CHAPITRE III
ROUTES, PONTS ET PORTS Sommaire. — I. Routes. — II. Ponts. — [II. Colonnes niilliaires. — IV. Ports.
^ I" — Boules.
On sait quel développement les Romains donnèrent au système routier qu'ils établirent à travers lltalie d'abord, puis, avec le temps, à travers les dillérentes provinces qu'ils soumirent successivement'. Dans certaines d'entre elles, particulièrement en Orient, les communications étaient assurées alors comme elles ne l'ont jamais été depuis eux, comme elles ne le sont pas encore aujourd hui. C'est que ce réseau de voies innombrables n'était point seulement un moyen de rendre les déplacements plus aisés pour ceux que leurs occupations ou leurs plaisirs obligeaient à voyager; il était indispensable à la sécurité et à la durée de la conquête romaine, à l'exercice de l'autorité impériale. Il permettait aux troupes de se transporter rapidement aux frontières de l'Empire, au pouvoir central de se maintenir en rapport constant avec les différentes régions qu'il avait à administrer. Et comme ce réseau offrait en outre un grand intérêt pour le commerce et pour les relations de la vie journalière, les municipalités n'hésitaient pas à prêter à l'Hltat tout leur concours et à participer, de leurs finances, à l'extension et à l'entretien des routes.
De là la méthode employée pour fixer le tracé des voies romaines et le soin apporté à les étai)lir. Tandis que les Grecs se conformaient à la nature du terrain et ne ménageaient pas les détours, les Romains cherchaient avant tout la ligne droite. Peu imiiorlait qu'il y eût des tunnels à percer, des pentes raides à monter ou à descendre, des terrains marécageux à traverser; l'essentiel était
I. Cf. Besnier et Chapol dans Saglio, Dict. des AnI., an mol Vin V, p. "8S et suiv.). On trouvera clans Sluart Jones, Coinpanion In Roninn History, une carte du réseau des voies romaines dans toute l'éleniluc ilu monde romain (pi. iv).
pour eux de diminuer la distance à parcourir : à tout cela on remédiait par des travaux d'établissement. Au début, on se contentait de tracer à travers la campagne de simples pistes de terre battue qui, les jours de pluie, se changeaient en ruisseaux de boue: tels furent les premiers chemins de communication qui reliaient Rome à ses voisines du Latium et de la Sabine; puis on apprit à employer des procédés moins primitifs. Si Ion ne se préoccupa pas toujours assez de corriger les pentes des montées et des descentes, on apporta le plus grand soin à assurer la solidité de la chaussée et, par suite, sa durée.
Une voie soignée se composait de plusieurs couches superposées. Dans un fossé de deux pieds environ de profondeur on déposait :
P Le slatumen ou radier de fondation, constitué par des pierres plus ou moins grandes (pas moindres que celle qui peut remplir la main, dit A'itruve ^).
'2° Le rudus ou bétonnage, fait de pierres concassées de dimensions moins considérables que les précédentes, mélangées à du sable et de la chaux; ce béton était soumis à un battage.
3° Le nucleus ou gangue à tuileaux, composé de tuileaux pulvérisés mélangés à de la chaux, ou de sable mêlé à de la terre glaise.
4° Au-dessus on disposait le pavement de la route, fait soit de grosses pierres cubiques ou polygonales formant dallage, soit de cailloux tassés à côté les uns des autres [glarea).
Telle était la règle qu'indique \'itruve- et à laquelle on se conformait pour l'ordinaire. Nous en avons la preuve, par exemple, pour la voie Appienne, dont la chaussée se compose d'une fondation en pierres concassées, surmontée de biocaille, puis de briques en morceaux noyés dans du ciment et enfin d'un pavement en basalte^.
La grande voie de Garlhage à Tébessa, qui traversait toute la Tunisie, se compose également de quatre couches : « En bas sont de grosses pierres brutes, au-dessus desquelles on a coulé un lit de mortier dont une partie s'est infiltrée entre les éléments de la couche inférieure. Au-dessus de ce mortier on a placé un lit de cailloux, sur lesquels on a posé, non pas des dalles, mais des pierres très irrégulières qui ne sont même pas des pavés et forment la surface