Martlui. M.inuol <l nrch. ('Iriisfjiie. p. MM
X INTRODICTION
une prédilection pour la vie large el, comme nous disons, confortable. Si donc, suivant une opinion répandue, la culture étrusque n'est qu'une branche de l'ionisme, il s'agit toutefois d'un ionisme très particulier, qui, de plus enjîhis, s'éloignait de la formule initiale, asiatique.
La Grèce '. — Après les guerres puniques, l'activité de l'Elrurie décline; une concurrence, depuis longtemps menaçante, s'ailirme victorieuse. Les marchands grecs avaient remplacé les Phéniciens sur bien des marchés lointains ; ils s'insinuèrent sans peine dans le Latium. toute Tllalie méridionale étant couverte de colonies helléniques. La Campanie fut concjuise dès la tin du iv*" siècle ; le m'" se passa à soumet Ire le reste de la péninsule et la Sicile. Le contact était immédiat celle fois et faisait apercevoir au.\ Romains une autre (irèce, la (ïrèce dorienne. mais appauvrie par les guerres civiles. L'hellénisme classique, de la meilleure époque, se révéla en somme à l'Italie par le négoce qui couvrait l'Occident des produits de l'industrie grecque, et particulièrement de l'Attique, et par l'afiluence de nombreux Hellènes, esclaves et voyageurs, artisans habiles, rhéteurs, philosophes ou comédiens. C'est sur l'aristocratie, la classe riche ûei^ gens de loisirs, que leur action s'exerça d'abord : ils lui oirraienl le superflu de la vie, des receltes pour le luxe intérieur et l'éclat personnel, et surtout les divertissements de l'esprit : doctrines métaphysiques, poèmes, œuvres théâtrales, sujets d'études et d'entretiens dont nous n'avons pas à nous occuper ici. Il serait tiop long, et bien malaisé, d'inventorier séparément ce que doivent les Romains à la drèce classique et à la Grèce hellénistique ; cette dernière n'a point tout transformé de ce cpii lui venait de l'aulre. et les distinctions chronologiques manqueraient souvent de base. Contenions-nous de grouj)er les emprunts reconnus de la culture romaine à Ihellénisme, largement envisagé.
La capitale, les grandes cilés d'Italie occupèrent un nombre considérable de praticiens grecs dans Ions les arts libéraux ; \\- avaient partout prépondérance, j)arfois un monopole de l'ail, principaleluenl pour tout ce qui louchait au grand arl. Les architectes, \'ilruve l'a signalé, étaient presque tous des (îrecs : ils fournirenl
I. Ndiis su|)|)rimons ici une bihlio^'i-apliii- (|u ou aUcMidrail pciit-i'lre. .\iuMin oiivrafTc n'apixirh' sur notre sujet une véritable précision. Tous ceux qui ,v louchenl se tiennent dans l'abstrait cl se limitent à peu prés à l'Iiistoire des idées el des instilulions. (".'est ce (juc fait encore le plus réeenl travail, qui utilise les autres: G. (^rdinali, lloma e lu civillà ellenislica. clans la revue Scienli.t, Holo-ne. Iftli. II. p.'.'Olll.
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les éléments de tous les traités et compilations techniques, même écrits en latin. Ils eurent ce talent exemplaire daccommoder leurs traditions nationales aux goûts, aux besoins et aux ressources de leurs nouvelles l'ésidences. Les ordres d'architecture de la Grèce se retrouvent dans les pays de langue latine, vn peu plus rarement employés par suite d'un moindre usage du marbre et de la pierre de taille, et ils y subirent une évolution que nous retracerons ailleurs. Dans les villes, l'ordonnance générale des rues, régulière ou capricieuse — les deux se rencontraient — . rappelait pareillement des prototypes grecs. Le cas échéant, portes et remparts suivaient les mêmes modèles. Le forum se distingue par de simples nuances de Vaçjora : des portiques l'entourent, où s'abritent les comptoirs : les constructions s'y pressent : basiliques, dont beaucoup reproduisent un type hellénique ou s'en inspirent : autels, petits ou grands, de formes déjà courantes en Grèce ; temples, dont la silhouette, de plus en plus. dilFère du mode étrusque et les apparente aux sanctuaires g-recs ; les gens de l'art, à l'époque, décrivent les uns et les autres à laide du même vocabulaire. Toutefois la polychromie de ces édiilces se transforme radicalement : on ne la demande plus guère aux tons appliqués, ni aux patines arlilicielles : on l'obtient parle rapprochement de matières multicolores.
