IV. LE PORTRAIT. LES PARTICULIERS
nom du dictateur ', contraste vivement avec son adversaire. Pour appuyer lidentification, on insisterait volontiers sur ce que cette physionomie reflète de mystérieux, sur son aspect fermé, qui donne néanmoins l'impression d'un puissant esprit : les veu.\ enfoncés sous l'orbite, les lèvres closes, la mâchoire osseuse, comme contractée, mais large, carrée, et que fait paraitre plus puissante l'attache assez haute des oreilles, l'indication discrète, sur le front, de rides presque imperceptibles et, aux commissures delà bouche, d'un sillon très léger, l'allongement du cou maigre et raide, tout décèle un être hautain et impassible. ?i ce n'est point Sylla, c est quelqu'un de sa trempe.
Mentionnons encore, pour l'inscription sans doute contemporaine I QviNTvs HORTENsivs), qui uous tire d'embarras, un hermès de la villa Albani -, auquel nous devons les traits de l'orateur rival de Gicéion. Des restaurations nombreuses l'ont peut-être fort altéré; en tout cas il n'est point d'un immense intérêt ; il y a un peu de convention dans cette dignité froide et correcte.
Cicéron lui-même, qu'on cherche de préférence à se représenter d'après le buste de Madrid, à cause de l'inscription, que la paléographie date au plus tard de l'époque d'.\uguste -^ n'a guère inspiré les sculpteurs dans les ouvrages qui nous sont parvenus. Ils n'évoquent qu'un Cicéron déclinant. Sans doute le front est développé, haut et large, toujours avec deux fortes bosses ; mais il y a dans le regard, le port de la tète, légèrement inclinée à gauche et déterminant sur le cou des plis également partout identiques, plutôt le signe de la pénétration, de la subtilité desprit. que de la vigueur et de l'autorité.
L'iconographie du grand Pompée ne comprenait que des bustes médiocres quand fut révélée la tête intacte de Ny-Carlsberg '. Tous ces portraits semblent dérivés d'un même original ; mais celui de Copenhague a le mérite de ne rien atténuer des traits pyrliculiers, peu flatteurs, du modèle. Dans cette grosse face bouffie et débonnaire, au front bas, coifTée sans recherche, où s'étale un gros nez banal, où les lèvres fermées esquissent tout juste un vague sourire
1. Bernoulli. I, pi. de monnaies i, 23-25: cf. Hcibifr, Fùhrer. 1, p. 53.
2. Bernoulli, I, pi. vi. Il parait que la léffilimilé de co rapprochement «lu buste et de l'inscription a donné lieu à des doutes récents : Ilclbi^ ne s y est pas associé, Fùhrer, II. p. 412.
3. Bernoulli, I. pi. .\ et p. 135 el suiv. : cf. xi-xn (Vatican et Capilole .
4. VV. Helhijr. Rom. ,Wi7</i.. I 1I8K6 , p. 36-U el pi. 11 ; Helbnick, .4n/iAe f'ortriils. p. 43 et 16, pi. \\x\\ el fip. 17. (^f. Bernoulli, I, p. 126.
PERSONNAGES ILLUSTRES 511
placide, on devinerait malaisément l'habile général, au demeurant très vaniteux. Ce qui surprend le plus, ce sont encore ces deux yeux minuscules doii l'on ne pense voir sortir aucun reg^ard d intelligence. Kt dans le profil, rien de mâle; on dirait presque une vieille femme du peuple.
On a cru longtemps posséder un portrait de Marcus Brutus, le vaincu de Philippes, dans un buste du Capitole ; mais celui-ci a reçu depuis lors d'autres qualilications (Virgile, nu le plus jeune fils (l'Agrippa) qui ne sont pas moins à écarter '.
Un personnage de moindre importance, Cn. Domilius .\henobarbus, ce neveu de Gaton dX tique qui remporta la victoire navale de Brindes, doit être très probablement reconnu dans un buste du \'atican, d'une ressemblance manifeste avec une pièce d'or à ce nom ^. On y retrouve le même crâne à moitié chauve, le front surélevé, un peu conique, la massive arcade sourcilière, le cou énorme, la mâchoire enveloppée d'un l)ourrelet de chair épais qui forme double menton.
D'autres, plus en vue, ne se révèlent à nous que par leurs effigies monétaires, de frappe médiocre et de type inconstant. On arrive par elles, malgré tout, à quelques données essentielles.
On y constate, pour Sextus Pompée ^, une très curieuse ressemblance avec son père, surtout par le bas du visage. Marcus Brutus ' a une tèteoblongue, anguleuse, une face raboteuse, ravagée ; dans l'ensemble quelque chose d'hirsute, de rude et d'obstiné, qui ne surprend pas chez le farouche conjuré. Les pièces de Marc Antoine le triumvir ne s'accordent point toutes dans le détail ', mais toutes lui donnent un masque très particulier, non exempt de quelque grotesque, un crâne plat, un front bas et fuyant, et des lèvres pincées et rentrées ; un nez dont la pointe plongeante semble vouloir rejoindre l'extrémité du menton en galoche. Son collègue Lépide garde, sur des pièces de faible module '', une physionomie plus juvénile, mais pas très distincte.
.Agrippa, le gendre d .Auguste, a donné lieu à une remarque