précieux sont réservés à d’autres industries, surchargent les bijoux, les vêtements de luxe, les meubles incrustés ; à terre, dans le sol des salles spacieuses, on encastre seulement les pierres à bas prix, aux reflets pauvres, de nuances monotones, et dont la taille excessive ne permet plus ces dégradés par quoi la mosaïque s'apparentait et rivalisait avec la fresque. Elle emprunte davantage à la sculpture ; au n° siècle au moins, la figure vivante envahit le décor, comme dans les rinceaux des reliefs. |

1. Voir les listes d'ateliers données par Gauckler, op. cit., p. 2109 et suiv.

L'an

Autres conséquences, également fâcheuses : on doit revenir au.

géométrique, afin que l’ouvrier puisse plus à l'aise tracer le canevas sur le ciment, à l'aide de la règle et du compas. Tout s’accomplit directement sur place; plus de morceaux rapportés. Le développement des moyens mécaniques engourdit la main de lexécutant ;

les artistes cèdent le terrain aux simples manœuvres, qui réduisent .

les motifs, leur étendue et leur complication, préférant styliser le décor, multipliant les lignes, indifférents ou inattentifs aux fautes de goût ou de logique. Dans les vestibules, les corridors, sous Îes portiques, on se plaît à imiter les caissons moulurés d'un plafond, comme pour suggérer au passant qu'il chemine la tête en bas. Les scènes sont dissociées : au lieu de ménager un grand cadre pour un groupe unique, on divise tout le champ en compartiments exigus, polygonaux; les bandes trop larges qui les séparent les écrasent par leurs proportions et l’'énormité de leur remplissage. Chacun de ces cartouches renferme un motif, une figure qui, par son mouvement, se rattache à une autre assez distante ; une cloison

volumineuse isole donc deux athlètes en lutte, ou un chasseur et.

le gibier qu'il poursuit. On marche sur les pavements historiés ; comme il serait absurde, disait Gauckler, d'y donner une impression de vide par les perspectives et les plans étagés ou fuyants, on supprime le fond et on met tout dans le même plan: Est-ce bien un souci de vraisemblance qui a déterminé cet abandon d'une véri=. table conquête dans l’art du dessin ? La paresse, l'affaibhissement des traditions, l'avilissement du sens esthétique sufhiraient à l'expliquer. ie |

Toutefois ces indices nous frappent surtout dans les grandes compositions, les mosaïques monumentales des édifices publics. Chez les particuliers, dans les villas, s'affirme au contraire un désir tout au moins de renouvellement. Le propriétaire aime qu'on lui. fabrique des ouvrages d’un caractère un peu personnel: on place au seuil de sa demeure son portrait en petits cubes de pierre. Nous avons, en sculpture, noté le réalisme plus vivace des provinces latines ; nous ÿ relevons seulement, pour la mosaïque, un type de rinceaux inspiré des treilles, des: tonnelles, des pampres qui s'étendent en liberté. Ces contrées, en outre, se lassent: à la fin des süjets grecs ; on cherche donc des thèmes nouveaux dans la littérature. Mais celle du temps impose sa manière érudite et didactique ; la nomenclature sévit à partir du m° siècle: les quatre saisons, les quatre vents, les quatre factions du cirque, les jours de la

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