VIII. RELIEFS EL".NERAIKE
après qu'Oreste, parvenu à Tâge viril, rentre à Mycènes sur Tordre d'Apollon, avec son ami Pylade, pour y venger l'assassinat d'Agamemnon. A part un spécimen isolé, au musée de Petrograd \ où la scène de carnage n'est qu'à son début, où les vengeurs traînent par les cheveux Clytemnestre agenouillée et arrachent Égisthe de son trône usurpé, ces monuments sont tous exécutés suivant le même modèle, d'ailleurs très décoratif, plein de grandeur et de mouA'ement, où les groupes sont heureusement balancés "-. Le plus [remarquable est certainement celui du Latran (lîg. .'i24),
Fi^^ 324. — Meurtre d'Efiisllieel de Clytemnestre (Cliclié Hrr.gi;.
autre bel exemplaire du style continu du temps d'Hadrien : le sculpteur est parvenu à une vraie maîtrise dans la distribution des lumières et des ombres. La scène en question occupe le grand panneau de la cuve. Au centre les protagonistes : Egisthe terrassé, face contre terre, les genoux encore retenus par son siège culbuté; à côté Clytemnestre, la face convulsée par les derniers sursauts ; audessus les deux exécuteurs, le glaive relevé, lun d'eux arrachant la draperie du trône, ou la tunique du mort ; la vieille nourrice au visage ridé se détourne, épou\ antée, de ce hideux spectacle. Mais déjà sur la droite savancenl les l-'rinyes, les bras enveloppés de serpents qu'elles dirigent contre les meurtriers ; ceux-ci. leur
1. Heinach, op. cil.. III. p. 4l>;5, 1 ; Uobcrl. op. cit., 11, 5i, lâi.
2. Sarcophages du Vatican : Reinach, op. cit., IIl, p. 387, 2: 388. 1 Hobort. op. cit.. II. 56, I5S et 160 ; II, p. 192, 1 ; III, p. 259, 1.
tâche accomplie, se heurtent à une apparition fantastique, Tombre d'Agamemnon entourée d'un manteau ; le geste de son fils semble exprimer que justice est faite. Nous retrouvons le jeune homme à Textrémité de droite, posant la main sur le trépied apollinien et enjambant une Erinye, cette fois apaisée.
Ce tout dernier tableau n'est que le raccourci de toute une série d'épisodes faisant suite au meurtre d'Egisthe et de Clytemnestre. Quand leurs ombres ont pris passage dans la barque de Gharon * , les l*-rinyes poursuivent les deux jeunes gens, d'abord au sanctuaire de Delphes, puis à Athènes devant le tribunal des Héliastes ; ils sont acquittés grâce à Minerve qui vient déposer son suffrage en leur faveur - et réconcilie avec la justice clémente les Erinyes, dites désormais les Euménidesou les» Bienveillantes ». Pourtant une épreuve encore est imposée aux prévenus : ils doivent se rendre en Tauride où ils trouveront la sœur d'Oresle. Iphigénie, qu'Artémis y a transportée pour en faire la desservante de son culte ; là elle immole à la déesse tous les étrangers qui abordent en ce pays ou y sont jetés par la tempête. Sitôt débarqués, le roi de l'endroit, Thoas, les a fait enchaîner et conduire à la prêtresse, qu'on voit debout devant le temple ou la statue divine, auprès d'un arbre chargé de têtes coupées •*. Le sacrifice va être consommé quand frère et sœur se reconnaissent, se saisissent de la vieille idole tombée du ciel, quOreste doit emporter en Attique ; les trois jeunes gens massacrent les gardiens et s'embarquent précipitamment ^. La suite des événements n'est pas entrée dans le répertoire des marbriers.
Ils n'ont également traité qu'une faible part de la sombre histoire de Médée la magicienne, qui commence lorsque Jason vient de répudier sa femme pour épouser Creuse, fille de Créon, roi de Corinthe. Tous les sarcophages conserves •' développent le sujet
1. Celte scène sur lun des petits côtes du même sarcoiihaye : sur laulrc une Erinye au repos sous un arbre.
2. Keinach, op. cit., II, p. 192, 2. et fraj^ment du Vatican : III, p. 387, 3.
3. Sarcophages de Munich : Reinach, op. cit., II, p. 79, 3 lîaumeister, Denkmaler, I, p. 758), Weimar: Hoinach, ibid., II, p. 92, 1 (Baunieister, I, p. 759), Berlin : Reinach. ihid., II, p. 28, 2; cf. p. 192, 3, et le couvercle dans notre fig. 324 ; c'est un garde scythe qui conduit les jeunes gens ; c'est Thoas luimême dans le relief de Sens : Reinach. ibid., I, p. iOO, 4.
i. Quelques représentations de l'embarquement : ibid., II. p. 120, 3: III. p. 432, 7.
5. Ibid.. II, p. 24, 1 : III, p. 52. S; 232. I ; 31 i, 1 ; 325, I ; 32S. 2-4: 381, 3. Sarcophage du Louvre (S. Reinach, Statuaire, I, p. 92) forl analogue à un autre de liome : Saglio, Dicl. des .Xiit.. lîg. 1878.
t)<>8 VIII. RELIEFS FUNÉRAIRES
identiquement, sauf variantes de détail sans intérêt. A gauche, devant la demeure de son père, Creuse est assise entourée de sa nourrice et d'une compagne. Furieuse, la délaissée, qui n'en est pas à son premier meurtre, vient d'envoyer des présents à sa rivale; présents funestes, une couronne et une robe. Dès que Creuse revêt cette robe imprégnée de poison, un feu mystérieux la dévore; c'est elle qu'on aperçoit les bras raidis vers le ciel; une flamme s'élève au-dessus de sa tète, image de l'incendie qui la consume, en même temps que son père, et du feu que Médée fait pleuvoir sur le palais de Créon. Celle-ci paraît à côté de sa victime, torche en main ; devant elle ses deux enfants, qu'elle va dans son emportement furieux égorger elle-même; tout à la fin, sur la droite, on la voit s'en fuir vers Athènes sur son char que trainenl des dragons ailés.
