VIII. RELIEFS FUNERAIRES
garçons soiil quelquefois montés sur des chevaux, d'où leurs blessures mortelles les font choir ^ ; ainsi sur le sarcophage du Latran ici reproduit (fig. 3'22); auprès d'eux s'empresse en vain leur père, Amphion, pendant que Niobé s'efforce instinctivement de faire de son corps un rempart pour les plus jeunes de ses filles; une vieille
Fia;. 322. — Le massacre des Niobides Cliché Brogi).
nourrice tient dans ses bras une malheureuse enfant transpercée : un pédagogue à longue barbe appuie sur son épaule un adolescent en défaillance. Les flèches tombent dru el Ton voit les deux divins archers chacun à une extrémité du panorama ^ ou bien sur le couvercle, d'où ils tirent sur les condamnés amoncelés au-dessous d'eux. Le même sarcophage flu Latran montre sur un petit côté Niobé douloureusement pensive auprès du tombeau fie ses enfants. Pour les unions conjugales rompues par rimpitoyable destin était-il allégorie mieux appropriée que deux touchantes histoires de la mythologie? La première est celle de Protésilas et Laodamie. Protésilas commandait un corps Ihessalien au siège de Troie ; il fut tué au débarquement par Hector. Son épouse Laodamie supplia les dieux infernaux de la laisser revoir, au moins quelques heures, son mari. Hermès le lui ramena; quand l'heure du départ fut venue, on constata qu'elle aussi avait cessé de vi\re. Deux
1. S. Keinacli, op. cit., Ul. p. 277, i ; i33, I ; Sti'ontr, op. cit., pi. i..\,\i\.
2. Sarcophajïo du Vatican : Iteinacli, HI, op. cil., p. 385, 1.
beaux sarcophages déroulent les phases de ce récit. Sur celui du \^atican ^ on voit d'abord le guerrier posant le pied sur Téchelle du bord ; à peine débarqué, le voilà étendu mort sur le rivage ; cette figure voilée qui se dresse derrière le cadavre, c'est son ombre que Mercure vient recueillir. Mais bientôt le psychopompe pousse devant lui le héros, qui a repris les apparences dun vivant. Auprès d une façade, qui est celle, sans doute, de la demeure commune, les deux époux se retrouvent, se contemplent, avec une émotion angoissée par la brièveté préAue de la rencontre. Déjà Fépouse agonise de douleur, effondrée sur un lit au pied duquel un vieillard se lamente. Dans le fond, ombre à nouveau, Protésilas s elFace et Mercure le remet au nocher qui l'attend dans son canot. Le sculpteur a détaché et réservé pour un des petits côtés . la scène de la séparation : l'époux est tel qu'on l'a connu ; il est armé du javelot ; un écuyer porte son bouclier. Deux mains échangent une étreinte qu'on sent définitive. La scène est traitée avec une noble simplicité, digne de l'art classique dont elle est une réplique probable. L'auteur du sai'cophage de Naples - a dramatisé davantage et supprimé certains épisodes : Laodamie a offert un sacrifice à un hermès dé Bacchus ; alors à l'extrémité opposée surgit son époux, à la vue duquel elle tombe à demi pâmée.
Différente, mais non moins belle, l'histoire d'Alceste, femme dWdmète, roi de Thessalie. Quand celui-ci fut sur le point de mourir, .\pollon obtint des Moires que quelqu'un pût à sa place passer de vie à trépas. Personne ne s'offrait ; Alceste se dévoua et mourut donc pour son époux. Mais Hercule, ami du roi, descendit aux Enfers, en arracha Alceste et la rendit à son foyer. D'une donnée si poétique, les sculpteurs de sarcophages ont tiré médiocre parti ; les exemplaires conservés copient tous de plus ou moins près un prototype. A gauche, la demande en mariage ; chacun des deux rois est accompagné de son doryphore ; Admète en tenue de chasseur ; le vieux père résiste, paraît s'excuser de décliner une demande aussi flatteuse. Puis, sans transition, nous entrons en plein drame : au centre de la composition, mal liée, on voit .Viceste s'affaissant sur un lit, près d'expirer, devant son père stupéfait et chancelant, pendant que ses enfants se livrent à des
1. Rcinach. op. cit.. III, p. 391, 2 et i [Mtixeo Pio-Clementino.y,p\. .\viu-.\i.\).
2. Iltid., p. 82, 1; Baumcister, DenUmiiler. III, p. I4J2: Hosclier, Lexikon, au mol Prniesilaos. p.'.i\Ct'.
\III. RELIEFS FlNKaAIRES
manifestations de douleur fort apprêtées*. On remarque sur la droite l'intervention dHercule. massue en main -. sollicité par Proserpine. Sur le meilleur exemplaire, celui du \ atican ifig. 3'23 ■'. le héros survient flanqué de Cerbère et dAlceste. que
Fig. 323. — Histoire d'Alccste Cliché Moscioni).
Pluton lui a abandonnée. Cette histoire contenait un double symbole : douleur de la séparation, espoir de la réunion finale.
