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LES MOSAÏQUES

Ajoutez enfin les nombreux fonctionnaires d'origine orientale, qui souvent s'établissent à Rome à demeure, comme ce Platon, curateur dif palais impérial du Palatin, qui fut le père du pape Jean VII. Par tout cela, on le conçoit, les usages grecs pénètrent en Italie ; J'Église adopte les fêles grecques et le culte des saints grecs; la société prend les costumes, les mœurs, les prénoms, la langue même de rOrient byzantin. L'art naturellement n'échappa point à ces influences, et bien avant Tépoque où la persécution iconoclaste jettera en Italie un flot de moines et de réfugiés byzantins, il accepta, il subit les enseignements de Byzance. Et c'est pourquoi, pour connaître Part byzantin du vu® siècle, il est indispensable d'étudier les monuments romains de ce temps.

L'architecture. — Que Ton regarde par exemple les églises romaines de cette époque. En Orient, on le sait, c'était un type courant d'architecture que la basilique à tribunes disposées au-dessus des bas-côtés. On Timita à Rome. Dans la seconde moitié du VI® siècle, à Saint-Laurent hors les murs, le pape Pelage II établissait une galerie à arcades au-dessus de l'entablement droit qui surmonte les colonnes; au milieu du vu® siècle, Téglise de Sainte- Agnès hors les murs était pareillement rebâtie avec des tribunes au-dessus des bas-côtés. L'une et l'autre formaient ainsi de vraies basiliques orientales, tranchant sur le type romain, et qui demeurèrent à l'état d'exception. Ailleurs on rencontre des églises à plan circulaire: Saint-Théodore, au pied du Palatin, qui date de la fin du vu® siècle ; Sainte-Anastasie, primitivement consacrée sous le vocable de VAnastasis^ et qui sans doute reproduisait le plan de l'église de la Résurrection à Jérusalem. On sait enfin qu'à la fin du VI® siècle Narsès avait fondé une basilique en l'honneur des apôtres, bâtie sur le plan de l'église des Apôtres à Constantinople : elle dessinait une croix grecque, surmontée au centre d'une coupole.

Ainsi les types consacrés de l'architecture orientale fournissaient des modèles à l'Italie byzantine. La décoration sculptée, et plus encore les monuments de la peinture, attestent les mêmes influences.

Les mosaïques*. — La mosaïque de l'église des Saints-Cosme et Damien, exécutée au commencement du vi® siècle sous le pape Félix IV (526-530), avait été la dernière composition où se fût manifestée la tradition classique et romaine. Après cette œuvre capi-

1. De Rossi, Masaici cristiani di Roma^ Rome, 1870-1895; Clausae, Basiliques et mosaïques chrétiennes^ Paris, 1893. Marucchi, ÉlémenU d'archéologie chrétienne, III, Rome, 1902 ; Bertaux, Rome.

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taie, l'une .des plus nobles de l'arl chrétien, pendant plus de cinquante ans la série des mosaïques romaines s'interrompt; et quand l'art des. mosaïstes réapparaît à la fin du vi' siècle, il reparaît transformé. C'est Byzance quiy domine désormais. Sans doute, k Saint-Laurent hors les murs. Pelage 11 (578-590) cupie encore sur l'arc triomphal la diiiposilion de l'abside des Saints-CoMne et

Fig. ISS. — Ilonif, Sainte- Agiié». Mosaîqiies de l'abside iPhot. Anderéoa). ■".-

Damien ; mais entre l'original el cette gauch.e imitatioç il'y a uu abîme, et le Christ-roi assis sur le globe du monde^a déiâ qlielque chose d'oriental. Bientôt les motifs nouveaux empruntés é' Byzance s'introduisent plus largement encore ; el pareillement les costumes qui donnent aux saints et aux saintes l'aspect de dignitaires de la cour impériale, les altitudes solennelles qui semblent réglées par un cérémonial immuable, les gestes de bénédiction que fonlles personnages sacrés, le décor et les types, tout cela vient de l'Orieul grec.

■Sainte-Agnès. Oratoire de Sainl-Venance. — Au vn" siècle, À Sainte-Agnès hors les murs, décorée entre 625 et 640, Ib Christ disparaît de l'abside : à sa place, à la place d'honneur, la ma'rtjre

apparaît, somptueusemeat vêtue comme une impératrice de Bj'zance {Gg. 163). Sur sa tête une couronne d'or est posée; des bijoux ornés d'or et de pierreries s'accrochent aux tresses de ses cheveux :

une élole d'or gemmée recouvre ses épaules, sous Inqucite passtune tuilique violette bordée d'or, dont l'un des pans porte l'imago du phénix. Le développement du culte de la Vierge, dont l'importance, toujours sous l'influence de l'Orienl, s'accroît sini^ulièremenl

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dans la Rome du vii° siècle, donne son caractère à la décoration absidale de Toraioire de Saint- Venance au Latran (vers 640). La Vierge orante y occupe le centre de la composition, la tête et le buste drapés dans le voile syrien, tandis que le Christ n'est fi^ré qu'en buste, dans les nuées d*où il bénit sa mère. Aux côtés de la Madone, et sur les parois latérales de Tare, des saints font cortège à Marie (fig. 164) : plusieurs d'entre eux portent le costume des dignitaires byzantins, la tunique courte serrée à la taille par une riche ceinture, la chlamyde retenue à l'épaule par une fibule et sur laquelle est cousu le loron de pourpre, les hautes bottines richement brodées. C'est sous le même aspect qu'apparaissent les saints qui, dans l'abside de Saint-Étienne le Rond (vers 648), encadrent la croix gemmée supportant le médaillon du Christ, et le saint Sébastien de Saint-Pierre-ès-Liens (vers 680), qu'une image votive représente en guerrier byzantin. Mais l'oratoire surtout que le pape Jean Vil, un grec, fit construire en 705 à Saint-Pierre en l'honneur de la Vierge-reine, atteste le caractère que Byzance donna à l'art romain de ce temps.

Oratoire du pape Jean VIP, — Une des parois de la chapelle reproduisait, semble-t-il, la disposition d'un retable byzantin. Dans un grand compartiment central, on voyait la Vierge-reine debout dans l'attitude de l'orante, la tête chargée d'un énorme diadème ; à ses pieds se tenait le pape présentant \q modèle de sa chapelle. Autour de ce tableau central, une série de compositions plus petites représentaient la vie du Christ, de l'Annonciation jusqu'à la Descente aux limbes et à la Visite des saintes femmes au tombeau. Sur l'autre paroi étaient figurés les épisodes de la vie de saint Pierre et de saint Paul. Malheureusement, lorsque au xvi® siècle Bramante démolit l'ancienne basilique de Saint-Pierre, l'oratoire partagea le sort commun de tant d'autres monuments. De ses mosaïques dispersées il ne subsiste plus que quelques fragments épars. La Vierge est à Florence, dans l'église de Saint-Marc ; l'image du pape est déposée dans les Grottes vaticanes; quelques morceaux sont au musée du Latran ; un fragment de la Nativité a été signalé récemment à Orte. De tous ces morceaux, le plus remarquable est le panneau représentant l'Adoration des Mages, qui est conservé à Sainte-Marie in Cosmedin (fig. 165). Le coloris en est fort beau, et l'Enfant divin tout en or fait une tache lumineuse entre l'ange blanc

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