VII. LES MONUMENTS RELIGIEUX
siles du culte '. D'autres fois le décorateur, pour rappeler les sacrifices qui sont offerts sur les autels et les ornements qu'on y suspend, entoure le monument de guirlandes de feuillage ou de fruits, de bucranes saillants -. Un autel célèbre sorti des fouilles d'Ostie fournit un exemple de tous ces éléments réunis ^. Il est inutile d'accumuler des exemples pour un fait aussi connu. On trouvera, d'ailleurs, des représentations de ces différentes sortes d'autels dans la partie de ce Manuel consacrée à la sculpture et aux bas-reliefs. Les autels étaient, pour l'ordinaire, assez petits et ne dépassaient pas 1 mètre de hauteur en moyenne. Mais il en existait exceptionnellement de beaucoup plus importants : nous en avons gardé le souvenir ou même des restes. Ces monuments comprenaient plusieurs assises, un soubassement, qui pouvait atteindre de grandes proportions el où l'on abattait les victimes ; et l'autel proprement dit, auquel on accédait par des degrés, où se consumait la chair des victimes ''. Aucun de ceux dont on nous parle et dont les grands autels funéraires de la voie des tombeaux à Pompéi peuvent nous donner une idée, n'est comparable, il est vrai, pour les dimensions au fameux autel de Pergame, lequel reposait sur une terrasse carrée haute de 5 m. 80 et d'une superficie d'environ 850 mètres, tandis que l'autel véritable se dressait au centre à 8 mètres de hauteur, entouré de trois côtés par des portiques -^ ; mais quelques-uns atteignirent à de belles proportions. Sur le Champ de Mars existait un autel, ara Difis el Proserpinae in Tarenlo, élevé de 6 mètres audessus du sol et large de 3 m. 40". On y montait par trois degrés. L'autel de Rome et d'Auguste, à Lyon, arrivait, semble-t-il, à des dimensions au moins aussi grandes : on sait qu'il portait gravés les noms des soixante peuples de la Gaule, dont les statues représentatives se dressaient tout autour; que les lettres de la dédicace mesuraient 0 m. 38 de hauteur ", ce qui suppose un monument considérable ; que le soubassement était orné de grandes couronnes de chênes el^ de lemnisques dont on a retrouvé des fragments, el qu'il
1. Mau-Kclsev, l'ompeii, p. 107, li};. i3: Tln^dciiiil, Po/up<'/, II. p. 55, fij,'. 33.
2. E.vempies : Stiiart Joncs, op. cit., pi. i.xxxix ; Heinacli, ni,p. S3, li9. 377, 411 ; VV. .\Uinann, GrabnllUre, lieliefs, p. 59 et suiv.
3. Mél. de Rome, 1906, p. 4k3, pi. xii ; Stroiiff. Hnin. Sculpture, pi. i.xxiv: Heinacl), op. cit.. p. 332.
î. Cf. Satrlio, au mot Ara, dans le Dict.des Ant., I, p. 350. 5. M. Collijînun et E. Ponlremoli, Pertfnme, Paris, 1900. f», p. 59 et suiv. fi. yolizie deqli Scnvi. 1887, p. ISO : Monum. ihi Linrei. I. p. 5iO et >ui\ . 7. C.I.L., XIII. 1664.
LES ALTELS ] 4 1
était encadré à droile et à gauche par deux colonnes surmontées de Victoires ' .
Grands ou petits, on enfermait, pour l'ordinaire, ces autels i-^olés dans une enceinte consacrée (sacellumj défendue contre les profanations par des grillages ou des murs. L'ara maxima d'Hercule, au forum hoariiim, était ainsi entourée d'une clôture -. L'usage de semblables sanctuaires se conserva jusque sous l'Empire.
Sur le Champ de Mars s'élevait un autel [ara Pacis Augustae) qui avait été dédié le 30 janvier 9 av. J.-C. pour commémorer le retour d'Auguste de Gaule. Il était enveloppé d'un mur d'enceinte quadrangulaire de 10 mètres sur 11. percé de deux entrées à 1 Est et à l'Ouest. Ce mur de marbre présentait intérieurement et extérieurement des bas-reliefs, .\u-dessus de gracieux festons formés par des guirlandes de fruits et de fleurs se développaient des scènes empruntées à l'histoire de Rome et à la mythologie, des processions, des sacrifices. De nombreux fragments en ont été recueillis ''. On a retrouvé de même, dans le quartier du Quirinal, l'enceinte sacrée où s'élevait un autel dédié en souvenir de 1 incendie de Rome par Néron. A la suite de ce désastre on avait fait vœu d'offrir des sacrifices annuels incendiorum arcendorum causa ; et ces sacrifices devaient être accomplis sur des autels disposés dans chacune des quatorze régions de la ville. Celui du Quirinal s'élevait au milieu d'une place limitée de distance en distance par des cippes et close de balustrades. Il mesurait 1 m. "26 de hauteur, sur 8 m. 25 de large et 6 m. 25 de long '.
Dans tous les exemples d'autels qui viennent d'être cités, il n'a pas été question de statues divines ni de chapelles : le '-ulte s'y célébrait indépendamment de toute représentation de divinité. Pourtant, dans la plupart des cas, les autels n'étaient que des annexes de sanctuaires. Ceux-ci pouvaient à la vérité, être extrêmement simples et réduits au minimum. Le dieu pouvait être figuré par une petite statuette ou par une peinture murale. Tel est le cas d un édicule, situé à Rome, sur la voie Portuensis, à 4()0 mètres
1. E. C. Martin-Daussigny, Congrès arr/i. de France, XXIX, 1862, p. 418et suiv. et Solice sur la découverte de l'autel d'Augusle:) Lyon, Lyon, 1S63, 8".