CHAPITRE VIII
Sommaire. — I. Théâtres. — IL Odéous. — IIL Aniphitlicâtres. \y. Cirques. — V. Stades.
Le goût des Romains de Rome pour les représentations du théâtre, de l'amphithéâtre, du cirque est trop connu pour qu'il soit utile d'y insister. Il n'est pas superflu, pourtant, de faire remarquer que les pays soumis à la domination romaine, où ces représentations s'étaient introduites peu à peu à la suite de la conquête, s'y complaisaient autant que la capitale elle-même, non sans quelques différences de détail, qu'on a déjà signalées ' et qui ont leur importance pour la répartition des dilîérents édifices où les spectacles se donnaient. En Italie, la vogue semble avoir été surtout aux combats de gladiateurs, bien plus qu'aux représentations scéniques : le jeu du cirque, par suite d'une interdiction édictée par Auguste, vers l'an 4 av. J.-C, qui ne semble pas avoir été jamais rapportée, n'étaient pas fréquents. Dans les villes italiennes on doit donc rencontrer surtout des amphithéâtres, moins de théâtres et presque point de cirques.
En Gaule, les gladiateurs avaient aussi la faveur du peuple ; le nombre des amphithéâtres dont on a gardé la trace est important. Quelques-uns dentre eux, d'ailleurs, semblent avoir été aménagés de façon à pouvoir en même temps servir de théâtres, la scène y étant établie aux dépens d'une partie de la courbe des gradins. C'est le cas des Arènes de Paris ^ et du théâtre de Drevant ^.
En Espagne, les amphithéâtres avaient moins de partisans que les cirques; c'est en l'Espagne qu'ont été découvertes les principales mosaïques où sont représentées des courses de chars.
\\n .Afrique, le nombre des théâtres dépasse celui des anipiii-
1. (J. ToUer. De siicclaculis, renis. ilislrihiilioniliiis iii muniripiis niiniinis Occidentis, iinpemlorum arliite exhil)i(is, .\ltcnl)nig, lS89, 8*.
2. De Pachlerc, Paris à l'époinie iiatln-niinaine. Paris, 1912, 4", p. 78.
3. liull. arch. du Comité des travaux Itistoriiiues, 1906, p. 6-i.
théâtres^ de même que, dans les inscriptions, les scaemci ludi sont cités plus souvent que les jeux de gladiateurs. Les ruines de cirques sont rares dansJe pays, en dehors des villes de la côte.
Dans les régions danubiennes, les agones à la mode grecque remportent sur les autres spectacles, surtout sur les jeux du cirque. II en esta peu près de même en Asie Mineure : les ruines des villes nous montrent surtout des théâtres, fort peu d'amphithéâtres et pas de cirques. Ces deux derniers monuments sont remplacés par des stades '. Les inscriptions mentionnent souvent des jeux athlétiques, des luttes de gladiateurs et surtout des chasses.
sj L — Théâtres .
Les Romains ont commencé assez tardivement à construire des théâtres monumentaux. Pendant longtemps, lorsqu'il y avait lieu de célébrer des jeux accompagnés de représentations dramatiques, on établissait chaque fois, dans le cirque ou à côté d'un temple, une scène de bois, destinée à disparaître, la fête terminée ; les spectateurs se groupaient soit sur la place qui précédait la scène, soit sur la pente douce d'une colline, lorsque l'on pouvait choisir un emplacement de cette sorte. Le premier théâtre complet, en bois, ne remonte pas plus haut que l'an 150 av. J.-C, et le premier théâtre en pierre fut celui que Pompée fît élever sur le modèle du théâtre de Mytilène ^. On s'expliquera facilement par là comment le théâtre romain présente avec le théâtre hellénistique de grandes ressemblances, bien qu'il entre aussi, dans le plan comme dans l'aménagement du premier, des éléments inconnus à la Grèce '.