Dans les métropoles, des salles de spectacles s'offraient aux plaisirs de la foule. Nous verrons [lar fjuellcs dispositions le théâtre romain, dérivé de ceux d.Asie Mineure, s'écarte des théâtres de la (îrèce propre. I>e caractère dillcrent des spectacles, plus déclamatoires ou plus boulfons, moins I\riques. a entraîné fies changements faciles à résumer : mais, de même ((ue les scénarios étaient généralement helléniciues, le plan d'ensemble des locaux ne fait ap])araitre qu'un simple remaniement du prototype, des retouches de détail ((ui rendaient l'édilicc à la fois plus imposant et. à certains égards, mieuv combiné. Les tlénominations mêmes de ses diverses parties trahissent des emprunts ; ([uehjues termes nouveaux attirent l'attention sur des perfectionnements comme en pouvaient souhaiter des gens très préoccupés de leurs aises et de toute amélioration pratique. La marque d'origine est également frappante dans les accessoires du théâtre, décor, coutumes ou machinerie. Quant au cirque romain, c est l'ancien hi|)podr(mie, aussi peu modilié cpie le stade.
Nous sommes moins renseignés sur les bains grecs, (pii coni|irenaicnt (jéjà plusieurs chambres : il est clair néanmoins rpiils ne
INTRODUCTION
réalisèrent jamais 1 ampleur de proporlions. la merveille d'agencement, commode et raffiné, dont témoig^nent les thermes sous l'Empire. En dépit des noms étrangers qui désignaient encore certaines salles, c'est sur eux peut-être que l'esprit romain a mis le plus nettement son empreinte. Les marchés, les boutiques, les hôtelleries paraissent avoir donné lieu à de bien moindres innovations. Les ateliers et les établissements industriels, dont les restes sent rares et fort ruinés, se prêtent mal à des comparaisons. Dans ses constructions militaires, en revanche, Home ne pouvait manquer d'aboutir à des types originaux : elle donnait aux campements une importance que la Grèce n'y attachait poinl, et une organisation diirérente des cadres devait modifier la distribution intérieure. Kn Fait de monuments honorifiques. Home n"a pas seulement emprunté à la Grèce le trophée anthropomorphe, temporaire et hâtivement dressé ; le grand édifice commémoratif, spacieux, surélevé, souvent en forme de rotonde, à vaste colonnade et à étages superposés, eut son point de départ dans l'Asie hellénistique. La colonne de glorification dérivait de la colonne funéraire, et toutes deux étaient grecques.
Un des exemples les plus expressifs des contaminations auxquelles inclinait le goût des Italiens sera observé dans la maison gréco-romaine, qui juxtapose, en une seule demeure, les appartements à atrium el le corps de logis à péristyle. La disposition des salles à manger, avec le Iriclinium, pourrait bien être calquée sur celle des maisons grecques, si mal connues ; car dans les repas on retrouve de part et d'autre de semblables usages.
Les monuments funéraires sont d'ordres très variés ; toutes sortes de traditions s'y reconnaissent et se continuent côte à côte, ainsi du reste que chez les Grecs. De ceux-ci les Romains ont adopté les inventions surtout pour le décor de la tombe et de ses dépendances, ou des récipients divers, urnes et sarcoj)hages, «qui recevaient les restes des défunts. Les grands mausolées nous ramènent vers l'Asie hellénistique.
Somme toute, on ne pcul dresser la nomenclature intégrale des emprunts à la Grèce; trop d'éléments sont complexes ou douteux. Mais l'impression d'ensemble ne trompe guère : c'est celle d'une même ci\ilisation qui se j)oursuit; deux races surtout y contribuent. Ce que Home juge utile et bien conçu, elle le prend. Préfère-t-ello des amendements de détail, le (^irec à son tour s'applique à lui donner salisfaclion.