Le mythe de Marsyas a surtout inspiré la statuaire; les auteurs de sarcophages le réservaient au besoin pour les petits côtés de la cuve ' ; on le trouve pourtant quelquefois sur le plus grand panneau, avec le chœur complet des Muses servant de jury -. Le spécimen le plus notable est le sarcophage Campana du Louvre -^ : Apollon debout lient la lyre, couronné par la ^'ictoire ; une Muse ou une Nymphe juge le concours, auquel assistent Minerve — à qui appartenait d'abord la flûte que le Satyre avait ramassée, pour se mesurer avec .Apollon — , le mont Tmolus et, par anticipation, le fleuve Marsyas qui va sortir du sang du vaincu. Plus loin, le Silène est attaché à un pin par un Phrygien; un esclave accroupi aiguise sur une pierre le couteau dont on va écorcher le présomptueux.
De même que les scènes de chasse se prêtaient à merveille à la sculpture de sarcophages, par les ensembles mouvementés et mêlés de tueries quelles procuraient, certains sujets de la légende s'imposaient pour des raisons analogues. Tel l'enlèvement des Leucippides, histoire, fort banale en soi, de deux jeunes filles fiancées à leurs cousins, et f|ue ravirent les Dioscures au banquet des noces. Nous remarquerons particulièrement un sarcophage du Vatican *:
1. S. Heinach, Reliefs, II. p. 122, 2; lil, p. 232, i-5;32l.3.
2. Sarcophaf^e de Sidon (Glyptothèquc de Ny-Carlsberj;) : Reinacli, ihid., II, p. 180, 1 : Rev. arc/i., 1S88. I, pi. vii-viii, p. 160.
3. Heinach, op et/., II. p. 219, l : HaiimcisLer, Denkmiiler. II, p. 887 ; Saglio, Dicl. des Anl., fip. »il38.
4. Reiiiach. Reliefs, III, p. 379, 1 ; Saplio. Dicl. des Ant., fîp. 2431 ; BaumcisLer, Denkmiiler, I, p. 452. Autres spécimens fort analof^ues : Rcinach, op. cil., III, p. 33, 1 ; 256, 2; 228, 1-3 'sur les petits cotés de celui-ci, chaque Dioscure emporte une Leucippide dans un quadrige .
entre les deux ravisseurs, reconnaissables à leur bonnet conique on voit les compagnes des Leucippides qui s'enfuient; sur la droite, leur mère et leur père Leucippe, qui semble abandonner toute velléité de résistance; sur la gauche, deux guerriers combattants doivent figurer en raccourci la lutte des amis des fiancés contre ceux des Dîoscures.
Les chevauchées impétueuses des Amazones furent un sujet de prédilection pour les artistes du iii*^ siècle et de la fin du ii*". Il nous reste beaucoup de sarcophages, entiers ou en fragments, où nous pouvons les étudier. Parmi les plus dignes d'attention, nous en retiendrons un du Vatican ', où l'elfet de masse, de mêlée, est prodigieux, et celui de la Via Salaria, au Capitole -, où la représentation est plus grêle, mais dune fougue saisissante. De toutes parts on marche sur des cadavres — de femmes surtout, car le sculpteur est grec et tient à exalter une victoire grecque — . Les guerrières sont à cheval, casquées, armées de la lance, du glaive ou de la bipenne ; leur bouclier est souvent à double échancrure. La tunique découvre d'habitude une épaule et le sein droit, pour mieux ajuster lare. Leurs adversaires sont généralement à pied ; on en voit quelques-uns de montés. Le couvercle du sarcophage du (^apitoie, et un autre du British Muséum •*, olfrent une frise continue d Amazones captives, assises sur le sol au milieu de leurs armes abattues. Sur un troisième ', voilà ces guerrières arrivant à Troie au moment où les Troyens portent le deuil d'Hector. Priam accueille celle qui les conduit, Penthésilée. Les Amazones, qu'on faisait originaires du Pont-l-luxin, avaient guerroyé en bien des lieux divers : mais de leurs reines, Hippolyte, Antiope, etc., pas de souvenirs plastiques dans les monuments de notre groupe. Seule sv retrouve Penthésilée, tuée par Achille après avoir glorieusement combattu. En lui enlevant ses armes, le héros fut frappé de sa beauté et séprit de la mourante. Dans nombre d'exemplaires, à une extrémité ou plus souvent au centre, .Achille debout soutient le corps pantelant, dont un bras étreint son épaule '. Le modèle que nous reproduisons
1. Amelung. Skulpl. (lesValik.. II. pi. .wm : Reinacli. Reliefs, III. p. 351^ 1-.1.
2. Ucinach, ihid., III. p. 1"«, I: Mus. Capitol., pi. i.x.wi : Robert. S.irkophag- Reliefs, II. •(2. 77. .Même sujol pnur les trois faces, comme sur le préccclcnl.
3. Reinacli, op. cil., II. p. îâît, I; Robert, Sarhopha(f-Reliefs. II. 32, 78. S. Reinacli, op. cit., III, p. 165, 3; Robert, op. ril., II. 21. .'lO.
.T. I/art s'csl figé de bonne lieiire dans celle leprésent.ilion : cf. Reinacli.
M.vMEi. u'AncHKOi.ooii; mi».m.\im, . 39