‹ Manuel d'art byzantin (volume 2)Chapitre 106 sur 370 · GRÉGOIRE DR NAZIANZE · texte numérisé non relu

GRÉGOIRE DR NAZIANZE

pa:^ moins de six manuscrits illustrés, dalant pour la plupart du xi*^ ou xii^ siècle, et dont les miniatures semblent par leur disposition indiquer qu^elles ont été découpées dans un rouleau. Entre cette illustration d'autre part et celle du rouleau de Josué, la ressemblance est frappante et la parenté évidente. Or, comn^e il est impossible d*admettre que, par un hasard invraisemblable, le rouleau du vi*' siècle se soit trouvé entre les mains des copistes bien postérieurs de rOctateuque, il faut conclure que ces divers manuscrits procèdent d'un original commun, d'un rouleau de provenance alexandrine contenant les huit premiers livres de la Bible et qui existait dès le y^ ou vi* siècle.

Le Psautier, — De même le Psautier paraît avoir été illustré de très bonne heure. Les psaumes, on le sait, ont tenu une grande place dans la liturgie de T Eglise primitive ; ils ont fort occupé la pensée des Pères du iv^ siècle. Dès le milieu du v^ siècle, un évêque de Ravenne faisait peindre dans le triclinium de sa cathédrale une illustration du psaume 148 ; dans une calacombe chrétienne découverte à Kertch et datée de 491 , la décoration des murailles est formée par des inscriptions tirées des Psaumes, et reproduisant, entre autres, le texte entier du psaume 90 * ; enfin, c'est un sujet fréquemment reproduit sur les étoffes que le Christ remettant le psautier à saint Pierre. On est donc fondé à croire que de bonne heure ce livre populaire et vénéré fut illustré de miniatures, et c'est ce que confirme l'aspect {but antique des belles miniatures qui décorent le célèbre Psautier de Paris (Gr. 139). Le manuscrit est du x* siècle, mais il reproduit de toute évidence un prototype beaucoup plus ancien, dont le pays d'origine semble être l'Asie Mineure, et dont l'inspiration, comme celle du rouleau de Josué, est tout à fait hellénistique. Certainement ce prototype existait au v^ ou vi^ siècle. Un autre prototype semble, dès la même époque, s'être constitué en Syrie *.

Grégoire de Nazianze. — Dès cette époque aussi était constituée l'illustration des principaux Pères de l'Église, qui tiennent une si grande place dans les préoccupations des théologiens et des fidèles. Cela parait évident en particulier pour Grégoire de Nazianze. Le beau manuscrit de la Bibliothèque nationale (Gr.5lO), enluminé dans

1. Kulakovski, Eineallehristl. Gràbkàmmer in Kertch àu* 491 (RQ, 1894), 3. Strzygowski, aUx. }^eltchronik, p. 182 ; Die Miniaturen des serbischen

P$altersy 89 ; Baumstark, Frûhchrisilich-syrische PsaUerillustration (O. Ch.,

la seconde moitié du ix*' siècle pour Tempereur Basile I®*", suppose un prototype beaucoup plus ancien. Certaines scènes, comme la Vision d'Ezéchiel, conservent encore le coloris de la peinture antique ; dans beaucoup d*épisodes évangéliques, on sent Timitalion de vieux modèles. Le fait apparaît surtout de façon frappante dans la manière dont sont mises en relief et traitées, par exemple dans le Grégoire de Nazianze de TAmbrosienne, les allusions mythologiques ou poétiques, dans la façon tout antique dont sont illustrés, dans un manuscrit de Jérusalem et dans le Cois] in 239, certains passages des homélies évoquant des scènes champêtres ou des souvenirs païens. Or, certains de ces passages avaient été, au vi® siècle, abondamment commentés par des scholiastes érudits. Ici encore tout permet donc d'admettre Texistence d'un prototype dès Tépoque de Justinien.

