CHAPITRE XII
SoMMAiHE. — l. La défense des fi'ontières. Le limes iinperii. — IL Camps. IIL Casernements. — IV. Pi^ieiorium. — V. Fossés. — VI. Casernes.
Pendant la lonj^ue période où les Romains, entraînés chaque jour à de nouvelles opérations militaires, étaient obligés de tenir tous les ans la campagne, d'abord en Ualie, puis en Occident ou en Orient, souvent des deux côtés à la fois, les armées en marche s'enfermaient soit pour une nuit, soit pour quelques jours dans des camps construits à la hâte ; quand ils devaient y séjourner 'plus longtemps, par exemple pour un siège ou pendant la mauvaise sai" son, les soldats apportaient plus de soin à l'établissement de l'enceinte fortifiée et employaient, pour la construire, des matériaux moins périssables. On conçoit que des fortifications de cette nature ne nous aient laissé que fort peu de souvenirs sur le terrain. Nous pouvons citer, parmi les traces les plus importantes de camps passagers qui aient été rencontrées, celles du camp de Mauchamp sur l'Aisne, établi par César en 57 av. .1 .-C. , et celles que M. Schulten croit avoir retrouvées à Numance ; elles remonteraient au fameux siège que cette ville eut à soutenir au temps de Scipion ilmilien '. La grandeur de ces camps de marche dépendait naturellement de l'importance des armées qui devaient s"y retrancher.
i; P' . — Lh défense des frontières. Le limes imperii.
A partir de l'empereur Auguste les troupes devenues permanentes furent massées aux frontières de l'empire romain. On les caserna
1. Quant aux enceintes, nombreuses en France, qu'on a appelées et qu'on appelle encore « camps de César », on a reconnu depuis longtemps qu'elles ne sont point romaines ou remontent tout au plus à la (in du iv* siècle de notre ère. Sur cette question, voir, i)ar ixem|)le, De la Noë, Principes de lu fortification antique. Il fortification romaine) (Extrait du liiiUrlin de (]éo<ir. histor.et descriptive. 1H89. n" ii.
LA DÉFENSE DES FRONTIÈRES. r.E " LIMES IMl'ERII ^> 251
dans une série de forts, solidement établis, en vue dune occupation prolongée. Ces différents forts se reliaient entre eux pai' des voies militaires ; ils étaient protégés par des lignes de défense qui variaient suivant les pays ' .
A la limite de la Germanie romaine, la frontière se caractérisait, partout où elle n'empruntait pas le cours d'un fleuve, par un retranchement continu de hauteur moyenne, en avant duquel était creusée une tranchée. A quelques centaines de mètres en arrière s'échelonnaient des fortins et des tours qui se succédaient à des distances variant de 8 à K» kilomètres sur le Mein et atteignant jusqu'à 18 kilomètres sur le Rhin inférieur-. Les tours étaient surtout destinées à l'emploi des signaux de feu. Du côté de la Rétie, depuis Lorch jusqu'au Danube, dont il suivait parallèlement le cours jusqu au nord de Pfitring, le rempart se composait d'un mur de pierres sans fossé ; on a trouvé de ce côté moins de fortins et presque point de tours à signaux.
En Bretagne, la défense était organisée différemment '. Le vallum d'Hadrien se présentait sous la forme d'un mur de 110 kilomètres de long avec fossé extérieur, protégé contre les attaques à rovers par deux retranchements en terre, élevés de part et d'autre d'un même fossé. Le mur mesurait 1 m. 50 environ de largeur et 5 mètres de hauteur ; le fossé était profond de 4 mètres. Les fortins, défensifs, distants de <i kilomètres et demi, sont exactement appliqués contre la muraille; quelques-uns faisaient même saillie au dehors. Kntre chacun d'eux s'échelonnaient des fortins plus petits, à un mille environ lun de l'autre. Le rempart d'Antonin formait un remblai de terre, large de 5 mètres en moyenne à la base, reposant sur un pavement de pierre et haut de 1 m. 25 ; en avant courait un fossé de 5 mètres de profondeur. Ce rempart était protégé tous les
1. Cafîiiat. Les frontières luililnires de l'ICinpire romain yJournal des Savants. l'.toi. p. 29 et puiv. el Dict des Ant. de Sa};li<). au mot /.("me.s; Knrnemann. Die neusle Limesforschuny Klio. 1907, p. T."? ol suiv. . Cf. la bibliographie qui accompagne ces articles.
