III. LE PORTRAIT. EMPEREURS ET IMPERATRICES
C'est la remarque que provoque le seul buste dit de Nerva qui semble authentique * ; le sig-ne vraiment distinctif de ce prince est, sous un front fuyant, un nez très arqué avec une forte bosse dès l'origine et dont Textrémité forme une pointe ; le menton luimême est pointu ; toute la tête a un aspect anguleux.
Celle de Trajan est remarquable par son aplatissement dans le sens de la hauteur : le front est surbaissé et, renforçant cette impression, la chevelure descend en mèches droites jusqu'à faible distance des sourcils (llg. "254). C'est la seule particularité que tra-
Fis. 233. — Uomiti
Fit;'. 234. — Trajan.
(luisent les divers bustes ; pour le reste, rien de très uniforme : en général, le menton est plutôt pointu à l'extrémité et très saillant, le haut du front aussi proéminent que le bas ^.
Après la manière serrée, sèche et dure, qui est celle des sculpteurs sous ces derniers règnes, voici un retour des formes hellénistiques : l'école d'Aphrodisias, qui semble monopoliser les commandes officielles, applique sa virtuosité aux portraits d'un prince dilettante, très pénétré lui-même de cet hellénisme de décadence. Les monnaies d'Hadrien ^ dessinent un profil assez fin ; le nez est presque dans le prolongement du front, à la grecque, et très régulier ; la chevelure, bouclée; la barbe, qui reparaît avec lui pour la première fois depuis les portraits hellénistiques, forme un collier fourni, mais demeure courte au menton ; l'expression est sérieuse, sereine cependant. Tout cela, qui semble idéalisé, se retrouve dans les ouvrages très nombreux de la sculpture ; le plus satis-
1. Hernoulli, II, 2, pi. xxii (Valicanj ; j)l. de monnaies ii, 17-19.
2. lir. Mus., Select. Siibjecls, pi. .\.\.\i : Herncjulli, II, 2, pi. x.xiv-.xxvii ; l)olbrïick, Anlike Pnrtriits, p. 50 et pi. xi.i (Capitule); Gnecclii, pi. -xxi, 6-7.
.3. Bcinoulli, II, 2, pi. de monnaies m, 15-17; Gnecclii. pi. xxi, 8-12;xxxvtii
à XI. II.
LES EMPEREURS
faisant est le buste colossal de la rotonde du \'atican i\g;. 255) ^
Antonin le Pieux a toutes les apparences d'un philosophe g^rec, en
particulier dun stoïcien ; la tète est beaucoup plus alloni^ée, plus
Fig. 255. — IladruMi Clulio Moscionij.
maij^re que chez les prédécesseurs: le cou plus mince; la barbe, en pointe, est plus loulluo que celle d'Hadrien ; le menton, saillant, n'ôte rien à la physionomie de sa douceur apaisée, qui est la note dominante, bien plus que la vif,'ueur de l'esprit ; comme les efJigies monétaires lig^. 256 1 -, les !)ustes, notamment ceux du \'alican ^, aident à comprendre comment ce règne s'est ressenti d'une man-
M suétude excessive, d'une sorte de mollesse, qui a ]iréparè au sui-
H' vant de jrraves difficultés.