\ itruvc a très nettement indiqué les difTérences qui existent entre un théâtre grec et un théâtre romain "'. Chez les (irecs, l'action se passait, partie sur la scène, partie sur la plate-forme de
1. Kuseb., Hisl. ceci.. IV, 15, 16 et suiv.; cf. Sorlin-Dori-rn} . dans le Dicl. (les Ant.de Saj^lio, au mol Slndinm. p. I i35.
2. Cf. Fr. W'ieseler, Thenlert/ebUiKle iind Denlimiiler des liiihnenwespns. Gf'ittingen, 1851, 1° ; H. Arnold. Der altroni. TheaterijebUnde. W'ûrzburg, 1873, t" : Durm, BniiUunst der lioiner, p. 615 et suiv.; O. Navarre, dans le Dicl. des Anl. de Saj^lio, au mol Thealrum: J. Fornii(;é, Heinarques diverses sur les IhéAlres romains [Mèm.ftrèsenlés pur divers savants à l'Acad. desinscr.. XIM, 1914, p. 25 et suiv.).
'.. Flul., Pomp., i2.
1. Cf. à ce sujet Navarre, dans le iJicl. des Anl. de Saglio, \', p. 1<I2.
.. y, 6 et 7.
l'orchestre: les acteurs occupaient la scène; les chœurs, l'orchestre où ils évoluaient. Chez les Romains, dont les pièces de théâtre ignoraient les chœurs, l'orchestre n'avait plus la même utilité, et toute la pièce se jouait sur la scène. De là, des convenances de proportions fort différentes : dans les théâtres grecs la scène pouvait être assez restreinte, mais l'orchestre exigeait un grand développement ; chez les Romains la scène pouvait être plus large el l'orchestre moins étendu : ce qui se traduit par des tracés distincts.
L'orchestre grec était presque circulaire : l'orchestre romain était seulement demi-circulaire, la ligne antérieure de la scène formant le diamètre de la circonférence ; sa profondeur, dans ce cas, devenait égale à la moitié du rayon, c'est-à-dire à la moitié de la profondeur de l'orchestre.
Vitruve nous a transmis les préceptes qu'on suivait pour établir le plan d'un théâtre romain fig. 91). On traçait une circonférence
MJ
Fip. 91. — Tracé d'un Ihéalie romain, d ajin-s \'itruvc.
et dans le cercle ainsi obtenu. R. on inscrivait quatre triangles équilatéraux dont les sommets partageaient la circonférence en douze divisions. I/espace compris entre la base A B d'un des triangles et le diamètre parallèle constituait la scène ; les sommets n, Ij, G, d, e, indiquaient les points d'où partaient les différents escaliers par où l'on accédait dans la salle. Le mur extérieur de Tédifice était construit plus ou moins tangent au point I) et l'es-
pace compris entre ce mur et laligne'A B formait les dépendances de la scène ' .
La salle (caveai se composait d'une suite de gradins en hémicycle qui entouraient l'orchestre. Ces gradins se succédaient sans interruption dans les théâtres peu importants ; dans les grands théâtres ils étaient divisés en plusieurs séries par des galeries circulaires appelées praecinctiones ; ces passages s'étendaient en avant de murs de séparation, nommés baltei, qui empêchaient de pénétrer librement d'une section du théâtre dans l'autre. Une clôture de cette sorte courait pareillement en avant du premier rang de gradins, tout autour de l'orchestre. Pour accéder de celui-ci dans la salle, il fallait passer par des portes aménagées dans le balteus inférieur, de même qu il en existait dans les autres, que l'on était obligé d'emprunter si Ion voulait circuler du haut en bas de lédifice. Ces difTérentes sections du théâtre avaient reçu le nom de maenianum. Le dernier rang des gradins était souvent surmonté d'un portique, où Ion pouvait se tenir debout pendant la représentation et qui offrait un refuge en temps de pluie.