Cjuand la décoration des inonumenls est en cause, et utm plus
IMRODLCTION
leur aménagement, les Romains témoignent dune si faible initiative que l'existence même d'un art romain a été bien des fois contestée. Les arts plastiques ne leur doivent que fort peu de chose. Faut-il pour un sanctuaire des effigies divines ? Comme les Romains ont adopté les dieux de la Grèce, ils en acceptent tels quels les types fixés par la sculpture. Leurs protecteurs à eux représentent des idées plutôt que des êtres. Ceux delà Grèce valent surtout par leurs silhouettes ; c'est par elles qu'ils ont séduit le vainqueur. Ils gardent par conséquent la physionomie qu'ils avaient au moment de la conquête, celle de l'époque hellénistique, qui, pour plus d'un, trahit à peine une légère évolution. Les portraits des particuliers, par contre, répondent à une image réelle ; le Romain, précis autant que méthodique, tiendra à la ressemblance fidèle, du moins s'il se comporte avec sincérité. Mais en art, luxe superflu, un parvenu peut afficher des sentiments de convenance : la tendance grecque à idéaliser sera suivie par mode, et deux courants à la fois se disputeront la clientèle. Le sujet de genre, le tableau galant sont essentiellement alexandrins ; c'est l'esprit grec seulement qui s'y déploie ; l'Egypte ne participe à leur éclosion qu'en fournissant le milieu, le lieu de rencontre incomparable, où se constitue la société sceptique, élégante et dépravée qui les conçoit.
Pour les scènes historiques, évocatrices de la gloire militaire, la Cirèce ne procure que des ébauches de modèles ; Rome ne lui demandera que des praticiens : ils sauront, avec une merveilleuse adresse, créer une nouvelle forme artistique à laquelle leurs patries n'avaient point songé ou voulu s'arrêter.
Les ateliers exécutent deux sortes de monuments funéraires. Sur les stèles ou les urnes, dont se satisfont les gens de condition modeste, le marbrier est souvent sollicité de figurer le inort en action, exerçant encore son métier ; des modèles grecs ne se trouveraient que sur de vieilles poteries, qui ne sont plus dans la circulation ; aussi le sculpteur, artisan populaire et peu habile, fait-il un efTort personnel pour interpréter la vie quotidienne ; cela est vrai surtout des régions d'Occident. Ailleurs, et en tous pays pour les gens riches, les tombeaux ont plus d'apparence : sarcophages, mausolées, reçoivent de la Grèce son répertoire décoratif et les belles légendes de sa mythologie. Elle prête encore à tous sa subtile symbolique.
Les stucs coloriés, les reliefs en céramique peinte ont pénétré à Rome soit par la Grèce, soit par ll'ltrurie; mais cette dernière déjà
INTRODUCTrON
les tenait de la Grèce. Les prototypes anciens sont bien trop rares pour qu'on puisse se rendre compte des transformations, s'il y en eut, dans la technique. Celle-ci, en sculpture proprement dite; en accuse de très faibles, qui dérivent notamment d'un emploi généralisé des matériaux médiocres et d'un désir très commun d'exécution rapide, à bon compte.
On ne peut plus aujourd'hui s'en tenir à cette affirmation que les fresques sur enduit stuqué des caveaux ou colombaires procèdent dune pratique étrusque ; nous savons depuis peu que cette dernière avait son pendant, non seulement dans tout le Sud de l'Italie antérieurement à la conquête, mais dans d'autres contrées d'Orient, Macédoine, Egypte, Russie méridionale, aux derniers siècles avant notre ère. Le décor peint des appartements, en frises simples ou scènes développées, se réclame encore, d'après de récentes découvertes, d'une méthode franchement hellénique, ou au moins hellénistique. Quant à la mosaïque, lorsqu'elle s'introduisit en Occident, elle était asservie aux procédés matériels et aux tendances auxquels obéissaient les ateliers grecs d'Egypte, dès la domination des Ptolémées.
