‹ Manuel d'archéologie romaineChapitre 447 sur 509 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

SoMMAiHE. — I. Fantaisies mylliolojïiques. Le cycle de lîacchus. — II. Les Eros. — III. Vie familiale ou rustique. — W. Cliassc et voyaj;es. — V. Les métiers.

.\insi que nous lavons fait pour la ronde bosse, nous devrons prendre dans un sens très large l'expression : sujets de genre. Nous l'appliquerons encore à la niylhologie sentimentale ou galante, à ce qui, dans les vieilles légendes, fait ressortir la note comique ou fantaisiste. Nous annexerons tout un groupe, fort peu représenté en statuaire, et qui fournit aux reliefs un répertoire abondant : les sujets de la vie courante, par exemple ceux qui ont trait aux métiers. Peu nous importe ici qu'on les rencontre dans une enseigne f)U sur une pierre tombale, puisque, dans les deux cas, la façon de les traiter est pareille et que rien, sur la stèle, ne conduit par eux à l'idée de la mort. L'esprit concret, réaliste des Romains était fort ;i l'aise dans ces sujets, pour lesf[uels ils tiraient généralement tout (le leur propre fonds.

;; I*^'. — Fuiitaisies mi/lhologi(/ues. Le cycle de liacchus.

11 n'est pas toujours facile de distinguer ce qu'un ouvrage donné doit à l'esprit grec et à l'esprit romain. On s'accorde pourtant, quant aux huit reliefs du palais Spada ', à penser que la conception primiti\e est helléiiisli(jue, mais l'exécution si transformée (|u'on ne peut remonter au modèle grec '-. Certains détails sup-

1. S. Heinacli. Helief's, III, p. .3'j:5-:V24 : .\(luuis i)le>isé. Auipliimi et Zéllius. Hfllérophon abreuvant Péffase, Dctlale et Pasi|)hat', Ulysse et Diomède ilérKbant le Palladium, Mort d'(Jplieltt's, Paris et (JEnone allant sembarqucr, Eros conseillant Paris sur l'Ida. — Dans ce chapitre .\, la forme abi'é^ée : Heinacli inipli(jue un renvoi au.x lieliefs.

•2. <;r. HclbiL'. l'uluer. II. n" IHlO-lSi:.

FANTAISIES MVTIIOLOGIQIES. LK CYCLE DE BACClItS 661

posent In réunion de plusieurs techniques successives : le travail de la chevelure nous reporte au ii*^ siècle après J.-C. ; les guirlandes, le rendu des feuillages, un siècle plus tôt. Ce sont répliques de répliques ; doiî les divergences sur la date. Pour les six premiers sujets énumérés, on a proposé l'époque d'Auguste ', de Claude -, d'Hadrien ou d'Anlonin •' ; pour les deux autres, sûrement plus récents, le règne de Trajan Sieveking) ou Tàge des Antonins (Wickhoff, Wace) ; les dates les plus basses tiennent compte surtout de Texécution dernière; les plus hautes, de;^ modèles. En tout cas, il n'y a presque rien de dramatique dans ces compositions; le côté idyllique y prédomine, comme il convenait au décor de la pièce luxueuse dont elles devaient couvrir les parois. L'artiste, cependant, sest tenu dans une note moyenne.

D'autres épisodes prêtaient à moins de retenue. Telle l'aventure scabreuse de I.éda aux prises avec les transports du cygne dont Zeus a re\ètu les apparences ; les Grecs l'avaient transcrite avec un certain souci de niodéralion, montrant l'ainanle debout, un peu courbée, comme surprise. Plus tard on s'alTranchit de cette discrétion : dans les reliefs — le sujet est 1res rare eu ronde bosse — nous voyons Léda étendue à demi, dans une posture plus complaisante et plus abandonnée '.

Le cycle mythologique le plus indiqué pour les représentations familières restait celui de Bacchus. L'art grec lavait largement exploité ; il en fut de même à l'épofjiie romaine, où on le traita avec une couleur tout hellénique. L'histoire compliquée de son enfance est retracée, en quehiues tableaux, sur le couvercle d'un sarcophage de Baltimore, trouvé près de Rome '. ^'^oici à gauche sa mère Sémélé, foudroyée pour avoir voulu contempler dans toute sa puissance Jupiter, père de l'enfant ; puis Mercure, venu pour recueillir Bacchus et le porter à Jupiter, qui l'enferme en sa cuisse; un peu plus loin on en voit sortir le petit dieu ; Mercure l'emporte encore et le remet aux Nymphes qui rélèveront, lùlucation détaillée sur un autre sarcophage '' : on fait la toilette du

I. Harti,'l-\\'itklii)ll'. hic Wiener (ienesix. \'iciiiio. I.S95. f", p. 23 cl siiiv.

'2. Sicvekiiifj. dans lJriinn-I?riickniann. Denhmiiler. i\" <)2.i.

