‹ Manuel d'art byzantin (volume 2)Chapitre 143 sur 370 · SANTA MARIA ANTICA · texte numérisé non relu

SANTA MARIA ANTICA

des mosaïques, comme une princesse de Byzance, et en effet cet ouvrage date du vii« siècle. Enfin, dans la catacombe de Saint- Pontien, on trouve un Christ très byzantin du vii« siècle, et à la même époque appartenaient les peintures presque ruinées de la basilique cimilériale de Saint-Valentin. Elles racontaient, avec des détails empruntés aux apocryphes, la vie du Christ et celle de la Vierge, et l'influence byzantine y était manifeste.

Sania Maria Anlica ^ — Mais, de tous les monuments de la peinture romaine du vn® et du vin® siècle, le plus considérable assurément est l'importante décoration à fresque de la basilique de Santa Maria Antica, découverte en 1900 dans les fouilles du Forum, au pied du Palatin, entre le temple de Castor et le couvent des Vestales. Des peintures de date assez diverse couvrent les parois de cette église; sur certains points, plusieurs couches superposées se rencontrent, dont il n'est point aisé de déterminer la chronologie. Certaines fresques, les plus nombreuses peut-être, doivent être attribuées au ix* et au x^ siècle; d'autres, que des inscriptions datent avec précision, remontent au milieu du viii® siècle ; quelquesunes, les plus anciennes, sont de la fin du vu® ou du début du viii* siècle. Partout les inscriptions grecques se mêlent aux inscriptions latines, et les traditions byzantines s'unissent aux traditions romaines ; l art oriental, porté en Italie d'abord par les moines grecs, puis par les fidèles des saintes images, mêle ses œuvres savantes aux ouvrages de l'art romain survivant : si bien que c'est ici peut-être, comme on l'a justement remarqué, « le monument de la peinture le plus important du haut moyen âge » .

L'édifice a trois nefs terminées par trois absides, el il est précédé d un vaste atrium carré, également décoré de peintures. Dès l'entrée, l'influence byzantine est visible : à gauche de la porte, sur la muraille, sainte Agnès et sainte Cécile sont représentées, vêtues en princesses d'Orient, avec leurs noms écrits en grec ; et un peu plus loin, également sur le mur de gauche, est figuré, avec une longue barbe grise, Abbacyros, un saint oriental, dont le corps fut au vu® siècle transporté d'Alexandrie à Rome, et qui, dès la fin du

ï. Hushford, The church of S. Maria Anlica (Papcrs of the British school al Rome, I, 1902) ; Wilpert, Appunli sulle piUiire delta chiesa di S. Maria Anlica (BZ, XIV, 1905); Hiilsen, Die Aasgrabangen aufdem Forum romannm (Mitt. des D. arch. Instituts, Rôm. Abt. XX, 1905.i ; de Grunciscn, ^tiidj iconografici in S. Maria Antica (Archivio délia R. Socielà romaiia di storia paLria, XXIX, 1906) ; Ventupi, Storia delVarte italiana, II, 250-258 et 377-382.

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vu* siècle, avait sa basilique non loin du Tibre. Dans l'église même, au collatéral de gauche, une solennelle assemblée de saints occupe tout le bas du mur de droite (%. 167). Au milieu d'eux le Christ, bénissant à la grecque, est assis sur un trône ; il a les cheveux longs plaqués sur le front, la courte barbe brune, les grands yeux largement ouverts, le teint pâle, l'aspect triste et vieilli des Christs byzantins.

Fig. 11)7. — Home. Fresques de S, Maria AnticB (Phot. Moscîoni)

A ses côtés ^e rangent, tous désignés par des inscriptions grecques, des papes, des pères de l'église grecque, des moines célèbres de la Palestine, à la stature courte et robuste, aux visages ascétiques, pleins d'expression et de vie, aux vêtements harmonieusement drapés. Au registre supérieur, une série de tableaux, expliqués par des légendes lalines, racontent des épisodes bibliques, depuis la Création jusqu'à la fin de l'histoire de Joseph. Dana la nef de droite, une niche est décorée de trois figures de femmes, dont chacune tient un enfant dans ses bras ; c'est la Madone, entre sainte Anne et sainte lî;iisabelh, dési;;nées par des inscriptions latines. Ici aussi, deux

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rangées superposées d'épisodes évang'éliques complèlent la décoralion de la paroi : on y voil, assez endommagés au reste, les miracles du Christ.

