CHAPITRE VI
Décadence de la sculpture. — l. La pierre et le bois. Statues impériales et basreliefs historiques. Portes de Sainte-Sabine . Ambon de Salonique. Sculptures de style hellénistique. Sarcophages de Ruvenne. Prédominance de l'ornement. — IL L'ivoire. Diptyques consulaires. Ivoire Barberini. Ivoires de style hellénistique. Ivoires de style oriental. Chaire de Maximien. Diptyques à cinq compartiments. Diptyque de Ravenne. Caractères généraux de Tivoirerie byzantine au vi* siècle.
Décadence de la sculpture. — Pendant que, dans Tart byzantin, l'architeclure et la peinture se développaient d'une façon originale, la sculpture, et surtout la grande sculpture monumentale, déclinait ' . Il y a plusieurs raisons à cette décadence. On répète volontiers, par exemple, que TÉglise grecque proscrivit formellement la sculpture. Sous cette forme, cette assertion peut sembler un peu exagérée, et elle est nettement contredite par les faits : s'il est vrai en effet que, sur le tard, T Église orthodoxe interdit d'adorer les images sculptées, il est certain d'autre part qu'au début la sculpture tenait une grande place dans les églises. Pourtant, il est incontestable que le christianisme eut de bonne heure une préférence pour la peinture. Il éprouva toujours quelque défiance pour une forme d'art à laquelle les dieux du paganisme avaient dû leurs plus parfaites images et leurs aspects les plus séduisants; et considérant, selon le mot d'un théologien, la peinture comme plus sainte, forcément il réduisit assez vite la place du sculpteur et le borna au rôle modeste de décorateur et d'ornemaniste. Par ailleurs, les goûts de l'époque n'étaient point pour favoriser le développement de la sculpture. On sait déjà comment, sous l'influence de l'Orient, l'ornement sculpté s'était transformé, comment, dans le désir de substituer aux effets de forme les effets de couleur, on était arrivé à atténuer de plus en plus, à eifacer presque le relief plastique, à le remplacer par une sorte de gravure à la pointe, incisant les lignes sur une surface plateau lieu de
1 . Pour l'ensemble de ce chapitre, Bayet, Recherches ; Aïnalof, Origines^ surtout le chap. II : Le relief pittoresque ; Venturi, Storia delV&rte italiana. t. I, et Diehl, Justinien.
mod eler les formes en pleine matière. De tels procédés n'étaient point faits pour développer la technique de la sculpture. Enfin, la place chaque jour plus grande faite à Tornementation pure devait nécessairement amener les artistes à négliger la représentation de la personne humaine. C'est un fait digne d'attention que, dans les villes mortes de la Syrie centrale, on n'a retrouvé ni une statue ni un bas-relief. Le sculpteur n'y apparaît plus que comme un auxiliaire au service de l'architecte, et sa virtuosité s'applique à couvrir les divers membres de la construction du fin réseau de ses dentelles de pierre, de l'enroulement de ses rinceaux, du luxe de sa décoration trop souvent lourde et chargée. Tout cela, assurément, était inquiétant pour l'avenir de la grande sculpture et explique amplement pourquoi, surtout après le triomphe des images, elle fut, dans l'art byzantin, si peu et si mal représentée.