Du reste, pour la sculpture funéraire, tous les mythes étaient bons qui évoquaient lidée de la mort, et surtout d'une mort exceptionnelle par les circonstances alTreuses où elle se produisait ; tous ceux encore qui plaçaient sous les rep:ards des scènes de brutalité et de violence, ou une catastrophe collective.
Une de ces lég-endes, d'un caractère farouche, était celle de Penthée. Fils d'A<,'^avé, lille de Cadmus. il succéda à ce dernier comme roi de Thèbes. Bacchus étant arrivé dans cette ville pendant les fêtes ory:iaques auxquelles les femmes se livraient sur le Cithéron. Penthée i,'^agna la montag'ne pour tâcher de les interrompre ; mais, dans la fureur des bacchanales, sa propre mère Agave, l'ayant pris pour une bête sauvage, le mit en pièces, avec laide des Ménades. Sur les sarcophages, on voit le malheureux jeté
1. Sur le sarcopha^^e de la villa Albani, qui est incomplet à droite Hobert. Sarkophag-Reliefs, III, 1, 6-7. 23; Reinach. op. cil., III, p. 130. 4,. Hercule n'apparaît pas. l'n autre, consacré surtout à l'enlèvement de Proserpine
Hobert, ibid., 35 : Heinach, op. cit.. III. p. 25, 1-3;, présente rcspeclivenienl, sur les petites fares. .\lcesle emmenée par Mercure et ramenée par Hercule.
2. Reinach, ibid., II, p. 21s, 1 Robert, III, 1,6, 22); p. .304, 1 ^ Robert, 6. 24).
3. Les fifrures y sont individuelles, avec des types qui indiquent nette ment le règne de Marc Aurèle.
a terre, tout nu et tiré en tous sens par des femmes en délire, auxquelles se joint une panthère qui lui mord la jambe cruellement *. Quelquefois les Ménades brandissent des serpents, en même temps que des javelots, contre Penthée qui voudrait en vain se défendre -.
Simple fait-divers, mais sanglant, est Ihistoire d'un roi de rÉlide, Oenomaos. Un oracle lui avait prédit ([u'il mourrait, sitôt trouvé un époux pour sa fille Hippodamie. Comme elle était d'une rare beauté, les prétendants affluaient. Il annonça, alîn de les écarter, qu'il prendrait pour gendre celui qui le surpasserait à la course des chars, mais qu'il mettrait à mort quiconque serait vaincu par lui. Treize avaient déjà succombé dans l'épreuve, quand se présenta Pélops, lils de Tantale. Grâce aux chevaux que tenait le héros de Neptune, grâce au cocher royal, Myrtile, qui, corrompu par lui, enleva une pièce essentielle du char de son maitre, Oenomaos tomba dans la course et périt. Pélops eut la fille et le royaume, mais quand Myrtile vint demander sa récompense, le vainqueur le précipita dans la mer. Les sculpteurs se plaisaient à figurer en reliefs des courses de chars ■* ; quelques ouvrages médiocres résultent du choix de celle-là : ils montrent le roi s'apprètant à partir et jeté à terre dès les premiers tours de roue, et à la fin Pélops uni à Hippodamie, prix de son triomphe '* .
L'Orestie olFrait encore une ample matière pour la même série ■de représentations. Les préparatifs du sacrifice d'Iphigénie, origine de toutes les péripéties de ce grand drame, ne figurent que sur un autel de Florence •', où Ton voit la victime parée par les prêtres, tandis qu'une ligure voilée, à l'écart, symbolise la douleur paternelle.
Pour les sculpteurs de sarcophages, cette histoire commence
1. Sart()pliag:cs de Fisc couvercle : Reinach. op. cil., III. p. 106. 2; une des Mcnadcs Trappe Penthée à coups de bàlon , Giustiniani [ibid., p. 259, 2 : Bull, comiinule, l!»Oâ. pi. iii-iv ; à gauche, des Centaures, jouant de diversinstrunients, symbolisent la fêle bruyante des bacchanales'.
2. Helief du musée des Theimes (Reinach, /t'e/j'e/'s, III, |>. .'i30, ] : Ihill. fomiinale, 1887, pi. xiii).
■l. Le sujet est traité surtout à ce point de vue sur un sarcophage du Vatican (Reinach, op. c«7., III, p 3S9, 2).
4. Sarcophages de Xaples (Ruesch, Giiidu ili \apoli, n" 6(50; Reinach, op. cil., III, p. 81, 1), de Bruxelles (Reinach, t/nV/., II, p. 161, 2). Cumonl {Sculpl. de Bruxelles, p. 110 et suiv., n" X6) fait remarquer sur ce dernier de curieu.x anachronismes : le roi de lÉlide est chaussé de cothurnes romains, et au fronton de son palais est sculpté l'aigle éployé, attribut des Césars.
5. Reinach, op. cit., III, p. 31, 2 : Sagiio, DicL dca .\nl.. fig. 5992 : Baumcister, DenliiniUer. I, p. T5i.