3. Ware, l'Hpeix nf Ihe lirilish Sclinol al Home, V (1910). p. 107 et siiiv. 107 et siiiv.

i. Roinacli. I. p. J-Sl, 1 : II, p. 213, 2: III, p. 231, 3-4.

^. Hciiiacii, M. p. 100, 1; Mélniujes de Hi)me. VIII 1888;, pi. xn.

6. Rcinacli, III, p. 183. 0: liclbit;, l'iihrcr. I, p. i3i.ii» 786:.»/»s. C.i/i;

662 \. BAS-REI.IEKS A SLJETS LE GENRE

nourrisson, on le baigne, on le chausse, on l'amuse; il a à son service un bouc qu'il monte à califourchon '.

Mais le sujet par excellence, repris à satiété, c'est le triomphe du dieu. La légende avait fait de lui un conquérant universel, qui avait parcouru l'Asie avec son pétulant cortèg-e ; de Syrie il avait franchi l'Euphrate et le Tigre, s'était avancé jusqu'en Bactriane, puis dans l'Inde, où il avait fondé la civilisation et laissé des colonies grecques que retrouva Alexandre '-. Et c'est dans l'Inde qu'on localisait le plus volontiers ses exploits. Quelquefois les reliefs figurent d'abord sa victoire : le roi du pays, Dériadès. contraint à la retraite ^ ou fuyant sur son char au galop, et ses sujets soumis aux pieds du dieu trônant '. Comme les triomphateurs mortels, Bacchus parait, le thyrse en main, sur un char traîné, tantôt par des Centaures ', tantôt par des panthères " ou par des éléphants ', même par un attelage plus compliqué : Centaures, lion, panthère : Pan ligure tout auprès comme son écuyer. Généralement le char est conduit par un Éros gambadant en croupe sur l'un de ces animaux et, à côté d'une divinité locale qui salue les succès du dieu, une \'ictoire le couronne ^. D'autres fois, plus simplement, il est assis «;ur la panthère apprivoisée. Pas de triomphe sans prisonniers : aussi l'on voit, marchant avec peine ou juchés sur la croupe d'un éléphant, des indigènes captifs, liés deux à deux, les mains derrière le dos, curieusement coilîés, avec de longues mèches qui bouclent en spirales '■'. Quelques exemplaires associent au triomphe de Bacchus celui d'Hercule'", dont la tenue débraillée jette une noie comique; un petit Ivros porte sa lourde massue.

Le cortège est innombrable; l'effet d'allégresse et de délire saccroit de l'écrasement de celte foule, qui trouve on ne sait coin-

lol.. p. 117 et suiv., n» 46 a, pi. x.\iv. Sarcophage de Venise : Saplio, Dicl. </<>.< .tn<..fiK. 6-:9.C{.S\lte, Jahreshefle (les ôslerr. Institutes, XII (1909), p. 215-223.

1. Ueinacli, II, p. 7 5, 3. Naissance et éducation réunies : II, p. 198, 1: III. p. 59, ».

2. Cf. B.Graef. De Bacchi expedilione Indien monumentisexpressa,\^<:v\\n. Isxe.S" : H. (iracven, Jahrb. dex Insl.. XV 1900). p. 21t)-21>i.

.5. Safflio, Dicl. des .An/., fif,'. 693: Reinacii, III, p. 363, 1 : Anielunj,', Slmli)!. lies Vatik., II, pi. vu, n" 75.

1. Ameluiif,', ibid.. I, pi. i..\xvn, n" 595: Heinacli, III, p. 361, 3. 5. .\meluaj,'. ibid., II, pi. .\x.\ii, n° 120; Reinacii, III. p. 360, 1 : p. 338.2. li. Heinacli, II, p. 227. i (Lyoni: Espérandieu, lias-reliefs. III. i>. 21. 7. iteinach, III. p. 274, 4 (Lalran).

H. Heinach, IIl. p. 1K3, 1 ;Capitole).

ît. Voir aussi Heinach, III, p. 251. 2 ; 360. 3. h). Heinach. II. p. 539. I (VVohnrn ; III, p. 251. 2 (C.iU. (iiusliniani .

Page 1