Ainsi, dans le domaine de la construction, les Humains ont bien souvent inspiré ou imposé des idées et des formes nouvelles. Pour les ustensiles de la vie publique ou privée, pour les objets transportables, nous verrons au contraire qu'ils s'accommodent du « tout fait » et prennent leur bien où ils le trouvent, sans provoquer de sérieuses innovations. Sans doute, l'antiquité de quelques rites, qui avaient précédé les influences grecques, a rendu vénérable tout ce qui s'y rattachait. En matière religieuse, on demeure fidèle à certaines règles primitives ; les instruments du culte, le costume des prêtres ont pu être fixés dès le principe. Mais les Grecs se sont faits les éducateurs des Romains ; ils ont créé des écoles pour le grand public, grécisé l'enseignement domestique ; tout ce qui est d'ordre vraiment intellectuel relève d'eux et conduit leurs disciples à des emprunts purs et simples. Le matériel scolaire, objets servant à écrire et à calculer, et du même coup les jeux de l'enfance — ceux de l'âge mfirà la suite — ; la trousse variée du chirurgien ; les instruments de musique en majorité ; les machines de guerre, attirail, dirions-nous, de l'artillerie et du génie ; les outils perfectionnés nécessaires aux artisans ; tout cela, pris en gros, est, souvent de provenance, au moins presque toujours de ly|)e hellénique. Les Romains se sont organisé des thermes
INTRODUCTION
à leur façon ; mais l'outillage portatif du baigneur, strigile, iioles à onguents, etc., n'en est pas modifié ; il reste grec, comme les objets de toilette.
La classe riche principalement s étant mise à la remorque de l'étranger, c'est dans le luxe privé que se montre d'abord l'empreinte exotique. Plus un article a de prix, plus il y a chance qu'il renie la tradition indigène. Par suite, l'imitation fait revivre, non pas la Grèce classique — qui réservait à l'État, aux fêtes et aux bâtiments publics le faste et l'apparat, une grande simplicité régnant encore chez les particuliers — , mais la Grèce hellénistique, où la vie de cour débordante et les usages orientaux ont éveillé plus danioiir du clinquant, plus de besoins dispendieux.
(ÀM'taines manières de se vêtir font scandale sous la République : puis, peu à peu, les méliances à leur endroit s'atténuent, disparaissent. La toge, costume otFiciel et national, se conserve, mais moins simple, moins étroitement serrée au corps, et les Graecult compliquent à plaisir l'art de la plisser et de s'y draper ; ils interposent entre elle et la peau la tunique grecque. Pallium, stola, chlamyde sont naturalisés. L'accoutrement des femmes fait songer aux figurines ioniennes de la dernière époque. Les accessoires peu utiles sont arborés par genre : la lîbule fait office de broche plus que d'épingle de sûreté. Le calceus n'est pas abandonné, mais on lui préfère les légères sandales helléniques. Pour le port de la barbe ou sa suppression, des intluences de même origine semblent encore avoir eu leur rôle ; à l'égard des chevelures féminines, la mode tournait si vite que la fantaisie seule paraît l'avoir gouvernée. La joaillerie, dont les Étrusques avaient la passion, leur assura au début un monopole auprès des Romains ; ensuite, pour trois ou quatre siècles, d'autres fabricants les supplantèrent ; le bijou estampé devint rare ; le filigrane trouva grande faveur ; le ton fut donné par les officines hellénistiques d'Antioche et d'Alexandrie. Le style local, dans la glyptique, s'elTace bien longtemps avant ri*]mpire ; les graveurs en rédigent dans leur propre langue les itiscriplions.
Il n'est pas jusqu'à l'accoutrement militaire, chez ce peuple romain, guerrier dès le berceau, qui ne doive beaucoup aux voisins de l'Est et du Sud. Le casque atlique, un peu modifié, est devenu le casque du légionnaire ; les jambières métalliques, réservées finalement aux chefs, sont encore un emprunt, et ces cuirasses historiées dont se parent quelques effigies impériales sont des cuirasses grecques.
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INTRODUCTION
l)an^i le mobilier, presque rien ne porte la marque i-omaine ; les lits reproduits dans les bas-reliefs semblent pareils à ceux des peintures de vases ; les sièg^es allectent toutes sortes de formes capricieuses, que les Grecs avaient créées ou prises en Orient. Pai-mi les tables et les supports divers, artistement sculptés, beaucoup ont ijardé, transcrits en latin, leurs noms dorigine, tout comme les mets qu'on y apportait, les plats, les vases à boire, dont les j^albes harmonieux sont autant de répliques.
