‹ Manuel d'archéologie romaineChapitre 28 sur 509 · Vilruv., VII · texte numérisé non relu

Vilruv., VII

LKS REVÊTEMENTS 31

lit étant fait de poussière grenue, un second, de poussière à ^ra-ns de moyenne grosseur, le troisième, de poussière très fine. On assurait entre elles Tadhérence des couches successives, soit en enfonçant de loin en loin des tessons faisant clou, soit en traçant sur le mortier encore frais des stries. L"ouvrier polissait soigneusesement la surface extérieure du mortier poliloi\ dealbalor) au moyen d un instrument spécial qui est li^^uré sur un bas-relief bien connu de Pompéi ' .

Cette surface stuquée, lisse comme le marbre, en olfrait l'apparence et donnait un air d'élégance aux bâtisses les moins soignées. Le procédé offrait encore, pour la décoration, un autre avantage : il permettait d'exécuter économiquement tous les genres d'ornementation, moulures, corniches, pilastres, chapiteaux : là où l'emploi de la pierre et surtout du marbre aurait entraîné des prix élevés de sculpture, le stuc permettait de donner à bon compte les mêmes impressions. A Home, comme en Italie et dans les provinces, on a retrouvé des exemples remarquables de ce genre de travail.

C'est sur cet enduit poli ((uon a|)pliquail aussi les peintures qui entraient dans la décoration des édifices à l'extérieur et surtout à lintérieur. On sait, en ell'et, par les découvertes faites de tous côtés, que les Romains couvraient de peintures les murs des maisons et des édifices publics, soit de peintures ornementales, soit de sujets figurés. De ces peintures, de leurs diverses sortes, des styles qui les caractérisent, suivant les époques, nous parlerons plus spécialement dans le chapitre consacré aux Beaux-Arts. Naturellement, en dehors de Pompéi, on a trouvé assez rarement des peintures murales en place ; même quand les murs sont demeurés debout, l'humidité et le temps ont, la plupart du temps, fait tomber les crépis.

Beaucoup deces peintures imilaienl le marbre : par là les Komains se donnaient l'illusion fie vivre au milieu des matières précieuses. Pour les gens riches, ce n'était |)oint seulement une illusion. .\ la lin de la Ré|)ubli(pie -, par imilation de ce ipii se faisait en Orient, on prit l'habitude de cdiivi-ir les mui's dos édifices publics et [)rivés de plaques de marbre île I.") à 'l'^ milliinètres d'épaisseur [crusiae),

1. Annnli, 1S81, p. 107 ; Safflio, Dicl. des .l;i/.,iip:. G"5i.

2. Pline attribue lintrodiiction tlo cet usiip:c, pour les palais, à Maniuna, contcmpoi-ain de (]ésar. qui cuihellit ainsi sa maison du Caelius [Hist. uni., XXXVI, is).

fixées à la maçonnerie par une couche de ciment et retenues par des agrafes ou des crampons. Lusage se développa sous lEmpire et se répandit dans toutes les provinces. Cette ornementation consistait en un assemblage de marbres de couleurs diverses. « Et ici apparaît un système de polychromie presque inconnu aux Grecs. Chez les Romains c'est à la veinure naturelle des marbres que l'on demande les effets de coloration : les revêtements des ' grandes salles romaines sont des marqueteries par compartiments de marbres à nuances variées ; les tonalités deviennent plus profondes ; mais Iharmonie plus terne, celte richesse un peu sombre, laissent l'impression dune grandeur calme, qui est bien romaine. »

Il n'est pas rare, surtout lorsqu'on fouille des édifices publics, de trouver dans les décombres de nombreux débris de marbres de toutes les couleurs, qui proviennent de semblables incrustations. Quelques morceaux sont même souvent adhérents à ce qui reste des murailles '.

L'emploi de la mosaïque pour le revêtement des murailles était beaucoup moins commun "-.

Quant à la décoration des édifices par le métal (placages, seuils, portes, tuiles, chapiteaux mèmei elle était naturellement exceptionnelle et réservée aux constructions particulièrement somptueuses '. Nous la connaissons surtout par les témoignages des auteurs, Tçr et même le bronze ayant toujours tenté l'avidité des pillards, qui, après avoir arraché les ornements métalliques, se hâtaient d'envoyer à la fonte le |iroduit de leurs larcins.

5; 111. — Les ordres irarchileclure.