Nous retrouverons plus tard ces manuscrits : il fallait pourtant dès maintenanten signaler les origines lointaines. Elles montrent en effet tout ce que levi® siècle conservait de la tradition hellénistique ; elles expliquent comment, par l'intermédiaire surtout des manuscrits illustrés, la Renaissance byzantine du x® siècle put retrouver le contact de la culture antique.

CARACTÈRES GENERAUX DE LA MINIATURE AU Vl*^ SIÈCLE

Si l'on essaie, au terme de cetle étude, de dégager quelques conclusions, on voit tout ce que l'étude des miniatures nous fait connaître sur l'art du vi* siècle. Assurément, parmi ces manuscrits, plusieurs ne sont que des copies de prototypes plus anciens, et ils ne nous apprennent guère qu'une chose pour le siècle de Justinien, le goût qu'on y conservait de la culture antique, le plaisir qu'on prenait toujours à imiter les modèles laissés par l'art hellénistique. D'autres manuscrits, au contraire, sont de véritables créations du VI® siècle. L'évangile syriaque de Rabula, l'évangile de Rossano, sMls sont des copies, reproduisent en tout cas des originaux à peine plus anciens qu'eux. L'une des miniatures du Dioscoride est une œuvre certaine du vi® siècle. Quant au manuscrit de Cosmas, il nous offre une illustration constituée tout entière à Alexandrie à la même époque ; et c'est avec raison que Kondakof a pu écrire : « Les miniatures du manuscrit deCosmas caractérisent l'art byzan-

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tin à l'époque de Jusiinien, mieux que tout autre monument de cette période, à part quelques mosaïques de Ravenne '. »

De ces documents particulièrement significatifs, un fait saillant se dégage tout d'abord. Dans l'illustration des manuscrits comme dans la décoration des édifices, deux sources d'inspiration se juxtaposent, se combattent et se mélangent. C'est d'une part la tradition pittoresque de l'art alexandrin, toute pénétrée d'esprit antique. C'est chez elle que l'auteur du Dioscoride a trouvé les modèles pour son portrait de Juliana Anicia ; c'est à elle que l'auteur du Cosmas emprunte une bonne part de son illustration ; et jusque dans les peintures des livres sacrés la même influence s'accuse. Nul ne s'étonne de voir la Genèse ou le livre de Josué illustrés dans le même style que les poèmes épiques de l'antiquité profane. D*autre part, c'est la tradition monumentale de l'art asiaticooriental avec son double caractère, le goût de l'ornementation élé gante et riche, d'une abondance un peu touffue parfois, l'air de gravité solennelle, de cérémonie pompeuse, de réalité historique, qui apparaît dans la composition des scènes comme dans l'expression des figures. On a noté tout ce que le Cosmas, l'évangile de Rabuia, celui d'Etschmiadzin, celui de Rossano doivent à l'imitation de certaines mosaïques célèbres de l'époque, et quel étroit rapport ils présentent avec elles. On sait quelle place la décoration pure tient dans l'illustration des manuscrits syriaques. Entre ces deux sources d'inspiration, l'art du vi* siècle, dans la miniature comme dans l;i mosaïque, tend à préférer chaque jour davantage le style monumental. Pourtant la miniature a toujours, on l'a vu, gardé plus d'indépendance que la grande peinture ; plus qu'elle, elle est demeurée fidèle à la tradition pittoresque, et par là elle a rendu un service inappréciable à Fart byzantin, « non seulement par la copie des prototypes antiques, mais par l'adaptation intelligente, sincère, de leurs procédés aux ouvrages chrétiens'. »

Un autre point important se dégage de cette étude : c'est la prodigieuse activité artistique qu'elle révèle pour le vi* siècle. A côté des ateliers alexandrins auxquels nous devons le Cosmas et le Josué, les ateliers syriens et mésopotamiens produisent la série des évangiles syriaques, dont le plus fameux est celui de Rabuia. L'Asie Mineure illustre les évangiles de Rossano et de Sinope ; Byzance

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