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CHAPITRE III

LE PORTRAIT'. EMPEREURS ET IMPÉRATRICES

Sommaire. — I. Généralités. Les moyens d'identification. — II. Les empereurs. — III. Les impératrices et les femmes de la famille impériale.

j5 I'"". — (iénéralités. Les moyens d' identification.

Des divinités aux souverains, la transition est simple et naturelle. L'hellénisme a légué aux Romains, avec la forme extérieure et le type plastique de nombre de ses dieux, le caractère divin de ses princes. Le culte impérial a largement contribué, du reste, à multiplier les effigies des empereurs -; quelques-unes se présentent même sous l'aspect typique des dieux ou des héros. Ces effigies conslituent deux classes : d'une part les statues divines, exposées dans les temples impériaux et les bâtiments publics, sur les places ou au sommet des arcs triomphaux, et qui représentaient, non seulementle maître de l'empire, mais encore la (/omusf/iï'ma, femmes, enfants, petits-enfants ; de l'autre, les statues humaines, où une intention pieuse se marque encore accessoirement. Elles étaient en effet répandues -en foule, comme ex-voto^ dans les sanctuaires; et si ces derniers renfermaient également des statues de particuliers, auxquelles ils assuraient une protection, les effigies impériales se plaçaient partout, même dans \a cella, tandis que les autres étaient exposées plutôt sous le péristyle ou dans l'enceinte sacrée.

Cette pensée religieuse se dissimule davantage dans les statues tombales des mausolées et surtout dans les statues honorifiques,

1. Pour les portraits des Romains illustres, le seul répertoire complet, à sa date, est : J. J. Bernoulli, Rômische Ikonorjniphie, Stuttgart, lSK2-9i, 4 vol., S" [cité dans ce chapitre et le suivant sous le seul nom de l'aiilcur]. Voir aussi : H. Hi'unn et P. Arndt, Griech. iinii r(>ni. Portriitx, Miinclien, isOl et suiv., f" ; Anl. Ilekler, Die BUdnisskunsI der Griecheii iind Hitmer, Stuttgart, 1912, f " ; Cesare Aurel.j, SiilV nrle romann milica considérais xpecialmenle nei rilratti iDisserlazioni delta ponli/icia Avcademia roinatia di archeolo(/ia, 2* sér., VII f1900l, p. 185-219 .

2. Cf. Richard Delbi-iick, Anlilie Porlrals Tahiiliie in iisnm svholannn. \'I\ Bonn, 1912. i° ; spécialement l'Intruduclion et les Remaïques. Un médecin, le D' Ernst Millier {Casaren-Pnrtriits, Bonn. 191 1, 8°), a étudié les personnages impéiiaux par groupes gentilices et lâché de retrouver les traces d'Iu-r r-dilé.

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dressées sur le forum. La destination du portrait honorifique, funéraire ou votive, se déduit assez mal, d'habitude, de l'œuvre elle-même; oh est mieux fixé par rinscriplion qui parfois l'accompai;ne, et par le lieu de la découverte.

Dui'ant une bonne partie de l'Empire, au moins les deux premiers siècles, deux tendances s'affirment parallèlement : suivant que le prince incline plus ou moins vers les choses de la Grèce, ses formes et ses traits sont plus ou moins idéalisés. On lui prête des attributs divins, comme la couronne radiée d'Hélios, qui ceint le front du Néron des Offices, ou l'épde de Zeus, qui couvre la poitrine d'Autiruste sur le camée Blacas ; ce sont, de préférence, ceux de la divinité que l'empereur tient en vénération 'spéciale, ou à laquelle il prétend s'égaler. On lui concède également la nudité héroïque. Là se reconnaît une tradition hellénistique, que maintint et développa la présence, à certains moments, d'artistes grecs travaillant à la cour ou près de la cour : des Alexandrins, semble-t-il, sous Auguste; plus tard des gens de l'Asie Mineure; sous Hadrien une école dAphrodisias, représentée surtout par Aristéas et Papias, qui se reliait à la deuxième école de Pergame. Mais sous un même règne, à côté du type idéalisé parait aussi le type réaliste, bien plus répandu, surtout si Ion s'attache, non aux statues, mais aux bustes. Il en fallait pour une foule de petites gens, alfranchis ou bourgeois, dont les demeures ont fourni une bonne part des exemplaires venus jusqu'à nous. Ceux-là montrent l'empereur en citoyen, sous la toge, ou en chef d'armée, avec le manteau militaire attaché sur l'épaule par une agrafe ronde. A ce dernier genre de buste correspond, en statuaire, l'image Ihoracata, si souvent à tète mobile '. Habituellement aucun insigne ne révèle dans un portrait la dignité impériale ; elle s'affirme à l'occasion par une couronne de laurier: le diadème, d'abord très rare, car le sentiment public y répugnait, comme au titi-e de roi, ne passa qu'au iv"^ siècle dans l'usage courant.