■'. A. Cohausen, Der rom. Grenzwall in Deutschland, \\'iesbaden. 1884.4°; De la Xoë. o[i. cil., p. 80 cl suiv. , O. von Sa^^^e^• et F. Hettnor, Der oher- (jermanish-riilische Limes (encoursdc publication ; Der riim. Limes in Oesterreich, Vienne, in-i" ien cours de publication.
3. Bruce, The lioman Wall, a Description of the Mural Barrier of llie \orlh of England. Londres. 2' éd.. 1867,4'': The Anlonine Wall Heporl... madeunder the direction of the Glascoir Archaeoloffical Snciettf : Glascow, 1899, 8°: G. Macdonald, The lioman Wall in Scolland. Glascow, 1911, H" : Toulain. La Bretaffne romaine yJournal des Savants, 190S, p. «57 et suiv.).
25î2 XII. LES CAMPS ET LES DEFENSES DES FRONTIERES
deux kilomètres et demi par des fortins et, de loin en loin, par des tours de guet.
La Dobrudja ', de Rassowa à Kustendjé, était fermée par trois retranchements à peu près parallèles, un petit rempart de terre, un grand rempart également de terre et un mur de pierre, qui se sont, sans doute, remplacés Tun Tautre. Le grand rempart de terre est une levée, large à son sommet de "2 mètres et comprise entre deux fossés profonds ; de loin en loin on v avait aménagé des passages. Le mur en pierre, haut de 3 mètres, est précédé, lui aussi, du côté du Nord, d'un fossé. Comme en Germanie et en Bretagne des fortins complètent le système de défense.
En Afrique, ily avait, d'après le Code Théodosien, un fossé à la limite des possessions romaines officielles ; on en a retrouvé sur divers points des traces certaines, ainsi que du rempart, en terre ou en pierre, qu'il protégeait, comme aussi des postes fortifiés et des tours à signaux qui le commandaient-.
Ces forteresses de la frontière, les importantes comme les petites, offrent une grande similitude de plan ; elles reproduisent fidèlement les dispositions adoptées pour l'établissement des camps romains, qui se sont maintenues sans changement essentiel à toutes les époques ^.
§ II. — Camps.
Nous connaissons les camps de l'époque républicaine surtout par Polybe^. Il n'est pas inutile d'en indiquer brièvement le tracé, non qu'il y ait chance pour les archéologues d'en retrouver jamais l'application sur le terrain, mais parce que c'est le type duquel sont dérivés les camps de l'époque impériale.
Le tracé des camps était soumis aux mêmes règles rituelles que celui des villes^. L'enceinte était carrée; le front regardait le
1. J. Michel, Mém . des Antiquaires de France, XXV. p. 215 et suiv. : C. Schuchhardl. Arch. epiç/r. Millh., 18S5. p. 8" et suiv.: Gr. G. Tocilesco, Fouilles et recherches archéologiques en Houmanie, Bucarest, 1900, i", p. 145 et suiv.
2 Ca;;nat, Armée romaine d'Afrique (2' éd.), Paris, 1913. l', p. 547 et
3. Mar(iuarcit. Organisation militaire, p. 109 et suiv. (d'après Nissen\ p. 351 et suiv. ; Masquelez, dans le Djc<. des .4n<. de Saglio au mot Castra: Stuarl Joncs, Companion to Homan History, p. 226 et suiv.