‹ Manuel d'archéologie romaineChapitre 253 sur 509 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

SiiMMAiHE. — I. Richesse du Panthéon nimain. — II. Divinités d'origine italiqvie. — III. Divinités d'origine hellénique. — IV. Divinités d'origine orientale. — y . Divinités celtiques et gallo-romaines. — XI. Allégories divinisées. — Vl]. Attributs principaux des divinités.

!î F"". — Richesse du Panthéon romain '.

Le Panthéon romain fut le plus librement ouvert du monde antique. Rome témoignait, en matière religieuse, d'une extrême largeur d'esprit. Il lui arriva, sans doute, de prendre des mesures de police contre les sectateurs de telle ou telle divinité ; comme le Christ, plus d'une idole orientale connut les rigueurs auxquelles l'autorité savait se résoudre quand l'ordre public lui paraissait en jeu ; mais ces rares exceptions confirment la règle de son absolu libéralisme. Les nombreuses populations sur lesquelles s'étendit l'empire conservèrent leur? cultes particuliers et beaucoup d'entre eux furent adoptés par la métropole. Voici les divisions qu'on peut établir dans ce prodigieux ensemble que forme la mythologie romaine. L'ordre chronologique est le meilleur.

1" Rome connut d'abord nombre de di\inilés sans physionomie précise; leurs attributions étaient nettes, leurs figures indistinctes. Toutes celles qui jouaient un ri")le dans les indicjilamentas beaucoup, comme -4/jnc< Perenna, Lihilina, Fehris,e{ combien d'autres, qui étaient l'objet d un culte, avaient leurs autels, ou même leurs temples, restent pour nous desimpies entités abstraites, l'.lles commencèrent d'être vénérées en un temps où les grossiers paysans du

I. Il n'a été publié aucune Mythologie figurée de tout le monde romain. Mais cet ouvrage existe en fait, par morceaux, éparpillé dans les nombreux articles des deux répertoires presque achevés : le Dirliunnaire des In/if/u/7es de Saglio et le Lexikon de Roscher. Tout renvoi pur et simple, dans le présent chapitre, à ces deux ouvrages, ou à la Real-Knci/clopUdie de l'auly- W'issowa. vise l'article dont la rubrique reproduit exactement le nom de divinité cite dans le texte : sinon la léféreuce est précisée. Pour les diviiiilés d'origine hellénique, on pourra également recourir à la (iriechische Kunstmifthologie d Overbeck 1871-188;»;.

RICHESSE Df l'ANTHÉON ROMAIN 381

Latium ne cherchaient point encore à donner forme humaine à leurs fétiches; sil en est dont ils taillèrent ou peignirent limage, de ces monuments si anciens rien nest venu jusqu'à nous; nos données sur ce sujet sont toutes littéraires, et nous n'avons pas à en tenir compte dans un ouvrage entièrement consacré aux monuments figurés. Pourtant il est des divinités foncièrement romaines dont nous possédons la figure: ce sont celles dont nous devrons dabord nous occuper.