On ne peut, dans les choses de la mariiu-. dL-lerminer avec certitude les analog^ies et les divergences. Les navires grecs ne nous sont connus, en dehors des textes littéraires, que par leurs représentations, schématiques et minuscules, sur les vases peints. Kuxmêmes doivent peut-être beaucoup aux modèles tle (Chypre et de la Pliénicie : dautre part, les bâtiments étrusques, très mystérieux pour nous, étaient en contact avec les escadres siciliennes el puniques. Les intluences. unilatérales ou réciproques, sont insaisissables. Kn tout cas. les Homains iTont été en navigation que des élèves, el la maîtrise des mers les a lardixement intéressés.
L'Unenl. lùjijplc cl Asie. — On peut lrou\er étrange que nous parlions si lard de-; influences orientales, qui dhabitnde se classent en tète dans tout e\j)Osé chronologique. Mai< |)our les élémenls de culture qu'elles onl prodigués à l'Italie, aux premiers temps de son histoire, se pose l'obscure et grave question des intermédiaires. Les Mtrusques. dont on se demande toujours (juel fut le premier habitat, avaient dans leurs bagages d'émigrants une pacotille très bigarrée ; même une fois transplantés, ils ont dû connaître encoi-e j)lus d'un secret nouveau de source asiatique, ne fût-ce (|ue par leurs relations avec le commerce phénicien. C'est peut-élre parcelle dernière voie que l'art romain de la bâtisse s'ajipropiMa des procédés précieux : la concrétion on blocage el mortier dé chaux, le béton, les formes cintrées en bois pour la construction des voûtes. Les (irecs eux-mêmes, 1res anciennement, avaient obtenu de l'Orient bien des i-ecetles. Dansées monarchies absolues, où la main-d'(cuvre docile abondait et on le système des casles aidait aux profjrès techniques des méliers. nombre d'industries avaient pris naissance et déjà allcinl à une haute perfection, avanl (|ue la (irèce classique n y ajoutât ses propres talents ; citons l'orfèvrerie, la broderie cl le tissag-e. l'apprél du cuir, la façon des métaux, des pierres lines, de l'argile el flu verre, la mosaïque. .Mais ce sur quoi il nous faut insister, c'est sni- les cnseignemenls venus de ces eonlrée- e
INTKODLCTION
sur les engouenieuls qui surgirenl, du jour où 1-îome entra par elle-même en relalions régulières avec le bassin orieiilal de la >fédilerranée, et principalement sous l'Empire.
Or — nous ne croyons pas exagérer — ce qui séduisit le plus les Uomainsdans l'hellénisme, religion exceptée, cesl ce qui,' dans son contenu, n'était pas grec. Les affinités électives sont très reconnaissables ; la Rome conquérante se ti'ouve en accord de tendances avec ces ambitieuses dynasties d'Asie et d'Afrique ; la somptuosité l'impressionne, ainsi que le colossal. Dès la fin de la République se marque un vif penchant pour le genre alexandrin, qui incline à forcer l'effet par l'exagération de la parure. Dans des banquets fastueux circule la riche vaisselle de métal, si répandue dans la cité du Delta, et l'on y fait, suivant le même modèle, une débauche de victuailles, de fleurs, de parfums, plus que d'esprit attiquc. \'ers le même temps commence en peinture le troisième style, tout naturaliste et où l'on se plaît à représenter la faune et la végétation des bords du Nil. Le goût du portrait individuel, inné chez les habitants de l'Italie, ne l'est pas moins chez les l^gyptiens.
