Manuel d'archéologie romaine
Libraire des Archives yationales et de la Sociélé de lÉcole des Charles 82, ituK Bonaparte, 8J
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INTRODUCTION
Le livre dont ces Ii<4nes fornienl le débul sera consacré à rarchéologie romaine.
Par archéologie nous entendons, comme il va de soi, Tétude de tous les vestiges du passé, à l'exception de ceux que nous a transmis le langage, sous forme de témoignages écrits ou gravés. Encore ces témoignages ne peuvent-ils pas être tenus entièrement à l'écart : ils ont avec les autres restes de lantiquité un lien étroit et nécessaire ; les uns et les autres se complètent et dans bien des cas s'éclairent mutuellement. Les monuments archéologiques seraient souvent incompréhensibles sans certains passages d'auteurs, sans certaines inscriptions qui en donnent la clef, de même que le sens intime de plus d'une phrase, qu'on lit chez tel historien, nous échapperait sans les documents figurés qui l'illustrent. Nous devrons donc faire état des assertions des écrivains du temps et des inscriptions, tout au moins à titi-e accessoire et pour l'intelligence des objets mêmes ou des monuments sur lesquels elles se lisent ou dont ils parlent.
Dans ce manuel d'archéologie romnine nous devrons embrasser tous les pays et tous les peuples sur lesquels Home a étendu >a domination, et pendant toute la durée de cette domination. La limite chronologique supérieure ne fait pas doute, pour l'ordinaire ; la limite inférieure est plus diilicile à lixer et appelle une distinction. En Occident, on devrait, de rigueur, s'arrêter à la mort du dernier empereur, Homulus .\ugustus i 176) ; en pratique nous n'aurons à connaître que d'un très petit nombre d'ieuvres des iv« et v" siècles, périodes d'invasions, de destructions, de stérile décadence. Bien des objets, d'ailleurs, ne se laissent dater que dune façon très approximative. V.n fait, nous ne dépasserons jamais la date de 476 ; nous resterons d'habitude très en deçà. Pour l'Orient, il convient de descendre moins bas cl de ne pas dépasser la période
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constanlinienne, tout au plus le règne de Théodose I*^ La division de l'empire, la création dune capitale à Gonstantinople ont donné une prépondérance définitive à la Grèce dans le nouvel Etal ; il ne saurait être question, à son sujet, d'archéologie « romaine ».
Lépithèle est-elle enlièremenl vraie pour les siècles antérieurs et l'unité quelle traduit nest-elle pas artilicielle bien plus que réelle ? Tous ces peuples que l'empire romain entraînait tour à tour dans son rouage adminislratiC avaient chacun, au temps de son indépendance, une vitalilé propre, qui ne pouvait s'évanouir aussitôt après leur annexion, même consentie, même souhaitée ; ils ne pouvaient oublier en un jour tout l'héritage de leur passé, faire table rase de leurs croyances les plus sacrées, de leurs usages, de leurs tendances particulières. Celle persistance de traditions locales était donc un fait inéluctable, comme il lélait aussi que les artisans de chaque pays conservassent, sous la domination romaine, quelque chose de la techui((ue. habile ou g-rossière, il laquelle ils étaient rompus.
11 est cependant avéré que l'esprit latin, dans une mesure variable, a pénétré les arts ou les industries de toutes les provinces. Si composite que soit un monument romain, on ne saurait, dans bien des cas, le placer, de préférence ou absolument, dans aucune autre série archéologique.
Ce qu'on ne peut nier, c'est qu une telle civilisation est un prodigieux amalgame, où l'on voudrait discerner les parties conslilulives; mais là est la difïicullé.
Les unes, d'un caractère slrictenient local, ne se renconlrent point hors du lieu d'origine : on ne découvrira qu'en Paimyrène un Imsle de lype palmyrénien. Les antres onl une facilité de déplacemenl remarquable : c'est la marque propre de tout ce qui esl hellénique : concepts et formes propagés par la tîrèce s'infiltrent a meiveille. se prêtent avec souplesse à toute adaptation.
