BYZANCE ET LA SYRIE
de Hyzance, et il présentait à Tappui de cette théorie des preuves que lui-mcme jugeait et qui semblent en effet « irréfutables » *. Il a depuis lors changé tout cela, et il déclare aujourd'hui que c'est Fart byzantin au contraire qui doit énormément à T Arménie, et que, sous rinflueace de TOrient, il se créa de bonne heure dans cette région un art original et des formes d'architecture propres, qui de là se sont transmises, entre le ix® et le xi® siècle, d'une part, en contournant le domaine byzantin, chez les Géorgiens, les Russes et les Slaves du sud, de l'autre, grâce à l'établissement d'une dynastie arménienne à Byzance^ jusque dans la capitale même de l'empire. C'est de l'Arménie que viendrait le type de Téglise à croix grecque, et pareillement le plan de la Nouvelle-^^glise édifiée par Basile I '. Dans tout cela il reste, il faut l'avouer, une forte part d'incertitude et d'hypothèse. Mais, quoi qu'il en soit, il est curieux en tout cas de voir comment, en Arménie, se modifièrent au vu" siècle certains types anciens de construction, imaginés dans l'Orient chrétien.
Byzance ella Syrie, — Un fait pourtant inclinerait,, entre les deux théories proposées, à faire accepter plutôt celle de l'influence byzantine : c'est l'action indiscutable qu'au vu® et au vin* siècle la capitale grecque exerça sur tout l'Orient. On en trouve la preuve dans les monuments musulmans de Syrie. La mosquée d'Omar à Jérusalem, construite de 687 à 690, est, avec son plan octogone, sa coupole, son tambour cylindrique, ses revêtements de marbre surtout et sa magnifique décoration de mosaïques ornementales à fond d'or, une ccuvre purement byzantine. Il en est de même de la grande mosquée de Damas. Lorsque, au commencement du vin® siècle, le Khalife El-Walid voulut transformer l'église de Saint-Jean-Baptiste à l'usage du culte musulman, il fit appel, dit-on, à des ouvriers byzantins que l'empereur grec lui fournit. L'édifice, tel qu'ils le modifièrent, ne fut autre chose qu'une basilique à coupole. Dans la longueur des nefs basilicales, un transept médian fut inséré, également surélevé dans ses deux ailes au-dessus des collatéraux ; une coupole sur trompes couronna ce transept. La décoration également fut purement byzantine : colonnettes de style byzantin à relief méplat, frise de rinceaux de marbre blanc se découpant sur un fond de marbre foncé, mosaïques surtout disposées à l'intérieur de la coupole, sur les murs et jusque sur la façade du transept, tout attesta la collaboration des ouvriers byzantins. Toutefois, l'ohliga-
1. Stray^owski, D&s Etschmiadsin-Evàngeliar (Byz. DcnkmUler, I), p. 9-16.
2. Straygowski, Kleinasien, 175-176; Der Dom zu Aachen, 36-37, 39-i4.
320 l'art byzantin de justinibn aux iconoclastes
tion de respecter les scrupules musulmans donna à celte dernière partie de la décoration un caractère particulier. Les mosaïque^ représentèrent des architectures et des arbres se détachant sur un fond d'or: ainsi Tart byzantin reprenait les motifs chers au style pittoresque alexandrin. Malheureusement Tincendie de 1893 a détruit ces mosaïques presque entièrement ^ Les fresques eu rieuse>. récemment découvertes, qui décorent le palais ommiade de Kuseir- Amra (l*^* moitié du viii* siècle) ne sont pas moins significatives : elles aussi procèdent de l'iconographie hellénistique, et attestent clairement Tinfluence que Byzance à ce moment exerçait sur Fart arabe ^. Toutefois, c'est en Occident surtout, à Rome, à Raveniie, qu'il faut, pour cette période, chercher des monuments de la peinture. On y verra en même temps avec quelle rapidité cet art, que le vi^ siècle avait porté si haut, s'achemina vers la décadence.
l'art byzantin en occident
Rome ^. — Vers le milieu du vii« siècle, Rome était une ville à moitié byzantine. Depuis qu'au temps de Justinien l'autorité impériale y avait été restaurée, plus que jamais l'Orient l^avait envahie. Dans la période qui va de 606 à 741, treize papes, grecs ou syriens, gouvernent tour à tour l'Église romaine. Une nombreuse colonie d'orientaux est installée dans la ville éternelle. Ce sont des moines d'abord, qui, d'Orient ou d'Afrique, sont venus, fuyant devant l'invasion arabe, chercher à Rome un établissement : ainsi s'est constitué dès le milieu du vii^ siècle tout un groupe de monastères grecs, que peuplent des Ciliciens, des Syriens, des Grecs, des Arméniens. Puis, pour grossir cette colonie, c'est un flot incessant de pèlerins, (le négociants, de voyageurs, de fugitifs. Au pied de l'Aventin et du Palatin, tout un quartier grec s'étend autour de l'église, au nom >i caractéristique, de Sainte-Nfarie in Gosmedin ou in schola graeca.
1. Cf. sur la mosquée d'Omar et la mosquée de Damas, Saladin, Manuel (Vart musulman, p. 55-71 et 80-87 ; Kondakof, Voyage archéologique en Syrie et Palestine.
2. Musil, Arabia Pelraea, I, Vienne, 1907 ; Kuseir Amra, Vienne, 1907 ; Strzy- ^owski. Amra nnd seine Malereien (Zeitschr. f. bildcnde Kunst, XVIII, 1908'.
3. Diehl, Études sur radministration byzantine dans l'exarchat de Ravenne, Paris. 1888: Rei'taux, Rome, Paris, 1905.