Il était naturel également à l'.Assyrie et aux régions éclairées de son rayonnement. Plus encore que l'I'gypte, l'Asie eut sur Rome une action durable, action renforcée par le contact qu'établirent (les guerres fréquentes. Les rapports avec la Syrie, poste avancé de la Mésopotamie, avaient vulgarisé le décor en relief peu ressenti, l'habitude de creuser le marbre à la virole. Les expéditions j)lus lointaines du n"" siècle ont dû familiariser les entrepreneurs avec la |)ralique mésopotamicnne de la construction voûtée en briques cuites, qui dès lors prévaut, associée au conglomérat en blocage et mortier. Plus aisément que la pierre de taille, elle permet d achever, dans un court délai, des édifices immenses, comme ces demeures princières leurs prototypes, el conçus très réellement ■ pour la façade », car ils ont plus de largeur (pie de pi'olondeur el une baie grandiose s'ouvre au milieu de leur déploiement. Sous les Sévères en particulier, temples, thermes, palais sont des masses puissantes et compliquées, aux salles démesurées, de hauteur gigantesque, surchargées de statues et d'un décor factice, incohérent ; la beauté des formes ne compte plus devant la richesse fies matériaux. Qui pénétrait à l'intérieur y voyait venir, portés en litières
~ tels des satrapes — , des gens velus de fines ctolfes à galons et à franges, parfois d'habits à manches, toutes choses orientales, et rouverts, non seulcmenl de broderies, mais de bijoux à la mode
XVIII INTRODLCTION
de Palmyre. où la finesse du travail était remplacée par lahondance, la qualité rare et la taille exagérée des gemmes. Mobilier à l'avenant : tables, coffres et sièges incrustés, vases sertis de pierres précieuses.
Un autre rapprochement entre Romains et Asiatiques nous est suggéré par l'amour commun du paysage, beaucoup moins vil" chez les Grecs. Il a fourni un cadre aimable, une ambiance inédite, aux scènes mythologiques retracées au pinceau sur les murs des riches appartements. Aussi bien la vie rurale, telle que la règlent ou la décrivent les agronomes, trahit-elle une influence positive de l'Orient sur les fermes d'Italie : et les grandes villas de plaisance, qui charment nos regards dans les fresques et les reliefs de stuc, ressemblent trait pour trait aux paradis assyriens.
Assyrien encore le style historique. Sans doute, à Rome même, cette forme d'art témoigne d'un essor spontané ; mais nous verrons qu'elle s'épanouit et se dégage du symbole précisément à l'époque où Trajan conduit les armes romaines au ccKur des vieilles monarchies. Alors le récit en images se fait plus détaillé, plus précis, déroule des panoramas, des scènes de carnage et entasse les figurants. C'est un retour à de vieux thèmes exploités mille ans plus tôt.
Deux voies se sont offertes pour ce cheminement dlî^st en Ouest : la Syrie et l.Anatolie. Dans ces contrées intermédiaires, de nouvelles techniques sont nées ; elles se répandent au dehors. La Syrie inaugure une sorte de baroque, une magnificence lourde ; elle affiche un sens théâtral de la construction, qui montre d'où proviennent les architectures exubérantes du quatrième style campanien, comparables, par leurs lignes maîtresses, aux portiques rupestres de Petra. En même temps, nous surprenons une conception toute spéciale du décor, recherché pour lui-même et abstraction faite de l'édifice. Le répertoire ornemental évolue, redevient géométrique et stylisé ; aussi se prête- t-il à l'incision, à une sorte de ciselure sur pierre, très favorable aux recherches de colorations.
Quant à l'Asie Mineure, certains de ses roitelets, en regardant vers TLst, jirirenl la manie du grandiose, si manifeste à Pergame. Le grand autel de cette cité explique en partie les proj)orlions de VAra Pacis et les trophées d'armes, amoncelées en désordre sur ses balustrades, sont passés tels quels sur les bases de la Colonne Trajane. L'emploi journalier de l'arc en .Asie est h l'origine d un parti architectural . le tympan échancré en demi-cercle, caractéristique
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(les écoles analolieunes, et Iransporté de là en OccideiU, car on le retrouve à Spalato et jusqu'en Gaule. Rome ne doit donc pas moins à l'Orient qu'à la Grèce, pour ne rien dire des dieux qu'il fit accueillir, avec un enthousiasme moins universel, malgré tout, que la J'axeur accordée aux dieux de l'Olympe.
Les régions d'Occident. — Cette fois, pour rappeler a distinction énoncée ci-dessus, c'est (^éléments surtout, d'influences fort peu, que nous devons parler. Rome a donné ou transmis aux civilisations arriérées de ces pays bien plus quelle n'a reçu. Assurément, diverses désignations d'objets, toutes géographiques, ou qui laissent apparaître l'idiome étranger, attestent quelques emprunts en sens inverse du grand courant général. Parla, il nous est prouvé qu'on adopta en Italie certaines pièces de l'habillement, qui étaient d'usage en Gaule pour petites gens ou campagnards, et plusieurs types de véhicule imaginés par cette nation. Mais de tels faits sont exceptionnels.
