ÉVOLUTION DC GRAND DECOR FLORAL APRES AUGUSTE
songe à un travail de ciselure, à un ouvrage d'orfèvrerie imité dans la pierre. Dans cette symphonie florale, une intervention très discrète de la faune introduit encore une note nouvelle : c'est ici un cygne, aux ailes épandues, dont le long cou plongeant décrit une courbe harmonieuse comparable à celle des rinceaux; un serpent minuscule, dont le corps sinueux ondule pareillement dans les feuillages ; ce sont ailleurs des lézards, des crabes, des oiseaux picorant et becquetant les boutons et les fleurs.
§ II. — Evolution du grand décor floral après Auguste.
Voici encore deux reliefs (fîg. 30"2) éminemment représentatifs de l'art d'une époque, celle des Flaviens : ce sont deux pilastres, aujourd hui au musée de Latran, qui faisaient probablement partie du tombeau des Haterii ' ; ils sont semblables, avec de légères variantes dans l'exécution. Un vase très élancé en forme de balustre, orné de longues feuilles di'oites au-dessus de la base, d'où s'échappent de légères pousses d'olivier, est cerné comme d'une bague, aux deux tiers de sa hauteur, par une sorte de collerette faite de pétales retombants ; perchés sur le rebord de la vasque supérieure, deux perroquets picotent le bouquet de fleurs qui le surmonte ; d'autres oiseaux plus petits jouent au-dessus de la collerette.
Si l'on compare ces deux reliefs avec les rinceaux de VAra Pacis, on mesure sans peine les changements amenés dans la technique par les elTorts de deux générations : dans l'œuvre flavienne, le réalisme est notablement plus marqué, les recherches de dessin moins raffinées; l'invention ne s'affirme plus par la variété curieuse des feuilles et des bouquets ou le caprice des enroulements de leurs tiges; le sculpteur, à part les rameaux d'olivier au pied du vase, n'a demandé qu'à un seul végétal, un plant de rosier, l'efTet décoratif obtenu ; mais par de savantes gradations dans le relief il a comme détaché l'arbuste du fond, en même temps que le vase; certaines feuilles, aux contours estompés, quelques boutons, à faible saillie, semblent surgir en arrière du vase, pendant que d'autres, en haut relief, ajoutent leurs ombres profondes à celles
1. Stroiif^, op. cit.. pi. xxxv; Gusman, .Art décoratif, p\. xv ; S. Rcinach; Reliefx, III, p. 287, 1-2: Haumgarlen. op. cit., fig. 316. p. i~\ (il voit un rameau de cerisier au pied du vase).
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{(ue détermine le contour de la panse. Ainsi a été résolu ce problème « des trois dimensions », sur lequel les sculpteurs du i'^'' siècle se sont évertués avec patience : la plus difficile à rendre, lépais-
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l'ihislrcs (lu niomiimiil dis Hiitctii (■|ii-lu'' Moscioni).
sc'ur, la profondeur, est ici frappanle de netteté. L'ouvrage est moins pittoresque que ceux dont nous avons parlé plus haut; il est plus vraiment sculptural, et ce qu'on a nommé l'illusionnisme romain v donne sa mesure.
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Ensuite, 1 art décoratif parait incliner vers les formes pompeuses, lourdes, surchargées ; tout rapprochement avec les belles créations que nous venons de décrire ferait tort à un fragment de frise au musée de Latran, provenant du F'orum de Trajan ' : la frondaison de ces rinceaux est d'une richesse un peu accablante.
Néanmoins, pour le n" siècle, nous devons à lécole d'Aphrodisias une (cuvre remarquable, qui est au musée de Constanlinople ; elle se distingue de toutes les autres par une combinaison étonnamment ingénieuse des sujets de genre et du décor floral. Sous la corbeille d'acanthe, dans le feuillage, ce sont mille petits détails réalistes et pittoresques : l'oiseau sur son nid, l'escargot, la sauterelle, le lézard; s'ils furent empruntés à des modèles hellénistiques, du moins le plagiaire ne doit sans doute à personne l'assemblage qu'il en a composé, et l'on admire, outre une variété inépuisable, une « singulière adresse à associer la figure humaine ou animale h la décoration végétale, à encadrer celle-ci dans celle-là, à animer celle-ci par celle-là - ». Création exceptionnelle pour un atelier d'Asie Mineure, car la facture, encore heureuse dans ce morceau, s'amollit rapidement en ces pays; certains exemplaires qui en proviennent sont gâtés de bonne heure par un modelé gras, iibàtardi, sans arêtes vives ni accent, comme dans la production courante du style byzantin •*.
Arrivons maintenant à une pièce trop peu connue, du musée de J^atran '■ ; nous en donnons fig. .303 1 un fragment ■' qui permet de juger l'ensemble : c est un pilier rectangulaire que recouvre entièrement un très beau décor végétal. Dans le bas. un grand vase, d'où parait s'élancer une pousse de vigne exubérante — notre figure laisse de côté cette partie inférieure moins bien conçue. Le cep vigoureux, dont les nodosités sont rendues avec un rare scrupule <iu détail, serpente dans son cadre étroit et étale ses feuilles, ses vrilles et ses grappes. Dans le champ, un peu partout, sont répandus de gracieux motifs qui n'apparaissent, pour la plupart, qu'à un observateur méticuleux : une échelle est jetée en IraNcrs des
1. Haumtfarlen. //e//pn. riini. Ktilliir. p. .')97. lî^. 117.
-'. Mciulfl, Sculpt. (lu Mus. otlom., II, p. 178 et sniv.. n" i',t3.
J. Ihiil., III, p. t'l\ et sniv.. a" 1170 : .\Iciulcl replace le mnreeaii à sa vraie <lale, sur laquelle on s'est Imiirlenips mépris.
•1. Benndorf et Sthf'uie, Antih. Bildnerke. p. l'JO et sniv.. n' 'i'iO.
b. Elle est reproduite en entier, mais peu nettement, à trop petite échelle. j>ar J. St^zygo^^ski, Mschatla Jahrli. <ier l<ôn. preus.i. Kiinstsainmlimgen.
•(4 l- p. 298, fi^:. 76. Cf. Stuarl Jones, (Jompnninn. pi. i.wiii.
pampres; un petit personnage, fâcheusement mutilé, y monte pour faire sa cueillette: de-ci de-là, sans souci des proportions respectives, des animaux sont comme dissimulés dans le feuillage ; l'œil
FifT. 303. — Fragment de pila!^lre.
Cliclic Moscioni).
n'est attiré que par un nid, où se dressent des oiselets nouveaunés, becs ouverts et tendus vers la mère. On ne saurait attribuer à ce joli morceau une date précise : vers 200 au plus tôt, disait-on ^généralement, jusqu'à ce que M. Strzygowski vînt proposer de le rattacher au courant artistique créé depuis Trajan par .Apollodore de Damas, l-^n tout cas, qu'il procède de cette inlluence ou de celle, plus vraisemblable ici à notre gré, qu'exercèrent les dynasties impériales syriennes, c'est bien dans ces régions qu'on remonte à