VII. BAS-RELIEFS A SUJETS RELIGIEUX
remise en juste lumière parmi les bas-reliefs historiques de notre musée national. Historique, elle l'était assurément par les circonstances qui l'avaient fait naître, puisque ce genre de sacrifice, non régulier, n'avait lieu qu'après quelque événement public nécessitant une lustration, et il se peut que l'artiste ait donné à la figure de l'officiant les traits véritables du grand personnage qui réellement tint ce rôle. Mais comme la date nous est inconnue — des raisons techniques conduisent seules à proposer en gros l'époque d'Auguste * — . il ne reste plus devant nous qu'un sujet plus d'une fois traité et essentiellement religieux Hg. 309 1. A droite, devant des
lig. in'i. — >iiiircl;iiirili;i (iliflii- Alinari).
lauriers un peu stylisés, deux autels reclangulaires jumeaux -. moulurés et décorés sobrement d'une liiie guirlande de feuillage, sont chargés de fruits et allumés. Sur l'un d'eux va brûler l'encens pris dans la cassolette (acerra) qu'un ministre tient ouverte pour le sacrificateur, celui-ci drapé d'une ample toge et d'un mauleau formant voile de tète et serrant dans la main gauche le rouleau où est inscrite la prière rituelle. Les autres membres du cortège sont laurés, à l'exception des comparses et des deux licteurs placés face à face, armés de leurs faisceaux. Un Camille préparc le rjullus
1. Cf. K. Michon. Monumenls Piol. .WII l'J09\ p. 200 cl siiiv : nous suivons à peu pri'S sa description, p. 106.
2. Le cliché Alinari. incomplet à droile, ii Vu laisse voir (pi'un : cf. l'Iiélii'gravurc donnée par Miclion. j)!. xvii.
pour ropération qui doit suivre. Au premier plan se tiennent les victimes, parées à peu près comme dans le relief précédent : le sculpteur a spirituellement étag^é les têtes : dressée, celle du lier taureau ; à mi-hauteur, impassible, celle du bélier résigné ; courbée, comme pour flairer, avec un air de méfiance, celle du poi-c. vers lequel se penche son gardien pour le maintenir, tout en se retournant vers un autre assistant. Les personnages, par leurs attitudes, sont en effet groupés deux à deux : on les croirait en conversation.
Bien moins intéressante par son style — car la facture est ronde, lourde, lâchée, conventionnelle ^ — est la frise de l'autel consacré à Neptune parCn. Domitius .Ahenobarbus, en 35-32 avant notre ère ; le Louvre en possède la seule partie exclusivement romaine par le sujet ^ ; si elle échappe un peu plus que le reste à la banalité, c'est grâce à des détails pittoresques dans la figuration. L'aspect d'ensemble est moins religieux ; laccent en est surtout militaire. Les personnages sont des gens de guerre, les uns assistant ou aidant au sacrifice; les autres, suivant l'interprétation très probable de Furtwângler ^, venant, en qualité de vétérans, recevoir leur congé, avec les droits et privilèges attachés à la libération. Cette œuvre ne relève donc qu'à moitié de notre série ; nous y reviendrons ailleurs.
Un bel autel de Pompéi, à Naples, nous fera connaître des variantes (fig. 70) : ici, c'est sur un trépied que le prêtre accomplit -.1 libation avec une patère, et le victimaire, au lieu de la hache, parait tenir un maillet; la scène se passe devant le temple de Vespasien. En face de deux monuments demeurés très énigmatiques doit avoir lieu le sacrifice qu'annonce l'arrivée du taureau, dans un bas-relief du Louvre ', peut-être du temps d'Hadrien, où l'on ne voit plus que le haut du corps de chaque personnage.
Jusqu'ici nous n'avons suivi que la première phase du sacrifice : 1 arrivée des victimes et la libation. La deuxième n'est pas moins
l.'.Voir surtout les animaux, à peine niodclés. Le demi-cntliousiasme do Fnrlwanjjrlcr, auquel résislc avec raison M. Miclion op. cit., p. 15" i, s'explique sans doute par l'énergie inconlestablc, la force rude, le mou\ ement qui se donnent carrière dans la scène centrale.
2. Stronp, op. cil., pi. v : S. Heinacli. Reliefs, I, p. 277 ; Michon, ibiJ.. p. Ié7 el suiv.. t\^. 1 à ."î ; Baunigarten, Hellen. rôm. Kultnr, p. 446, fip. 289.
■3. Interniezzi, kunslgescliichlliclie Sltidien, Leipzij^, I.SSO. 4°, p. 3.3-i8.
