‹ Manuel d'archéologie romaineChapitre 296 sur 509 · I. D'après Cumonl, .Wi/.s/érex. p. 108, li;;. il · texte numérisé non relu

I. D'après Cumonl, .Wi/.s/érex. p. 108, li;;. il

MaMIKI, d'.VRC.II KOI.OGII. HOMAI.M-;.

le? a foudroyés et rejetés dans leur sombre séjour '. Ils menacent constamment de reparaître, mais l'initié sait les conjurer. Les quatre éléments sont ainsi divinisés et conçus comme s entre-dévorant : dans le grand relief de Heddernheim (fig. "236), un lion représente le Feu, un cratère l'Eau, un serpent la Terre. Il y a donc des obscurités, des diverg^ences, dans tout ce symbolisme. D antres corps naturels, en etfet, reçoivent encore fig^ure divine : le Soleil traverse les airs sur son quadrige, la Lune sur un bige traîné par des taureaux blancs -. Et Ion vénère et invoque aussi des divinités sidérales, les Planètes, figurées sur les monuments par des symboles extrêmement variés. Les douze signes du zodiaque, dont les influences contraires s'imposent à tous les êtres, se retrouvent dans chaque mifhraeum sous l'aspect invariable qu'ils avaient déjà en Occident : par une amplification sans limites, on y ajoute toutes sortes de groupes stellaires, voilés sous la forme d'animaux, corbeau, chien, lion, ou autres objets (^cratère qui encadrent d'habitude le Mithra tauroctone. Les deux hémisphères célestes, qui alternativement se montrent et disparaissent, furent eux-mêmes personnifiés et assimilés aux Dioscures de la légende grecque, vivants et morts à tour de rùle.

Dans cet amas, déjà incohérent, Babylone avait vei'sé le dogme de la Fatalité, qui pesait sur l'espèce humaine: heureusement, celleci trouvait le salut auprès des puissances secourables et miséricordieuses qui, sollicitées par des prières et des olFrandes, combattaient avec ardeur les puissances du mal. De ces protecteurs providentiels, le plus souvent invoqué, le plus actif, était Mithra. Celui-ci, conçu comme dieu de la lumière, comme génie solaire, était figuré fréquemment entre deux jeunes garçons costumés à son image, les dadophores, l'un tenant sa torche élevée, l'autre abaissée, symboles, respectivement, de l'astre qui monte au matin et apporte la chaleur et la vie, et du même disque qui ensuite s'incline vers l'horizon et laisse l'atmosphère se refroidir ^.

La mythologie des Mages représentait la lumière perçant la voûté du ciel sous la figure de Mithra naissant d'un rocher. Au

1. Cette scène est reproduite dans les bas-reliefs: cf. le marbre de Virunum : Cumont, ibid., p. 113, Hp. 1.1 : S. Heinach. Reliefs. II, p. 128. I.

2. On les voit lun et l'autre dans les ccoinçons supérieurs du bas-relief de Londres Cumont, ibid.. p. .')G. fifr. 7 ; Reinach. ihid., p. iâO. 2 ; cf. celui du Louvre: Baumeister, Denkmiiler, II, p. 925, fig. 996 ; S. Reinach, Statuaire, I, p. 92. I.

:<. Cf. les dadophores de Palerme: Cumont. Mystères, p. 131. fig. 16.

DIVINITES D ORIGINE ORIENTALE

bord d'un fleuve, sous un arbre sacré, il avait surgi de la masse de pierre, coiffé d'un bonnet phrvjïien. muni d'un couteau et d'un flc.mbeau ' : il s'était nourri des fruits d'un liguier et revêtu de ses

FifT. 236. — Sct'ucs de la vie de Mitlira.

feuilles. Il se mesura d'abord avec le Soleil qui, vaincu, devint son ami et lui posa une couronne de rayons. Puis il entra en lutte avec le taureau, premier être créé par Ormuzd : adroitement, le héros le saisit , par les cornes et parvint à lenfourchor. .\p''ès une

1. C'est ce qu'on peut vuii- dans de très nombreux monuments; ('umont. ibiil., fig. 1.3 et 19.

course éperdue, le quadrupède épuisé s'alTaissa ; Mithra le prit par les jambes et l'entraîna dans sa caverne '. Mais Tanimal ayant réussi à s'échapper, le Soleil ordonna de le mettre à mort. Résigné à ce sacrifice, le héros, aidé de son chien, poursuivit le taureau, le rejoignit et, le maîtrisant d'une main par les naseaux, lui enfonça son couteau dans l'épaule. Alors, ô merveille ! du corps de la victime naquirent tous les végétaux, de sa moelle le blé et de son sang la vigne, qui devait fournir le breuvage sacré des mystères. En vain, pour arrêter cette formidable génération, .Ahriman lança-t-il ses auxiliaires immondes : le serpent, le scorpion se ruèrent sur les parties génitales de la bête égorgée et tentèrent d'aspirer son sang. En dépit de leurs elforts, la semence du taureau fut recueillie par la Lune et engendra les animaux utiles ; son âme, protégée par le chien, gagna le ciel où elle devint le dieu protecteur des troupeaux. Puis, les premiers humains étant nés, .\hriman voulut les supprimer en désolant'la terre par une terrible sécheresse ; mais Mithra, perçant de ses flèches un rocher, en lit jaillir une source où les malheureux purent se désaltérer 2. Le Génie du mal, par une lactique inverse, noya les campagnes sous un déluge ; mais un homme, bien conseillé par le ciel, parvint à se sauver dans une arche, avec ses bestiaux. Une troisième tentative, par le feu, n'empêcha pas davantage le genre humain de vivre et prospérer. Mithra put donc regagner les régions célestes dans le char du Soleil, que l'Océan s'efforça en vain de submerger.