Il faut noter en outre que ces parties constilutives n'ont point ti^utes la même valeur. Parmi les éléments à distinguer, il en est (jui ont pris naissance au cours de la période historique que nous embrassons ; mais il en esl aussi qui sont un legs du vieux temps : pai- exemj)le, tel souvenir attardé de l'Etrurie défunte, tel modèle de la statuaire, emprunté par mode à l'archaïsme de Myron ou de Calamis ; et alors c'est moins (VéU'inenls qu'il convient de parler que (Vin/hwnces .
l'iniin, de ces apports nombreux au fonds commun, beaucoup ré-nllent iléjà d'une combinaison ; ou ils doivent leur projjagation
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il un véhicule élrang^er. Dans ce quon nomme la civilisation étrusque, on relève assez peu de traits originaux, ou du moins l'ori- ;,Miialité principale consiste dans une fusion très particulière des éléments orientaux et de ceux qu a fournis la Grande-Grèce. Pareillement, la civilisation hellénistique ditTère de Vhelléniqve par son rispecl hybride, dû aux courants orientaux. Dautre part, si les idées religieuses et les types divins de la Perse ont envahi d'emblée le monde romain. IKgypte que lltalie a connue et exploitée est une Kgypte hellénisée.
( Ml voit donc la complication infinie du problème qui se pose avant tout autre : Comment se décomposent les élétnents qui constituent l'archéologie romaine? Aussi, personne encore n'a entrepiis de l'élucider dans toute son étendue : il y faudrait un gros livre, qui, faute de données, laisserait en suspens la plupart des questions. Quelques-unes seulement ont été souvent agitées ; ainsi Ion a, plus d'une fois, recherché dans quelle subordination l'art roniain se trouve par rapport à l'art grec? C'est, pour prendre un -eul exemple, le thème essentiel du livre de Mrs Strong, que nous aurons souvent l'occasion de citer dans la suite. La controverse, très vive, n'est pas près de se clore. Il nv a place ici que pour de brefs aperçus, des notions simples et qui écartent les discussions.
Les llnlioles. — C'est d'abord sur les traits ataviques que l'enquête devrait naturellement porter. Mais les vestiges des pojjula- Imns ilaliotes sont si anciens qu'ils relèvent de la préhistoire ' ; ils évoquent une civilisation très pauvre, dont nous ne connaissons guère que les types de sépultures, avec leur humble mobilier, et -urtout les poteries grossières façonnées à la main. Ces maigres restes autorisent du moins une remarque importante. A l'âge du bronze, la péninsule italienne est très divisée : au Nord, il y a trace (le relations étroites et continues avec l'Europe centrale ; au Sud. les fouilles nous mettent en présence d'usages et d'objets rappelant au contraire la culture égéenne ; au centre, enfin, il se contirme de |ilus en plus qu'il n'y eut. a\ant la fondation de Rome, aucune différence fondamentale entre le Latium et ll'ltrurie.
L'h'triirie '-. — I/invasion étrusque eut lieu à une tlate incertaine, en tout cas bien avant le viii*^ siècle, et l'emprise d'une nation
1. Voii' B. Modcstov. Inlroduclioii ;i l'hisloin- rnnmine trad. Dclincs , Paris, 1907, s".
2. Cf. J. Marlliii. Mmiuel d archéologie ëlrus(iiie cl romaine, nouv. «-d., l'.ipis, s. d.. S". |v 117-120 : Id.. I.'arl ('-Inisque. Pari.s. Is89, 'i". p. (Ue.
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plus ancienne sur la jeune cité des bords du Tibre lui immédiate et totale. C'est suivant les rites étrusques que les fondateurs orientèrent et délimitèrent leur établissement du Palatin. A travers les traditions déformées, embellies, sur Tépoque royale, le fait s'impose que la ville fut j,'Ouvernée par plusieurs générations de princes toscans ; il va de soi qu'ils attirèrent des compatriotes pour les tra vaux d'édilité, où ils étaient passés maîtres. C'est eux qui, imporlanl leurs modes de construction en tuf, en pépérin, \euv opus qua- (Iralum sans ciment, avec assises alternanles, ceignirenl Home de ses |jremieis remparts cl. par loul un système de canaux et d'égouts, assainirent ce si le marécageux. Leurs architectes élevèrent les premiers temples romains, selon leu"s principes : sur haul podium carré, avec perron de façade, ample vestibule, triple cella, mais sans chambre de fond ; les combles étaient de bois, et cette charpente légère ne supportait que ries frontons de lerre cuite. La mode persistante en Italie de la statuaire céramique, même de forte taille', dé|)end de la même tradition; le fronton romain, sauf exceptions très rares, s'orna de figures de glaise jusqu'à la lin de la République.