Pour l'ordonnance extérieure et intérieure de leurs constructions, les Romains, à l'exemple des Grecs, ont employé différents ordres.

1 . Cf. par exemple, pour Pompéi, Maii, Balletl., 1878, p. 241 et suiv.

2. Sur l'orncmenlaliondes voûtes par ces dilTércnts procédés voir : K. Hunc- ■/.cwski. GeiroUieschmnck ini rnm. Altertiim. Berlin. I'.t03. i°.

.3. Exemple: les murs du théâtre de Pompée recouverts de lames dor par Néron (Dion Cass., L\III. H; Suet.. .Ver.. 13 ; l'Iin Hist. tint., .WXIII. 5'. ; la louverture de bron/.e de la basilique Ulpia {Pausan., V, 12. S ; les portes et les plafonds liu temple de Jupiter Capitolin, laniés d'or (Zosime, V, 31 ; Plin., liisl. nat., .X.WIII. .^T) : les tuiles de bron/.e «loré du temple de Vesta iPlin.. HisI . nat.. .\.\.\IV, 13 : les tuiles et les frises de bronze doré du temple de Diane à .Némi ■^olizie derfli Scavi, 1895. p. 433 et suiv.). A Djerach et à Palmyre certains chapiteaux étaient constitués d'un noyau de pierre, recouvert de placages métalliques i Benoit, L'architecture, I, p. 510).

LES ORDRES DARCHITECTLRE 33

Chacun sait qu'on nomme « ordre » larrang^ement des diverses parties saillantes d'un édifice, disposées d'après des proportions fixes '.

Nous rappellerons qu'un ordre se divise en trois éléments et que ces éléments comprenent eux-mêmes des subdivisions. Les éléments sont le piédestal, la colonne et l'entablement. Le piédestal se compose d'une base, souvent avec dé et corniche ; la colonne, d'une base ispira), d'un fût [scapus] et d'un chapiteau [capitulumj ; enfin l'entablement, d'une architrave lepistylium), d'une frise i zophorus) et dune corniche icorona). La proportion de ces éléments et des parties quH les constituent varie suivant les ordres employés.

Les ordres romains portent les mêmes noms que les ordres gérées correspondants, dont ils dérivent-; mais il est entre eux et leurs modèles des différences de détail importantes. En outre, de leurs relations avec 1 Etrurie les Romains reçurent un dérivé d'origine étrusque, le toscan, qui supplanta chez eux le dorique ; enfin ils inventèrent un ordre spécial, mélange de l'ionique et du corinthien, que l'on a dénommé « composite ». Il ne faudrait pas croire, néanmoins, que tous ces ordres aient été également en honneur. « En fait. Rome dédaigna le dorique, dont la sévérité ne répondait pas à son idéal de richesse, elle fît peu de cas de l'ionique, dont l'élégance s'accordait mal avec la pompe de ses ordonnances ; par contre, elle usa volontiers du toscan, aima le composite et raffola du corinthien ^ » .

Vitruve a traité successivement de chacun de ces ordres ' ; mais les préceptes qu'il édicté et qui sont ceux dune [école particulière, ne sont pas exactement ceux que l'on trouve appliqués dans les monuments qui nous sont parvenus. En étudiant ceux-ci, les architectes et les archéologues sont arrivés à certaines données générales que nous résumerons ici :

1 ' Ordre toscan ou dorique romain. C'est le plus simple et le plus

1. Cf. Chipiez, art. Columnn dans le Dicf. de Saglio, I, p. 1.316; Clioisy. VKruve. t. I. p. 61 et suiv. ; Hist. de iarch., I, p. 540 et suiv. ; Durni. Baiikunst der Ruiner, p. 374 et suiv. ; Benoît. L'archileclure, I, p. 500.

2. Nous rappellerons ici qu'un certain nombre d'arcliéolofîues ne veulent pas admettre, pour l'époque grecque, l'existence d'un ordre corinthien distinct de l'ionique, la seule dilTérence entre les deux consistant dans le chapiteau, ce qui est déjà quelque chose. Vitruve avait déjà défini le corinthien : un ordre ionique dont le chapiteau à volutes est remplacé par une corbeille de feuillages. Pour l'époque romaine la question ne se pose même pas. Il y a un corinthien romain, nettement dilTércnl de l'ionique : l'ordre romain par excellence est le corinthien.

Page 1