RICHESSE DL" PANTHÉON ROMAIN
nous font connaître beauconp d'idoles que sétaieiit forgées les populations celtiques et auxquelles restèrent lidèles leurs héritiers devenus sujets romains. Les conquérants, Jules César eu tète, ne se firent point faute de tenter à ce sujet des assimilations comme celles que la mythologie grecque avait permises, et pour quelques divinités ils y parvinrent aisément ; mais d'autres se prêtaient mal à de tels rapprochements, ou même s'y refusaient : telles les divinités topiques. Malgré de longues recherches, la religion de ces contrées nous est encore très mal connue. Nous n'en pourrons traiter que sommairement ; le gallo-romain est un domaine mixte où les celtisants seuls travaillent vraiment à l'aise. Au surplus, les monuments figurés n'y relèvent guère de la statuaire; on y rencontre surtout de médiocres petits bronzes, ou des reliefs grossièrement taillés dans une ingrate matière, et beauconp ont un caractère assez énigmatique.
6" Enfin, malgré l'emprise du génie grec et l'influence de ses créations si vivantes, si opposées au symbole figé, le goût des Romains pour l'abstraction personnifiée se marqua, même à la basse époque, par quantité d'allégories qui se firent place dans le culte et dans les arts plastiques. Les Grecs n'avaient pas entièrement ignoré ce genre de divinités : ils révéraient Ploutos, Tyché, etc., mais c'étaient là, chez eux, des exceptions. La Fortune, le Hasard, l'Equité, l'Eternité, l'Honneur, la Concorde, l'.Abondance, la Liberté ne prêtaient pas à la légende ; aucune ne pouvait avoir son histoire comme les forces naturelles. Aussi ces divinités abstraites gardent-elles une identité bien vague et incertaine; nous n'en avons guère une idée, une faible idée, que par les effigies des monnaies où elles trouvent place. D'habitude leur nom est indiqué en exergue ; mais en l'absence de cette donnée on hésite entre bien des interprétations diverses, que semble justifier pareillement l'extrême monotonie des attributs.
>; II. — Divinités (l'origine if al if/ ne.
A. Divinités agrestes. — Le peuple romain, à ses débuts, était avant tout un petit noyau de rudes campagnards. Aussi les divinités de nature agricole ont-elles un rôle prédominant dans son panthéon primitif: du nombre était Tellus Mater '. devenue plus tard Terra
1. Hild, au iiKil Tellus dans S.igliu, Dicl. îles .\nt.: .\. Dii-loricli, Uiiller Erde, Leipzig, 191.'^, 8". j). 7.1 cl siiiv.
Mater. Elle n'échappa point à la contamination, quand ses dévots eurent appris à connaître la Gaia des Grecs; toutefois elle conserva un caractère moins philosophique, plus vulgaire, et surtout elle ne semble pas avoir jamais pris un aspect chthonien ; les représentations que nous en avons n'ont généralement pas perdu les traits originaux '. Si la Telliis de V Ara Pacis "^ lient des enfants dans ses bras, comme la Gaia Kourotrophos hellénique, à ses pieds sont une génisse et une brebis et des végétaux l'entourent, tout cela rappelant les faveurs qu'elle prodigue à l'humanité (fîg. 311). Ce dernier caractère s'est toujours affirmé ; une statue trouvée à Rome •* pourrait passer pour une Cvbèle, n'était le groupe d'animaux, porc, brebis et taureau, qui fournit l'identification. Sur les monnaies d'époque impériale, Telliis est devenue une sorte de Nymphe, drapée à mi-corps, couchée, le bras gauche reposant sur une corbeille et entourant un arbuste ou un cep, la main droite appuyée sur un globe étoile; dans le fond de la scène, i(uatre jeunes filles, allégorie des saisons.
Nous devons une mention toute spéciale au Saturne romain (dieu de l'abondance), parce qu'à côté du Krouo.s grec, dont un Saturne nouveau se fit l'héritier '', cette vieille divinité agricole persista et garda, même chez les lettrés, l'essentiel de son caractère initial. Hésiode avait mis aux mains de Kronos la harpe, instrument de la mutilation que celui-ci lit subir à Ouranos; dans Virgile ce n'est plus que la faucille du divin moissonneur, l'emblème de ses fonctions aux champs ; les représentations grecques ne semblent pas l'avoir conservée ^', et néanmoins elle se retrouve dans la peinture de Pompéi ^ qui montre Saturne debout, drapé dans une toge qu'il a relevée sur sa tète, et la serpette en main. Les monnaies de la République et de l'Empire, gravées parfois à son effigie, lui maintiennent sa signification primitive de divinité aiîricole ' .
1. Kxcepliuii (Jciil (•tre faite cepoiiclant |)i(ur la statuette- du l'alais di-s Conservateurs, acconipaf^uée de la dédicace Terrai' M.ilri et l(>j;ée dans un êdicide (Saglio, loc. cit., fÏK- 6780 , (jui en fait une Ijanale divinité trônant, avec le sceptre et la paiera.
'i CA'. plus bas, chapitre ^'^, ,!i iv.