Mais la décoration des absides surtout mérite de retenir l'attention. Dans celle de gauche, au lond, la Crucifixion est représentée ; les inscriptions sont latines, mais la composition est toute byzantine et rappelle la Crucifixion peinte au vi* siècle dans l'évangile syriaque de Florence. Au-dessout^, la \'ierge-reine, richement velue, tenant sur ses genoux l'enfant divin, trône parmi les saints patrons et

— Rome. Prctqucs de S. Mur

les pieux fondateurs de la chapelle (fig. 168). Sur les parois latérales, sont figurés les épisodes de la passion de sainte Julitta el de sainl Quiricus, son fils, également avec des inscriptions latines. Ici des •indications pi-écises datent la décoration : à ciité du portrait du pape Zacharie (741-752) on rencontre par deux fois, avec le nimbe carré des vivants, le défenseur Theodolus, ■■ dispensateur de Sanla Maria . .\nlica i>, qui lit exécuter les fresques de l'abside. De même l'abside principale a sa chronologie bien déterminée. Sur les murs latéraux du chieur, au-dessous d'une série de tableaux évangéliques presque détruits, deux lîles de médaillons représentent les apôtres. Au mur du fond, dans le haut, la Crucifixion était représentée, entre des séraphins et des anges adorant le Sauveur du monde : des cartels rouges portaient en lettres blanches le texle grec des prophéties relatives à la Passion. Au-dessous, dans la courbe de l'abside, le Christ triomphant est debout, bénissant à la grecque, ayant auprès de lui le pape Paul 1 (757-767), dont la tête est ceinte du nimbe

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carré. Aux côtés de la niche, sont figurés des papes et des saints, à gauche des pères de Téglise latine, à droite saint Basile et saint Grégoire de Nazianze, belles têtes énergiques et vivantes que désignent des inscriptions grecques.

Mais ici, sous la couche plus récente de stuc, d'autres peintures plus anciennes apparaissent, faisant de cette muraille un véritable palimpseste. On y voit la Vierge-reine, assise sur un trône, en robe violette couverte d'une étole de pierreries, en tunique blanche aux poignets brodés d'or, la tête chargée d'un lourd diadème, assez pareille d'aspect à la Madone de l'oratoire de Jean VII. Sur ses genoux l'enfant est assis, en robe blanche, en manteau d'or, jolie tête expressive et vivante ; sur la droite, une figure inclinée apportant des offrandes permet de reconnaître ici la scène de l'Adoration des Mages. L'analogie que ces peintures présentent avec les mosaïques de l'oratoire de Jean VII inclinerait déjà à les attribuer au commencement du vin® siècle : mais on sait par surcroît, par le Liber poniifîcaliss que ce pontife avait fait décorer de peintures l'église de Sainte-Marie Antique, et les fouilles ont rendu un fragment de l'ambon qu'il y avait fait élever, sur lequel, en grec et en latin, se lit le nom du pontife « serviteur de la Theotokos »• II y a donc toute raison d'attribuer à son temps ces fresques de style tout byzantin, qui s'accordent bien avec la dévotion tout orientale que le pape avait pour la Madone. Enfin, sur une troisième couche de stuc, plus ancienne encore, et qui peut dater du vu® siècle, deux têtes admirables, d'un modelé excellent, d'un charme exquis, semblent appartenir aux personnages de l'Annonciation. Elles sont d'un art tout à fait supérieur, et auprès duquel le reste semble presque insignifiant. •

Ainsi, les fresques du vu** et du commencement du viii* siècle se mêlent à Santa Maria Antica aux peintures contemporaines de l'époque des iconoclastes et attestent, pour l'une et l'autre époque,, la puissante influence de Byzance sur l'art romain. Les siècles suivants continuèrent ou renouvelèrent sous les mêmes auspices la décoration de Téglise. Une inscription du temps d'Hadrien (fin viii*' siècle) se lit sous une peinture de l'atrium représentant saint Sylvestre présentant le pape à la V'ierge-reine. Des saints à légendes grecques, qui semblent du ix° siècle, décorent le pourtour de l'abside de droite. Ailleurs, sur un pilastre qui sépare la nef centrale du bas-côté de gauche, on voit une intéressante représentation de l'Anastasis byzantine, où le Christ jeune, emporté d'un élan rapide^

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