PRINCIPALES ÉPOQUES DE L'HISTOIRE DE LA MOSAÏQUE
dieu marin, une bande joyeuse de Tritons et de Néréides. L’entourage sculptural restait dans la même note inspirée par l'élément liquide : l'enfant à l'oie, un pêcheur à la ligne, Silène vidant son outre dans une vasque. C’élait là un genre de décor extrêmement dispendieux.
$S II. — Principales époques de l'histoire de la mosaïque.
Comme nous l'avons dit, les pavements historiés ne remontent pas au delà des Ptolémées et les compositions murales ont généralement disparu sous l’écroulement des murs. D'autre part, les uns et les autres furent longtemps des articles de grand luxe, rares par conséquent. Enfin les pavements très simples sont des plus difficiles à dater. Tout cela explique qu'aucune mosaïque venue jusqu’à nous ne puisse être classée avec certitude comme antérieure au n° siècle avant notre ère. C’est donc presque uniquement la mosaïque romaine dont on retrace l’histoire d’après les monuments, envisagés du moins quant à leur date d'exécution, car le style et les sujets porteront jusqu'au bout l'empreinte de modèles grecs bien plus anciens.
A. — Période augustéenne. — La période ainsi désignée dans l'usage couvre en réalité tout le premier. siècle et un tiers du deuxième, mais depuis le début son caractère s’est fort peu modifié. C'est sous Auguste que les divers genres de mosaïques, dès longtemps pratiqués, ont commencé à se répandre dans une plus large clientèle, limitée encore toutefois à l'aristocratie et, à en juger par nos trouvailles, à l'Italie elle-même : les exemplaires conservés proviennent presque tous de Rome et de la Campanie. Il en est de signés par leurs auteurs, esclaves de gens riches ; ce ne sont donc pas des articles industrialisés. Ils s’apparentent étroitement avec les reliefs alexandrins de luxe ou de cabinet, et l’on peut supposer des modèles communs, dérivés de peintures alors célèbres. Par là s'explique la petite taille de l’'emblèma augustéen, qui mesure au maximum 60 sur 80 centimètres ; le travail est fin, menu, soigné comme une broderie ; il utilise de minuscules dés de pierres naturelles, aux nuances infinies, à l'éclat chatoyant. Les cartons dont s’inspirent les ateliers sont copiés avec une certaine liberté, dont témoignent, pour des thèmes identiques, les fresques et même les
reliefs ; le nombre des personnages est souvent moins considérable dans la mosaïque, qui demande plus de temps et ne comporte pas d'échelle trop réduite. :
Le tessellalum ordinaire est, lui aussi, en matériaux de cheix ; presque toujours on y emploie le marbre, très rarement le schiste ou le calcaire. Tout au début de l'Empire, on se contente habituellement du blanc et du noir et l’appareil est d'une absolue uniformité. Le style augustéen se distingue en tout par une certaine retenue, quelque chose de majestueux et de sévère. Aussi les décors sont simples, combinent des angles droits ; par exception ils visent au trompe-l'œil, à l'illusion du relief, soit dans le motif central, soit dans l'encadrement, qui dessine ‘des polyèdres. Sous les dynasties suivantes, le goût se porte plus fréquemment vers ces fausses apparences ; en outre, comme en peinture, on admet dans les zones de pourtour nombre de formes dérivées de la ligne courbe, tresses, postes, cercles et rosaces ; le végétal s'insinue à la suite et notamment la fleur et la feuille de lotus, vivantes ou stylisées, apport inévitable des influences alexandrines. La faune s’introduit après la flore, mais plus rarement et d'abord par les types marins; les êtres fantastiques, hippocampes, griffons, sphinx ou Pégases, prédominent ; l'être humain n’est encore qu'une silhouette sans épaisseur, Maleré le soin pris quelquefois d'indiquer les muscles par des filets blancs, et toujours isolé, même quand on le répète par intérvalles ; on ne s’est point mis jusqu'alors à grouper les personnages.
B. — Période des Antonins et des Sévères. — Elle est caractérisée par une évolution bien plus rapide et continue. La mosaïque ayant cessé d’être un art somptuaire à peu près réservé aux citadins opulents, ses produits se multiplient dans les monuments publics, dans les thermes, où une foule nombreuse peut les contempler. Ils pénètrent ainsi chez les particuliers, même de condition modeste. Simple mode ? Non pas; on ne dépense pas pour la montre, puisque des mosaïques se retrouvent en dehors des salles de réception, dans les appartements où l'étranger n'a pas accès et jusque dans les pièces où logent les esclaves , dans les colombaires, les mausolées, où la famille seule vient honorer les défunts. | |
Pour répondre à une commande ainsi accrue, il fallait un nombre bien plus considérable d'ateliers. A cet égard, l'empereur Hadrien eut un rôle personnel très important : quand il parcourait les provinces, sa nombreuse suite comprenait des ouvriers mosaïstes ; beaucoup s'établirent dans les principaux centres, dans les pou où la