Nous n'avons pas à dégager la portée philosophique et morale de ce long récit; mais la connaissance de tous les épisodes était indispensable à l'interprétation des nombreux monuments qui les rappellent, en tout ou en partie ^.

'Mithra est la seule ligure mvthologi(|ue iranienne qui ail donné lieu en ()ccident à des représentations figurées. Pourtant on y connut encore une déesse dont certains attributs révélaient l'origine orientale : c'est l'.Anahita ou .\naïtis devenue rArtémis persique '.

1. Ce sujet orne la Lasse de Laiiuviiim Ciinionl, ibid., \i. 13(5. Uj; . 1s: voir aussi le Millii'u lauropliore de Slocksladl. p. .'ïJ, lij;. ti).

•J. I^a plupart de ces épisodes sont matérialisés dans le grand relief de lli-ddernheim, reproduit ici ,fif^. '2'Mi d'après Cumont, Textes et inoniiinenls. II. pi. vil. Celui d'.Vpulum Cumonl. Mi/slère/t. p. 110, lif,'. 10) représente la naissance du (lieu, l'accord avec Soi. Mithra «mi sagittaire, et des hommes allant s'abreuvei"; le dieu montant dans le quadi-ige du Sf)leil. cpie l'Océan cherche à saisir.

3. Cf. l'Appendice 1" de Cumont, Mystères : I. arl millniacpic

1. Di'irrbacli, dans Saglio. Dict. des Ant.. ini niul hinn.i, II. p. I:>'J el sui\ .

DIVINITES D ORIGINE ORIENTALE

Divinilé nourricière, facile à clistin<;uer grâce à ses deux grandes ailes recoquillées, elle est toujours accompagnée d'animaux familiers, qu'elle tient par le cou ou les pattes de derrière : en général de petits lions, quelquefois des cygnes, des bouquetins ou des lièvres lig. "237 '.

Fitr. 2:r

Artéiiiis pci-sique.

E. Figures pHiithéex. — Indécises, multiformes, les divinités orientales nétaient point faites pour procurer à la mythologie classique, elle-même un peu llottante, une plus grande précision. Hien au contraire, sous leur intluence, le syncrétisme s'exagéra jusqu'à aboutir aux ligures panthées "^. Elles commencent à paraître peu après .Alexandre, mais les inscriptions en signalent principalement sous les .\ntonins. L'ébauche du type est dans la fusion de deux ligures, dont une orientale, avec juxtaposition de leurs attributs ; telle est Vlsis-Fovlnna, par exemple. Toutefois le paganisme tend plutùt à hiérarchiser les puissances ; par suite, une divinité s'élève au-dessus de quelques autres, dont elle sap-

1. Faule fl"un bnii exemplaire de basse époque, nous donnons ici l'anse aichaïqnc de l'hydrio de Graecliwyl en Suisse (fig. 23" i, parce qu'on y voit prédominer le caractère nrienlalisant qui s'est maintenu h travers les siècles. cl qu'elle traduit le plus complèlemenl. la pliysifuiomie de celle divinilé d'importation d'après Saplio. op. cit.. {'\\:. 23H0 .

2. Hœfer. au mol Panles Theoi. et R. Peter, au mot l'anllieus, dans Ri> scher. Lexikon ; Cumont. au mot l'anthen signa, dans Saglio, Dicl. des Anl.

proprie les pouvoirs et aussi les emblèmes, qu'elle ajoute aux siens. Ces combinaisons sont fréquemment attestées par Tépigrapbie, beaucoup moins par rarchéologie. Il y a naturellement un Jupiter Panthens ; néanmoins la suprématie semble aller de préférence aux divinités qui protèj;ent les entreprises des hommes, en agriculture (Silvain-Panthée , dans le négoce (Mercure-Panlhée) ou d'une façon très générale Fortuna Panthea) ; et Ion voit des rapprochements bizarres, comme dans ce génie panthée qui réunit à la massue dHercule les ailerons de Mercure et le lotus d'Harpocrate '. Mercure, dieu secondaire, éclipse la Triade capitoline, dont les bustes, de taille réduite, prennent le sien pour support ^. On a plusieurs exemples de semblables superpositions. Dans quelques cas, les attributs accumulés sont simplement accrochés à un petit tronc darbre imité en bronze, ou suspendus aux doigts dune main qui représente Sabazius.

§ \'. — Divinités celtir/ues et gallo-romaines.

Il n'y a point lieu déludier ici dans le détail cet autre groupe qu'on considère dhabilude. avec raison, comme séparé du domaine gréco-romain. Ces divinités, en effet, n'ont point été adoptées par l'Italie : elles ont été tolérées par le gouvernement de Home, et si des citoyens romains leur sont restés fidèles, par esprit national, il ne s'agit que de citoyens romains de pays celtiques, originaires de Bretagne, de Gaule ou de Germanie. Ce domaine est donc plut»H réservé aux historiens de nos antiquités nationales ; il convient néanmoins d'en prendre une connaissance superficielle •'.

Les Gaulois pratiquèrent dabord des cultes naturalistes, cultes des pierres, des plantes, des eaux, des animaux, du feu, du soleil et des corps célestes. Le souvenir ne s'en est guère conservé, par des monuments figurés, que pour celui des animaux ', que révèlent

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