La vraie question à résoudre serait de délinir les caractères signalétiques des ditFérentes provinces de l'Empire, ou, lecas échéant, de certains districts '. Pour celles d'Orient, la lâche est relativement légère ; nous avons noté des caractéristiques frappantes, et d'autres ont une importance telle quelles mériteront, dans le corps même de notre livre, des explications moins abrégées. A l'égard des provinces d'Occident, ce genre d'enquête est à peine ébauché. La description attentive des monuments d'Algérie par M. (jsell ne s'accompagne d'aucun résumé ainsi entendu. Pour la zone danubienne, des travaux de détail ont porté principalement sur la technique du métal et de l'orfèvrerie, dont les ouvrages d'un rude aspect font penser aux produits du haut moyen âge. De l'Espagne il a été dit très justement - que les Grecs seuls y avaient pu stimuler l'activité des indigènes ; livrée à elle-même après leur départ, l'industrie ibérique n'aboutit qu'à une gauche imitation des Romains.
.\ une autre extrémité de 1 Empire, la liretagne conserve des traditions. L'ne imporlalio!! considérable les submerge et, sauf dans les villages écartés, c'est une sorte de cK'issique inférieur qui prédomine. Toutefois quelques particularités se maintiennent dans l'habitation, et l'on constate dans les fibules, les reliefs de pierre,
1. I-^ii ce ((ni cuncoino la cunsliuclion, quelques mots en smit dits plus loin, |). 28-29. \isant suiloul rilalie et l'Orient qui oîif été flinanlaiie étudié.? à ce point de vue.
i. P. Paris. Essai sur Inrt cl I iiitlnslrie ilr iEspiijiiu' priniilive, l^aiis, l<»Oi, S'. II. p. :50'» et sui\ .
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OU sur les poteries du cru. des restes s|)oradiques de laucieu art celtique, vigoureux, fort peu réaliste, indifféreut à la figure humaiue. plus curieux des animaux et des plantes, épris de la spirale et des formes fantastique.^ '.
Le celtisme. beaucoup moins pur, des Gaules n"a. au rebours, point contrarié une observation de la vie réelle, dont la sincérité compense un « métier » très inférieur. D'autre part, la grande étendue du pays n'y permettait point l'uniformité. Dans le Sud-ICst la colonisation grecque, précoce et prolongée, valut à la construction une élégance, un fini remarquables. Par ailleurs, A. Ghoisy '^ a relevé des singularités locales dans les procédés matériels : ici, c est la voûte par arceaux juxtaposés ; là, des hypogées rampants par berceaux étages ; ou i)ien c'est un emploi systématique des pierres de petit échantillon ; un parti sans analogue dans les proportions respectives de larmature et du blocage. Autant de faits notables sur lesquels néanmoins nous ne pouvons nous apj)esantir dans un Manuel.
De toutes ces constatations, nécessairement assez superficielles, une conclusion se dégage. En dehors de l'Italie, les ouvrages les plus « romains » d'aspect sont ceux de caractère officiel, ceux qui servent aux agents de la métropole ou qui exaltent sa puissance : ilans ce qui demeure municipal, dans ce qui est réservé aux usages privés, subsistent plus habituellement les traits ethniques et régionaux. Tout comme les philologues admettent, dans le parler des temps hellénistiques, l'existence d'une koinè, dominant les dialectes isolés qui évoluent à part ; de même, nous reconnaissons le fait d'une civilisation d'empire, dominant aussi ses emprunts, introduisant presque partout des formes renouvelées ou neuves, qui lui sont propres, mais présentant d'un milieu à l'autre des nuances plus ou moins accusées. On peut la caractériser par la formule : I nilé et Diversité .
1. F. Haverlield, The Hotnanizalion of Hoinun lirilain, '2° ci\.. Oxfurcl, 1912. S", p. 30-17 ; Ici. et Stuarl Joncs, Soine Représentative Examples of Rntnanoliritish Sculpture Journal of Itnman Stnilie.s. M [1912]. p. r2l-i:i2. pi. iv-ix
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