‹ Manuel d'archéologie romaine (volume 3)Chapitre 79 sur 426 · SCÈNES RÉALISTES DE LA VIE COURANTE · texte numérisé non relu

SCÈNES RÉALISTES DE LA VIE COURANTE

sol pour scander leur marche ; le ferculum qui charge leurs épaules. ….met en vedette leurs patronne et leur ancêtre, et traduit aux yeux leur activité quotidienne (Helbig, 1480) !.

Le travail des champs offrait aux artistes une riche matière. En Gaule, où le sens naturaliste s’éveilla de bonne heure, elle a inspiré un très curieux ouvrage qu'on déplore de n'avoir plus dans son intégrité. La mosaïque de Saint-Romain-en-Gal, aujourd'hui au Louvre ?, encadrée d’un gracieux rinceau, comptait quarante tableautins carrés

—… séparés par des torsades, la rangée de quatre à chaque extrémité ne . comportant que des figures décoratives. Le reste constituait un calen-

drier rustique en images, dont 1l nous reste à peu près les deux tièrs, assez enfumés. Dans quatre carrés au centre, les Saisons

prennent la forme de Génies montés sur des animaux. Autour se répartissent les occupations de la vie rurale, chaque groupe de sept

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tableaux étant rapproché de la Saison qui le concerne, dans un ordre partie méthodique, partie fondé sur un besoin de variété. L'Hiver débute de façon peu claire, peut-être par la semaille des

… fèves ; ensuite, sous un hangar couvert, un âne, qu'une femme mène au bâton, tourne inlassablement autour de la meule qu'il fait mou-

voir; puis c'est le transport du fumier sur un brancard, la mise au

four des pains, un sacrifice domestique, le tressage des paniers. Le:

Printemps — série très mutilée — s'annonce par l’arrivée de la cigogne, à qui deux paysans souhaitent la bienvenue ; à côté, deux hommes en tunique s'appliquent chacun au greffage d’un jeune arbuste. L'Été — de nombreux vides le réduisent aussi — s'ouvre

‘par le sacrifice qu'offre à Cérès un ménage de fermiers avant la récolte ; après une grosse lacune, la fête des moissonneurs : deux

hommes se disputent le prix du javelot; on distingue à l’arrière-

- plan l'orme où chacun a décoché son trait ; ensuite un travailleur, avec sa faucille, abat des tiges qu'un autre lie en botte sur le sol. “Enfin vient l’Automne : deux scènes de vendanges ; on coupe les

raisins de cuve sur le cep entortillé autour d'un arbre, et ceux de table parmi des pampres en arceaux ; le foulage des grappes

s'accomplit, rythmé par la double flûte ; les opérations ultérieures : . poissage des jarres, manœuvre du pressoir à levier, sont séparées

par la cueillette des fruits d’arrière-saison, poires, pommes ou

- prunes, et par une composition moins heureuse, qui montre des . bœufs au labour et un semeur le bras levé.

1. Gusman, Pompei, p. 239; Mon. Pomp., Lxxv, 2. 2. G. Lafaye, Rev. arch., 1892, I, p. 322-347 ; Mosaïques de Gaule, 246.

Ensemble séduisant, sans prétention, qui sent le terroir et ne doit rien à l’école, s'accommode d'éléments très simples : un ou deux hommes, un animal, un arbre, un édicule, et d'assez bon travail malgré sa date probable, le mr siècle.

N'oublions pas les représentations d’attelages et de charrois. Sur une mosaïque de Suisse !, dont l’auteur cherchait à tâtons les lois de la perspective, un lourd véhicule à quatre roues est traîné par deux taureaux, vers lesquels le conducteur, assis on ne sait Comment sur le siège, dirige son aiguillon. Chose curieuse, 1l y avait dans une seule construction de Pompéi, qu'on appelait autrefois le « lupanar », trois médiocres fresques de type identique, sauf variantes secondaires : un char du genre plaustrum, attelé, suivant le cas, de bœufs, de chevaux ou de mulets, supporte une outre énorme, maintenue en place par des ridelles et des arceaux ; dans l’un des exemplaires, l'ouverture arrière du récipient est engagée dans une amphore, et l'on s s'apprête à remplir plusieurs de ces grands vases (Helbig, 1486-1488) ?. Rendez-vous probable des voituriers qui donnaient de l’eau à domicile, cette maison devait être un cabaret, ou, mieux, un thermopole,. vendant aussi des boissons chaudes. La décoration des murs se complétait en effet par quelques scènes de taverne qui se faisaient pendant (Helbig, 1504-1505) Ÿ : assis sur des bancs autour d'une table, ou quelquefois debout, des hommes de type vulgaire en sandales et à capuchons, tiennent en main le verre ou la bouteille. Dans une autre auberge (Sogliano, 657) ‘, on Joue aux dés, on se querelle, on lutine la servante. Iciet là, des inscriptions latines ajoutent une précision au reste superflue. Voilà bien de l’art romain, et du médiocre; son débraillé atteint à la dernière licence en quelques tableaux que nous négligeons.

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