On a en somme beaucoup moins de difficulté à identifier un buste impérial qu'un portrait de prince hellénistique. La tendance à idéaliser s'est alfaiblie ; par suite les sculpteurs sont devenus plus attentifs aux traits individuels, à ceux du moins dont l'intérêt psychologique leur semble capital : le nez, les yeux, les lèvres; par

I. Ktuilfd'ensomblo da^ slula.ie Ihoriicalae \n\v von Rolideii, dans les [ionner Shidirn H. Kelnile (jeuidmel. Heilin. IH90, 8°, p. 1-20.

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un heureux hasard, les physionomies des princes ont considérablement varié d'un règne à l'autre, surtout lorsqu'arrivèrent au pouvoir suprême des provinciaux de toute origine. Des détails accessoires sont décisifs, notamment la barbe, qui est de mode d'Hadrien à Dioclétien, et la chevelure ; les artistes les reproduisent scrupuleusement. Les coiffures féminines, très caractérisées, et qui rapidement se renouvellent, n'ont pas toujours, il est vrai, une signification individuelle précise, mais constituent un indice chronologique qui laisse une très faible approximation. L'époque, la durée de tous ces détails sont déterminées par les effigies monétaires ', aux légendes sans ambiguïté. Et cependant ces profils offrent, pour un même prince, des divergences très frappantes. Le risque est donc sérieux de prendre pour les traits d'un empereur ceux d'un contemporain qui lui ressemble ; on ne saurait se le dissimuler. Les particularités qu'on dirait les plus spécifiques, d'après les monnaies, ne fournissent trop de fois qu'une date très approchée. Pour la fixer, on a encore une donnée essentielle dans la forme du buste -.

Celui-ci est né de l'hermès. cette borne-colonne que les Grecs surmontaient dune tête d'Hermès ou de quelque autre ; mais, à l'époque hellénique, on s'est uniquement préoccupé de rendre le buste plus maniable et plus mobile ; on l'a donc arrêté dans le bas arbitrairement, sans adopter pour le support une forme habituelle. D'autre part, dans la tradition étrusco-romaine, on ne dépassait pas la ligne inférieure du cou. Le buste romain, à la fin de la Ré|)ublique, fut un compromis entre les deux types : on maintint une partie du torse, mais plus réduite qu'en Grèce, vaguement triangulaire par devant et légèrement évidée par derrière ; dans le bas on ajouta un tenon pour implanter le buste, notamment dans la tablette dune niche.

Du début de l'Empire à la fin de la dynastie claudienne, le bloc se termine moins en pointe ; les lignes convergentes qui le déli-

1. Cf. Imh<jof-Blumer. Porlriilkopfe mif rôm. Mùnzen, W'inleiliir, 1n7',i, i". cl la magnilique i)ubliC€'itioii de Francesco Gnecchi, / medaglioni romani, Milano.1912. i° : I. Mfil. d'or et d'arj^enl ; II. Bronzes de >,'rand module; III. Bronzes de petit module. Le tome II est le plus ])récieu.\. Nous citons ici l'ouvrage sous la forme abrégée : Gnecchi. Nous renvoyons aussi à d'autres répertoires, celui-là ne se trouvant pas partout.

2. La théorie dont nous faisons connaître les grandes lignes est due à P. Bienkowski, qui a résumé en français ses conclusions dans la 7?er. arch., 1895, II. p. •->9.3-2<t: cf. principalement les fig. f.. 6. 8. 11. 17).

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