4. Miclion, op. ci7.,p. 225, fip. 12: S. Reinach, fletie/'s, II. p. 281.
Ô"/! VII. BAS-RELIKKS A SLJ1£T6 RELIGIEUX
souvent reproduite dans nos monuments : c'est la mise à mort '. A quand, et à qui, remonte le prototype ? On ne sait; toujours estil probable qu'un seul original a inspiré tous les ouvrages où cette scène se répète, suivant un canon presque . invariable. Deux hommes agenouillés maîtrisent le taureau ; l'un d'eux lui' saisit une corne et les naseaux; l'autre, dont l'action précise n'est pas toujours très distincte -. semble immobiliser une des pattes de devant, cependant que le victimaire, les jambes écartées pour mieux assurer son aplomb, lève très haut la hache dont il va frapper Tanimal au sommet du cou. C'est le mouvement qu'on observe dans le beau relief du musée des Offices, à Florence •*, que Raphaël iVnita dans le carton de Paul et Barnabe à Lystra. Seul fait exception un relief médiocre du Louvre, le « sacrifice des deux taureaux », où, quelles que soient les restitutions, on voit bien que personne ne maintient la tête de l'animal, qui la baisse complaisamment de lui-même. En revanche, la scène est exactement conforme au modèle sur l'un des skyphos du trésor de Boscoreale i fig. 310) * ; il importe donc fort peu que le sacrifice en question ait été offert devant le Capitole par Tibère en l'an 12, avant son départ pour la Pannonie. Toute cette ]iartie du sujet n'a d'historique que roccasion qui l'a motivée.
La bête mise à mort, restait à en examiner les entrailles, si elle avait été égorgée à cet effet. Cette scène occupe la moitié de gauche d'un relief du Louvre provenant du Forum de Trajan, sculpté en souvenir du sacrifice offert par cet empereur à la veille de la guerre dacique •'. Celle de droite, consacrée à une cérémonie religieuse peu distincte, devant le temple de Jupiter Capitolin. groupait quelques personnages historiques qui ont subi de fâcheuses restaurations; la tête même de l'empereur a été refaite. On peut négliger cette partie ; l'autre fournit la seule représentation romaine d'extispicine qui nous ait été conservée. L'animal est étendu
1. I^aiiteldu Ivatian, dédie au censo/- /jer/je/u us Gaius Manlius par ses clients (AUmànn, Grabaltiire, p. 179, fij;. 1 i3. n" 235; Heinach, Reliefs, III,pr[276. 1 >, juxtapose la libation et l'égorfrenienl de la bète.
2. On ne le voit pas snile relief mutilé de VAYh Pucis qui est à la Villa Médicis (Slronj;, Rom. Sculpture, ]y\. vm et xvi : Heinach, op. [cit.. I, p. 237, 2).
3. Stronjî, ihirl.. pi. xi,iv ; Rcinacli. ihid.. III, p. î2, 1. A ppartient-il 'vraiment à la série lia vienne où le range Mrs Slrong? Nous le croiiions plus récent.
4. D'après Héron de Villefosse, .Monuments Piol, V (1899), pi. xxxiv, 2. Sur l'autre côté du vase on voit s'avancer la victime, parée du frontal rituel.
5. Wace, PHpersofthe British Schoohii Rome. IV (1907). pi. xxvi et p. 239; Michon. op. cil., p. 217, fig. Il : S. Roinach, Reliefs, I, p. 330.
CORTEGES DE FETES
sur le clos, les pieds de devant encore relevés à demi. En ari'ière. le bourreau, sa besogne achevée, a reposé la hache sur son épaule. Entre lui et le seul témoin apparent — un homme en toge, muni
Fif:. 310. — Mise à niorl du taureau.
dun bâton de commandement, sans doute l'ordonnateur général du sacrifice, — Iharuspice, penché sur la béte, explore les viscères béants et lâche de discerner le moindre détail anatomique. présage de succès ou de périls à éviter.
ji III. — dorlèf/es (le fêtes.
-Nous pouvons comprendre aussi parmi les scènes religieuses les pompae ou cortèges de fêtes, en laissant de cùté seulement celles qui intéressent la vie privée ''mariage ou funérailles) ou des événements de guerres triomphe . Choisissons quelques exemples entre beaucoup. L'n sarcophage de San Loren/.o. à Home, nous présente une partie de cortège ' où figurent un char trainé de quatre éléphants montés par leurs conducteur-; et le groupe compact dune vingtaine de porteurs, soutenant de leurs épaules un ferculum ou long bran-