■J° Dès que Home apj)rit à connaître la mythologie grecque, elle conçut un engouement très vif pour ce monde radieux et poétique, né d'une conception si profondément humaine. Très vite elle découArit. dans son vieux fonds de croyances, des personnalités dont les traits principaux s'adaptaient sans effort à telle ou telle divinité hellénique. La confusion quasi complète s'établit aisément ; les noms furent changés ; les êtres fictifs qu'ils désignaient gardèrent le plus souvent sans modifications et l'aspect et le rôle que limaginalion grecque leur avait prêtés. Cette mythologie gréco-romaine constitue le chapitre le moins original dans l'histoire des religions de l'empire; c'est elle cependant qui devra le plus nous arrêter, parce qu elle ouvre un vaste champ aux études d'art; c'est l'art lui-même qui a le plus contribué à répandre en (accident les dieux de la Grèce; ce sont ses dieux que savaient le mieux représenter les artistes les plus qualifiés de l'époque. Les images des dieux celtiques, thraces, danubiens, sont le plus souvent grossières, informes; les pires copies d'un Jupiter ou d'une Vénus leur restent supérieures. Ei puis ces divinités helléniques pénétrèrent un peu partout, mais par l'intermédiaire de l'élite, des classes dirigeantes et des plus riches, plus difficiles par conséquent dans le choix de leurs idoles, qu'elles voulaient belles et somptueuses. Les types apparaissent si nettement et définitivement fixés que des dieux de premier rang ne sont représentés dans nos collections, pour la période romaine, que par des répliques, plus ou moins libres, d'd'uvres du v'- ou du iv" siècle avant notre ère. Nous ne craindrons pas d'en faire état au besoin, puisque ce n'est pas l'évolution des formes (|ui nous importe surtout ici, et que ces statues, entièrement grecques d origine, devenaient romaines par adoption.

3" La mythologie grecque s'était elle-même peu à peu enrichie d'apports orientaux ; les conquêtes d'.Alexandre en avaient favorisé raiinexion. Quand Home eut la révélation de la Grèce, Isis, par

exemple, comptait déjà des lidèles en dehors des indigènes de la vallée du Nil, et quand, en 204, le Sénat fît venir la pierre noire de Pessinonte, la u Grande Mère idéenne » s'était déjà, en Phrygie, vêtue d oripeaux f;recs. Mais ce progrès vers l'Ouest des fétiches orientaux continue, se généralise, se développe surtout sou? l'Empire, et plusieurs de ces cultes, tel celui de Mithra, passèrent directement, sans l'intermédiaire de l'hellénisme, de l'Asie dans le monde latin. On essaya pourtant des compromis, des fusions, avec certaines divinités grecques, mais la chose était infiniment plus difficile qu'entre dieux grecs et dieux romains. En pénétrant dans les régions méditerranéennes occidentales, ces dieux orientaux prennent une figure indécise, surchargée ; on les apparente de plusieurs côtés à la fois et même on les confond. Ceux qui gardèrent le mieux leurs traits de nature furent ceux que propagèrent à travers l'empire leurs fidèles de naissance, les soldats recrutés aux frontières, hommes de sentiments romains, mais qui n'étaient Grecs ni Latins de traditions ou de cultui'e. Nous aurons aussi à étudier les images, les attributs de ces divinités égyptiennes, syriennes, anatoliennes.

i° Le contact avec l'hellénisme, avec l'Orient, hâta chez les Romains la formation du culte impérial, d où naquit un nouveau groupe d'effigies divines. Seulement nous constaterons que, par leur mise au rang des dieux, les (Césars dépouillèrent fort peu leur physionomie humaine. D'abord le sens réaliste de la race la rendit attentive aux traits individuels de chacun, et on les reproduisit: nul n'avait \u Jupiter, qu'en songe; tous les jours on pouvait voir .Auguste, Hadrien, ou leur successeur du moment. D'autre part, le culte des empereurs n'avait pour but et pour effet que de renforcer le loyalisme politique. Cette pensée se reflète dans les statues impériales : il y en a d'idéalisées; nous étudierons (fig. "259) Commode en Hercule ; et généralement c'est le souverain lui-niêmej qui a inspiré, voulu, les combinaisons de cette sorte. Mais d'habitude] le Homain ou le provincial considère dans son maître le premierj des citoyens (princeps) ou le chef des armées; il le représente donc sous la toge ou le harnais de guerre. Par suite les statues impé-^ riales doivent trouver place dans la série des portraits.

.5" I^'Orient jeta sur l'Occident ses produits, ses idées, ses conceptions. L'inverse n'eut pas lieu. Dans les provinces purement latines, les vieilles divinités indigènes gardèrent du reste leurs dévols. Les musées, les champs de fouilles, en (laule, en Bretagne, en Germanie,

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