Les différents étages de gradins, les maeniana, étaient euxmêmes divisés en tranches, que leur forme a fait dénommer cunei, par des escaliers rayonnants autour de l'orchestre. Nous avons expliqué que, pour le premier maenianum, le pied de chacun de ces escaliers partait d'un des sommets des triangles équilatéraux inscrits dans le cercle générateur du plan du théâtre. Ces escaliers, au nombre de sept dans les grands théâtres, se continuaient du haut en bas du monument ; mais en outre, pour le second maenianum, il arrivait souvent qu'on établît une série d'escaliers supplémentaires à mi-intervalle des précédents: le nombre des places augmentant, par suite du plan même de lédifice, à mesure qu'on s'éloignait de l'orchestre, il était naturel d'en faciliter l'accès en doublant le nombre des escaliers. Les numéros des maeniana et des cunei, combinés avec ceux des rangées de gradins, servaient à préciser les différentes places du théâtre.
L'orchestre, chez les Homains, n'étant plus réservé aux évolutions du chceui", était ouvert aux spectateurs, mais aux spectateurs
1. Voir les plans comparés de ditTércnls Ihéàtrcs dans \\'ieseler, op. cil., pi. A etdans A. Carislie, .Monuments anti(iiies àOranfje. Paris, 1856, grand f", p. 53 et suiv., cf. pi. .\i,i. Nous donnons ici quatre spécimens (fig. 92 à 95, voir aussi 9~ et 99). ■
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Fig. 02 et 03. — Tliéiitif de l'ompi-i cl Ihéàire dOrange.
Fi(,'. 9J et 9j. — Théâtre de Timgad et lliéàtie de Bosra. Mam'ei, n'AncHF.oi.nr.in iiomaim;.
de marque. A Rome même on n'y admettait que les sénateurs ', tandis que les chevaliers occupaient les quatorze premières rangées de gradins de la salle. Dans les villes de province on faisait asseoir dans lorchestre les décurions et les personnages d'ordre sénatorial, fixés ou de passage dans la ville au moment de la représentation. Aussi le fond de l'orchestre était-il garni de larges eniniarchements, destinés à recevoir des sièges mobiles. Il semble, d'ailleurs, que la plus grande partie de lorchestre, celle qui avoisinait la scène, restât libre : la preuve en est qu'elle est souvent pavée de marbres précieux ou de mosaïques que le contact et les mouvements de chaises, même en bois, auraient endommagés; en outre, trop près du mur de la scène, on n'aurait vu que diftîcilement ce qui se passait sur le théâtre. Ajoutons que dans certains théâtres, à Pompéi par exemple, le centre de lorchestre était occupé par des bassins ^.
Plus honorables encore que les places de l'orchestre étaient les loges (</77»U7Ja /ta) placées au-dessus des entrées latérales qui donnaient accès à l'orchestre. A Rome c'est là que siégeaient l'empereur et sa famille, les \estaleset les magistrats qui donnaient les jeux •'.
On pénétrait dans la salle soit par la partie inférieure, soit par en haut, suivant la façon dont le théâtre était construit. On sait, en elfet, que, à l'exemple de ce qui se passait en Grèce, un certain nombre de théâtres romains étaient taillés dans une colline : toute la cavea en pareil cas était établie aux dépens du monticule; disposition qui avait le grand avantage d'assurer la solidité de l'édifice et de diminuer considérablement les frais de construction. Ainsi sont bâtis les théâtres de Pompéi, d'Orange, de Timgad, de Dougga en Afrique, d'Aspendos en Pamphylie, d'Amman en Palestine.
liln pareil cas, le public entrait par les deux côtés de lorchestre et montait de là jusqu'aux places d'en haut ; de plus il pouvait aussi, d'habitude, accéder par une rue en pente à la partie la plus élevée de la cavea, au portique qui la couronnait, d'où il redescendait dans les diirérenles sections de la salle. Au théâtre de Dougga, le mur de la galerie supérieure était percée de cinq portes; celle du milieu, plus importante, existe encore aujourd'hui '.