Rome avait d'autre part emprunté à ces premiers maîtres beaucoup de rites religieux, la divination, une certaine pompe olTicielle dans les cérémonies nationales et l'usage du triomphe militaire, le costume des magistrats, avec nombre d'insignes distinctifs : sièges d'ivoire et faisceaux, la couronne du vainqueur, la bulle, l'anneau, la chaussure montante, peut-être l'idée première des étendards. Sous celte inlluence encore se constitua la maison privée italienne, à atrium central. On a longtemps répété que la voûte, fréquente en Etrurie quand le reste du monde l'abandonnait à l'Orienl, fut ainsi révélée aux Romains. Mais aussi bien l'encorbellement que l'appareil à claveaux restèrenl, chez les l']lrusques. conlinés dans les travaux du sous-sol : chambres funéraires, galeries de dérivation ; quant aux spécimens latins de celte technique égyplo-asialique, ce sont des ouvrages restaurés, qui rendent incerlaiue répo(|ue où elle fui admise. Pour l'emploi en grand de la voûte, Home esl cerlainemciit tributaire de modèles helléniques que nous commençons à mieux comiaitre - ; il est possible cependant
1. W. Deuiiiia, Les sinliics île Ivrrc riiile (l;ins Vunliifiiili'. Sicile, clc.. , Paris. 1008, X", p. TîU'l suiv.
i. Viiir les lal)lcim\ slalisUqiies do H. Dclbnick, Ilcllenislische Itaiilcn in l.nlium. Strasbourg, Il (1012, i°, j). 6t cl suiv. ; 'il classe les ninslrnolioiis en voiiles clavces par types el par pa.vs. avec leurs dates.
INTRODICTION
qu'ils lui soient venus par ll-ltrurie : cest pour cela que nous avons admis plus bas, suivant l'usaj^-^e, l'orig-ine étrusque de ce mode de couverture. On en sut tirer de nouveaux partis : n'étant plus lié aux formes rigides et en équerre, l'architecte put subordonner le bâtiment à toutes ses convenances : de là une foule dodifices sur plans à lignes courbes.
En tout cas, Rome apprit des l^trusques l'art de construire des forteresses, des ponts, des citernes, des galeries souterraines, des môles et des chaussées, probablement aussi des aqueducs, dont elle perfectionna et fixa les profils. Elle tient d'eux le type du tumulus conique, point de départ vraisemblable du mausolée rond, et une variété d'ordre dorique qu'on nomme Tordre toscan. Quant aux jeux du cirque, aux combats de gladiateurs, on incline plutôt aujourd'hui à les faire remonter au peuple, plus méridional et plus obscur pour nous, des Osques. et peut-être les Romains lui ont-ils pris les éléments principaux de l'amphithéâtre.
La reproduction du paysage dans la fresque, qui lit fureur chez les Romains, est étrangère à la tradition grecque classique, mais habituelle à l'Étrurie. Elle aussi a aimé les ornements peints apposés, cloués sur les façades : dans le décor qu'elle recherche, déjà le revêtement l'emporte sur le ravalement. Elle apprécie, plus que la Grèce hellénistique, la fidélité dans le portrait, les détails personnels accusés, soulignés. Nation de métallurgistes experts, elle fournit à ses élèves des candélabres, des miroirs, des cistes et les initie à la gravure sur bronze. Elle leur a transmis pareillement la coutume de façonner en statues les couvercles des sai'cophai^es et de couvrir les flancs de la cuve de reliefs compliqués, mouvementés et dramatiques. Dans les arts mineurs (petits bronzes, bijouterie), il V a quelques vestiges de la technique étruscpie, et des liens manifestes nitlachenl la céramique « samiennc -> ou " arétine », à glaçure rouge-corail, aux céramiques élrusco-campaniennes à vernis noir, toutes également à reliefs.
Mieux encore, linlluence toscane donna aux Romains, ou dé\cloppa en eux, un tour d'esprit général, une disposition persistante : « c'est un goût obstiné pour tout ce qui est réel, positif, avantageux, d'un intérêt actuel et sensible, en un mot, un sentiment pratique des choses que la Grèce n'a jamais eu et que. dans sa somptuosité frivole et raffinée, le monde alexaiiflrin ne soupçonne pa>- ' ' ,