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CHAPITRE VI

LES RELIEFS DECORATIFS

Sommaire. — I. Les frises décoratives de VAra Pacis. — II. Évolution du frrand décor floral après Auguste. — III. Les petits monuments. Motifs d'angles, têtes danimau.x. — IV. Types humains : Ammon. Victoires. Eres. — V. Éléments architectoniques. — Vï. Les encadrements. — A'II. La couronne.

^ !"'■. — Les frises décoratives de / " Ara Pacis ».

Envisag"é dans son ensemble, lart. à Rome, est essentiellement décoratif ; il contribue à donner cette impression de confort — pour user dune formule moderne qui le délinit à merveille — , d'aisance luxueuse, à laquelle les classes supérieures attachaient un grand prix, dans la vie publique et dans la vie privée. Aussi s"explique-t-on que M. Gusman ait g^roupé sous ce terme dart décoratif beaucoup d'ouvrantes de toute nature '. Ici nous prenons l'épithète dans un sens bien plus restreint : nous l'appliquons aux reliefs ^, ou aux parties de relief, d'où toute scène est absente sauf dans l'infime détail, qui ne représentent rien par eux-mêmes et n'ont qu'une fonction exclusivement ou principalement ornementale. Mrs Strong en a parfaitement discerné et exposé la très haute importance dans l'histoire de l'art romain'.

Nous connaissons fort mal les motifs ornementaux de l'époque républicaine, mais tout nous invite à penser qu'ils se réduisirent à presque rien ou furent littéralement copiés de l'art grec. Regardons, par exemple, le sarcophage découvert dans la sépulture des Scipions. auprès de la Voie Appienne ■* ; son inscription archaïq.ue

1. Dans Fr. Poulsen, Die dekorative Kunsl des Alfertums, Leipzig. 1914, in-16, le mot n'a vraiment plus aucune signilication précise.

2. Nous nous attachons principalement aux reliefs de pierre : pour la torejitique. l'étude des frises décoratives a été faite par Fr. Drexel. Alexandrinische Silherrjef.ïsse der Kaiserzeit. Bonn. 1909, 4°.

.■'. Rom. Sculpture, surtout chap. ii et m. Pour l'évolution chronolopiquc du décor, voir les deux ouvrages d'Altmann, Grahaldire et S.irkophaçfe.

i. Baumparlen, Hellen. rnm. Kiillur\\i. ,328, (ig. 220; .Mlmann, Sarkophage, p. li, fig. lî; Saglio. DicL îles AnI.. fig. 61 U».

nous en garantit rancienneté : nous y voyons une frise dorique à denticules du type le plus classique, où les triglyphes alternent^avec

des rosettes; le couvercle, à ses extrémités, l'orme des volutes ioniques du modèle le plus courant.

LES FRISES DÉCORATIVES DE l" « ARA FACIS » 549

Dès l'époque d'Auguste arrive à la perfection un stvle décora lif qui, sans doute, emprunte beaucoup de ses éléments à la Grèce '.màisqui leur imprime une touche originale. En l'an 13avanl notre ère fut consacré par le Sénat à l'empereur, revenant d'une victorieuse expédition en Espagne et en Gaule, le grand autel dit de la Paix Auguste^. (Juelles que soient les mains qui y ont travaillé, quelle que soit la restitution d'ensemble, fort difficile, de ce monument dont les débris sont dispersés, il porte la marque indiscutable du goût romain de l'époque, de cette sorte d'urbanité un peu précieuse dont l'art témoigne autant que la littérature. Il n'est que juste d'y admirer l'épanouissement du décor tloral ".

Les frises extérieures se déroulaient sur un podium élevé, couvert fie rinceaux formés par des tiges et feuilles dacanlhe : sur les pilastres d'angle, c'était une grosse touffe de la même plante, dressant une forte tige garnie de folioles par intervalles et sachevant en bouquet; de la touffe de base, à droite et à gauche de cette tige, surgissait une tigette formant des spirales symétriques, enroulées les unes à droite, les autres en sens inverse. Un beau fragment est au musée des Thermes'': nous en donnons (Hg. 300i un pareil, qui reproduit la partie haute d'un de ces pilastres. Sur un autre panneau, dont on a des fragments au même musée et à celui de Florence (fig. 301), ce dernier motif se retrouve, mais différent d'exécution : la touffe de base est plus développée, la tige centrale lest moins, se divise en plusieurs tigettes, chacune contournée comme un balustre, plus rentlée dans la partie inférieure et émergeant dune grande feuille très découpée, ou d'un bouquet de longues folioles élancées. Les rinceaux finement cannelés, et qu'enlacent en hélice des vrilles dune grande délicatesse, poussent dans toutes les directions leurs volutes et leurs contre-volutes, dont l'œil est constitué, de façons très diverses, par un bouquet de feuillages en éventail, des pivoines, des pavots, des rosettes conventionnelles, qui ne nuisent point cependant à l'effet naturaliste (le l'ensemble. Les bifurcations de ces souples lianes, qui pren-

1. Mentionnons iti les skyplios et cantiiarcs de travail frrec, ornés de brandies de laurier ou de platane, du trésor rie Bosooreale {Monuments l'int. V [1899 , pi. xvii-.\vin), et le caiitliare dAlise Stiiart .lones, Cnmpanion. p. 131, fv^. 6'2]. Rien n'est plus vfùsin de l'art auj^'ustéen.

•2. Cf. plus haut. p. 141.

3. On comparera, à ce point de vue. le pilastre de la iJasilique Kmilieune, sur le Forum romain : Hijlsen. Honi. MiKh., XVII 1902 . p. j3. fijf. 1 i.

1. Slronj;. np . cil., pi. xvii: I?auni.u'arlen. o/i. cit.. pi. i\. 2.

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