‹ Manuel d'archéologie romaine (volume 3)Chapitre 95 sur 426 · PAYSAGES · texte numérisé non relu

PAYSAGES

D'autres types d'édifices ne sont pas des thèmes artistiques importés ; ils répondent à des constructions véritables que le luxe romain avait multipliées. Nous avons dit (t. I°', p. 300 et suiv.) ce qu'on entendait par villa, ruslica ou urbana, et comment toutes “deux étaient aménagées ; reste à voir de quelle manière les décora-.

teurs les ont figurées.

En peinture, ils n'en ont généralement tiré que de très petits “tableaux, quelquefois circulaires et coloriés dans les tons de la réalité ! Toutes leurs villas bordent la mer ; le quai est garni d'her- .mêès, pouvant servir de poteaux d'attache aux barques du premier plan. Dans le groupement usuel, les constructions comprennent un triple portique à angles droits, dont les ailes avancent vers le rivage ; on connaît aussi la disposition angulaire à deux branches, ou en sigma. Certains ensembles de bâtiments semblent couvrir “une île ou avoir été posés en pleine eau sur pilotis. Il n’est pas are de trouver deux ou trois portiques superposés. On observe “quelques formes rondes, pavillons à coupoles, tourelles à lanter- “nons , mais les rectangulaires rappellent ordinairement, les petites le temple, les grandes la basilique. Auprès de la pierre, la verdure sefface au second plan; les frondaisons risquent leurs têtes au-dessus des toits. Comme personnages, des promeneurs, des gens au bain où à la pêche. | | L'identité de ces villas avec les g'andes propriétés d'Asie a con- “duit à penser que le paysage lui-mêm?, en tant que genre artistique, “avait ses origines en Syrie et-en Asie Mineure.

Les mosaïques africaines font suite chonologiquement à ces peintures ; on y a reproduit des villas plus simples, des centres “d'exploitation agricole — bien que cette province aussi ait connu les domaines magnifiques à la grecque, au luxe débordant ; témoin “la villa de Pompeianus ? et la mosaïque d'Hippo Regius, où l'on remarque tout de suite un arc de triomphe couronné d'un quadrige 3. Dans le sal{us, bois et pâturages, le bâtiment devient plus

accessoire au milieu 1 palmiers et plantes grasses À. A Tabarka, …16s trois absides d'une salle étaient ornées de trois vues de la même propriété 5 . D'abord(fig. 419), la maison de plaisance du maître

1. Rostovtsew, Rôm. Mitth., XXVI (1911), p. 72 et suiv., fig. 42-44 et 65, pl. viix ; Saglio, Dict. des Ant., fig. 4789-4790. ni 2. Mosaïques d'Algérie, 263 ; Bull. arch. du Comité, 1906, RP XXe 3. Mosaïques d'Algérie, 49.

4. Musée Alaoui, Suppl. I, pl. 111, 2, n° 224. 5. Mosaïques de Tunisie, 940. À

son logis est au fond d’une cour carrée et précédé d’une vérandah; aux deux extrémités, des tourelles massives aux toits en pointe. L'artiste, naïvement, a rabattu, pour les faire voir, les deux côtés qu'il devait rendre en perspective : à droite, la grande porte cochère; à gauche, une grange à pigeonnier ; entre elles deux, … les communs, dont une série de voûtes forme les combles. Sur … le devant, des canards barbotent dans une mare; faisans et autres

Fig. 419. — Villa d'Afrique : la maison du maître.

oiseaux s'ébattent dans le verger attenant. — Deuxième tableau, mutilé (fig. 420): Dans une prairie irriguée, des moutons s'épar-. pillent sous la garde d’une bergère filant sa quenouille. Au delà, un

corps de bâtiment; devant la porte, un fort poulain est attaché par la bride ; par derrière, des vignes montées en cercles sur des tuteurs ; des rochers ferment l'horizon. — Enfin voici (fig. 421) dans un vignoble tout semblable entremêlé d'arbres à fruits, le

hameau de la ferme : sur le devant, de petites chaumières accolées,

peut-être les logements des ouvriers et des esclaves. L'harmonie des couleurs est séduisante, le dessin plus pauvre que chez les peintres, proportions et perspectives également faussées. Mais la + fidélité au modèle reste absolue: on reconnaît les bordjs d'aujour-

d'hui. La conscience de ces mosaïstes se remarque à la façon dont l'un d'eux a reproduit, dans un tableau pittoresque à scènes de pêches, les dentelures qu'affectait le rivage aux environs de Bizerte f. | Nous n'avons plus à mentionner que quelques peintures sans

Fig. 420. — Villa d'Afrique : prairie et verger.

« fabriques ». Ce n'est toujours pas la nature sauvage qui s’y épanouil ; du moins l'homme et sa demeure en sont absents. Une clô-

ture, Le hauts balustres surmontés de vasques, où des oiseaux Viennent chercher la fraîcheur auprès de l’eau jaillissante ?, c’est

tout ce que le paysage comporte d’artificiel. A la villa de Livie ad gallinas albas ?, une grande salle souterraine avait ses quatre murs couverts de ce presque identiques : elles représentent une

41, Mosaïques de Tunisie, 936.

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